Quel pouvoir avons-nous face à l’horreur?


Cela est une bonne question ? Si le Canada était bombardé, tuant au passages nombres de civils cela ferait le tour du monde. On aurait des supports de tous les pays ou presque. Alors que des pays comme la Syrie, la bande de Gaza, la Thaïlande, la Colombie et bien d’autres passent sous silence alors que des bombes, des morts, des villes et villages sont détruites, certains pourront s’exiler alors que d’autres devront survivre de peine et misère, laissant tout derrière eux avec la peur au ventre
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Quel pouvoir avons-nous face à l’horreur?

 

WILLIAM DANIELS / HANDICAP INTERNATIONAL

Une employée de Handicap International, près des décombres d’une maison du quartier de Al-Wahda à Jalawla, en Irak.

Dire stop aux bombardements des civils ne changera pas immédiatement la face du monde, mais ne rien dire ne la changera pas du tout.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui ont dû fuir des bombardements? De ces personnes qui passent de quartier en quartier pour éviter le prochain tir ? Les mêmes qui changent de ville pour tenter de trouver dans la prochaine cité un hôpital encore en état de soigner leurs blessures ? Ou celles encore qui quittent leur région puisque, de toute façon, leur ville est détruite et jonchée de restes explosifs de guerre. Puis enfin, ces personnes qui ne reviendront pas et chercheront dans un autre pays la sécurité qu’elles ont définitivement perdu.

Vous n’en connaissez pas. Parce que par chance, le Canada n’a jamais été bombardé. Et que si par malheur ce devait être le cas, dans la minute qui suivrait, la planète entière crierait au scandale et dénoncerait la barbarie, l’insupportable, l’intolérable.

Selon l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, plus de 10 pays et territoires avaient été le théâtre de l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées en 2014 : la Syrie, l’Irak, Israël, la Bande de Gaza, l’Ukraine, la Libye, le Pakistan, l’Afghanistan, le Soudan, le Nigeria, la Somalie, la Thaïlande et la Colombie.

En 2016, chaque jour, 90 personnes ont été tuées ou blessées par une arme explosive. Ce sont plus de 43 000 personnes qui sont ainsi victimes de ces agissements en une année, parmi lesquelles 92% de civils lorsque ces armes sont utilisées en zones peuplées.

Chaque jour, les blessés et les morts s’accumulent et les plus chanceux, quand ils le peuvent, choisissent l’exil.

Chaque jour, des hôpitaux, des écoles, des marchés, des commerces, des conduites d’eau, des réseaux électriques, des routes sont touchés, le plus souvent détruits, par ces bombardements urbains. Chaque jour, les blessés et les morts s’accumulent et les plus chanceux, quand ils le peuvent, choisissent l’exil.

Ainsi, vous ne connaissez pas ces gens qui ont dû fuir des bombardements, et moi non plus, figurez-vous, ou si peu. Par contre, je connais ceux qui ont explosé sur une mine antipersonnel ou ceux qu’une sous-munition a privés de leurs bras ou de leurs yeux. Je connais ceux qui ont perdu leurs proches à cause de ces armes. Je connais ceux qui vivent, encore aujourd’hui, entourés de ces restes explosifs qui attendent, sournoisement, de déchirer la chair et de voler la vie.

Je me souviens des noms de ceux que j’ai eu la chance de croiser : Phongsavath, Phet Latxabout, Song Cosal, Raed Mokaled, Lynn Bradach. Cherchez-les sur internet et découvrez leur histoire.

Puis je lis les témoignages de Firas, Abdul, Mohamad, Dia’a, Rajab, Fteim, Sami qui, alors qu’ils étaient chez eux, dans la rue ou en visite chez des amis, ont été victimes d’un bombardement. Grièvement blessés, certains ont perdu un ou plusieurs proches. Tous ont dû fuir leur pays d’origine, laissant derrière eux leur maison, leur travail, leur famille et leurs amis.

Au Laos, aujourd’hui encore, plus de 40 ans après la guerre du Vietnam, des personnes explosent sur des restes explosifs. Au Cambodge, 35 après le régime des Khmers rouges, les équipes de déminage continuent de libérer les terres. En Colombie, un accord de paix a mis fin, l’année dernière seulement, à 50 années de guerre civile qui a jonché le territoire de restes explosifs. Et on parle aujourd’hui de décennies qui seront nécessaires pour déminer et dépolluer la Syrie…

À quoi bon se mobiliser, me direz-vous ? Puisque chaque jour le massacre continue, quel pouvoir avons-nous face à l’horreur ?

En 1997, dire stop a permis d’interdire les mines antipersonnel.

En 2010, dire stop a permis d’interdire les armes à sous-munitions.

En 2013, dire stop a permis de régulariser le commerce des armes.

Cette année, en 2017, dire stop a permis d’interdire les armes nucléaires.

