Le Saviez-Vous ► Une petite histoire des bouffons du Roi


On voit souvent dans les films du temps du Moyen-âge, des gens habillés en bouffon dans le but de divertir le roi. Ces personnes avaient un statut particulier et pouvaient être très proche du roi
Nuage

 

Une petite histoire des bouffons du Roi

Photo: Yvon Deschamps

Yvon Deschamps, incontestablement un des plus grands humoristes du Québec, est né le 31 juillet 1935. Profitons de ses 80 ans pour nous intéresser à l’histoire de l’humour et plus particulièrement aux ancêtres des humoristes actuels: les bouffons du roi!

Des mots aux origines très anciennes

Photo: « Fou du roi », William Merritt Chase (1874)

On les appelait bouffon ou fou du roi. Saviez-vous que ces deux noms tirent leurs origines du grec et du latin? Le mot bouffon nous viendrait en effet d’anciennes cérémonies religieuses de la Grèce antique appelées « bouffonies », pendant lesquelles on sacrifiait un boeuf. L’origine du fou du roi vient quant à elle du latin. Le mot « follis » signifie un sac d’air vide, laissant sous-entendre que les fous du roi étaient parfois un peu simples d’esprit.

Un métier du Moyen Âge

Photo: « Laughing Jester », possiblement par Jacob Cornelisz van Oosstsanen (circa 1500)

Les bouffons ont commencé à travailler dans les cours royales d’Europe au Moyen Âge, en lien avec la montée en puissance des rois. Ces derniers voulaient se divertir simplement pendant les repas et comment ils étaient souvent entourés de gens qui ne cherchaient qu’à user de flatteries, ils désiraient aussi entendre la vérité. Comme les bouffons étaient souvent des gens un peu simplets, ils étaient incapables de mesquineries et disaient ce qui leur passaient par la tête!

Des gens d’une classe à part

Photo: Le bouffon loyal du Roi Lear

Les bouffons n’appartenaient à aucune classe sociale précise et ils étaient classés en deux catégories: naturels ou officiels. Les bouffons dits naturels étaient souvent des simples d’esprits alors que les autres étaient choisis pour leur intelligence et leur capacité à faire rire, en usant surtout de l’ironie. Les deux étaient officiellement excusés pour leurs pitreries. Un parce qu’il ne pouvait s’en empêcher, et l’autre par permission légale du roi. Bien qu’ils ne faisaient parti d’aucune catégorie, ils étaient en même temps très proches du roi, au point d’avoir le droit de se moquer de lui et de ses travers. Certains ont même servi d’espions royaux!

Un uniforme particulier

Photo: Le fou du roi tenant une marotte, Heinrich Vogtherr (1540)

Pour se distinguer des autres classes de gens présents à la cour, la plupart des bouffons avaient un uniforme. Celui-ci devait être coloré et le bouffon devait porter un chapeau qui pouvait rappeler parfois les oreilles d’un âne, souvent agrémenté de grelots. Il disait des blagues, chantait et dansait lors des banquets. Mais il pouvait également frapper sur la tête des gens avec sa marotte, soit un bâton dit de la folie, surmonté d’une tête à l’allure grotesque!

Deux bouffons célèbres

Photo: Henry VIII et sa famille. Dans l’alcôve de gauche, Jane la Folle et dans l’alcôve de droite, William Sommers (1545)

Le roi Henry VIII d’Angleterre et sa deuxième épouse, Anne Boleyn, ont chacun eu un fou et une folle à leur service, que nous retrouvons dans les archives de la cour anglaise du 16e siècle. Jane la Folle, une femme chauve à l’esprit un peu simple, semble avoir accompagné Anne Boleyn un peu partout alors que cette dernière était la maîtresse puis l’épouse d’Henry VIII. Le roi lui-même avait son bouffon, William Sommers, qui parvenait même, par l’humour, à faire réaliser au souverain qu’il dépensait trop. Les gens de la cour des Tudors le craignait, car il pouvait aisément les humilier face au roi. 

Spécialiste en histoire ancienne, Evelyne Ferron

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