Alors oui, dire stop aux bombardements des civils ne changera pas immédiatement la face du monde, mais ne rien dire ne la changera pas du tout.

www.stop-aux-bombes.ca

#StopBombingCivilians

http://quebec.huffingtonpost.ca/j

Un nouveau lifting pour la Lune tous les 81 000 ans


La Lune n’est pas aussi bien protéger que la Terre des impacts des astéroïdes et comètes et bien malgré elle ses cratères augmentent, changeant ainsi son aspect
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Un nouveau lifting pour la Lune tous les 81 000 ans

 

Bombardée par les comètes, les astéroïdes et leurs nombreux fragments, la surface de la Lune s’offre bien malgré elle un nouveau lifting tous les 81 000 ans, selon une étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Elle révèle que le nombre de nouveaux cratères dus à ces impacts fréquents est plus important qu’on ne le pensait jusqu’alors.

En observant des images de la Nasa, les scientifiques ont aussi détecté des milliers de subtiles altérations à la surface de notre satellite.

« Ils les ont interprétés comme autant de cicatrices d’impacts secondaires qui ont retourné les poussières de surface sur plusieurs centimètres, sans former vraiment un cratère », souligne Andrew Mitchinson, dans un commentaire publié dans Nature.

Selon les chercheurs, les deux premiers centimètres de la couche de poussières (régolithe) à la surface de la Lune sont ainsi complètement retournés en environ 81 000 ans. Soit 100 fois plus vite qu’on ne le pensait.

La Lune continue à être marquée de cratères car son atmosphère, extrêmement ténue, n’empêche pas les petites météorites d’atteindre le sol.

La Terre, elle, est protégée par son atmosphère consistante qui parvient à arrêter de nombreux débris.

Menée par l’ingénieur Emerson Speyerer de l’Université d’Etat d’Arizona, l’équipe de scientifiques a utilisé les données de la sonde américaine Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO), pour étudier la formation de nouveaux cratères lunaires.

Ils ont comparé des images de la surface prises à des moments différents par la sonde lancée en 2009. Avec ces images « avant » et « après » de nombreuses zones de la Lune, ils ont recensé 222 nouveaux cratères.

Ils en ont déduit qu’environ 180 cratères d’au moins 10 mètres de diamètre se formaient chaque année sur la Lune. Soit un tiers de plus que ne le prévoyaient les modèles jusqu’à présent.

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Omran Daqneesh, le visage de l’horreur en Syrie


Cela n’a pas de sens ! Aucune religion ne permettrait ce genre d’action, même pas l’islam. Aucune personne ne devrait vivre de genre d’horreur et surtout pas les enfants qui n’ont absolument rien à avoir avec les imbécilités de certains adultes.
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Omran Daqneesh, le visage de l’horreur en Syrie

Omran Daqneesh... (PHOTO AMC, HO VIA AFP)

Omran Daqneesh

PHOTO AMC, HO VIA AFP

RANA MOUSSAOUI

Agence France-Presse

Beyrouth

Assis dans une ambulance, recouvert de sang et de poussière, le petit Omran fixe, abasourdi, l’objectif du photographe Mahmoud Rslan, quelques minutes après avoir échappé à un raid sur sa maison dans la ville syrienne d’Alep.

«J’ai pris beaucoup de photos d’enfants morts ou blessés par les raids qui s’abattent au quotidien» sur la partie rebelle d’Alep, deuxième ville d’un pays ravagé par plus de cinq ans de guerre, raconte Mahmoud, joint par téléphone depuis Beyrouth.

«D’habitude ils sont soit évanouis soit en pleurs. Mais Omran était là, sans voix, le regard vide, c’était comme s’il ne comprenait pas très bien ce qui venait de lui arriver», affirme ce photographe de 27 ans.

La photo, qui immortalise ce moment tragique, a bouleversé les réseaux sociaux.

Sur une vidéo tournée par le réseau de militants du Aleppo Media Center (AMC), on voit le petit Omran s’essuyer le front ensanglanté avec la main. Il regarde ensuite sa main, et incrédule, il l’essuie sur son siège.

Omran «résume la souffrance des enfants à Alep, soumis aux bombardements jusque dans leurs maisons», souligne Mahmoud.

Il était tout près du secteur de Qaterji, dans l’est de la ville divisée en secteurs loyalistes et rebelles, lorsque les raids se sont produits mercredi en début de soirée. Les quartiers Est sont régulièrement visés par l’armée de l’air du régime ou l’aviation russe.

«Vers 19h15 (12h15 HE), j’ai entendu les raids et me suis précipité sur les lieux» touchés par les frappes», raconte Mahmoud.

«Il faisait déjà nuit, mais j’ai vu un immeuble totalement effondré et un autre qui l’était à moitié» et dans lequel habitait Omran et sa famille, précise-t-il.

«Avec les secouristes de la Défense civile, on a dû enjamber trois cadavres avant d’entrer à l’immeuble … On a voulu accéder au premier étage, mais les escaliers s’étaient effondrés».

Entrez la légende de la vidéo ici

«Symbole de l’innocence»

Ils ont dû se rendre dans un immeuble adjacent et «retirer les membres de la famille d’Omran un par un, d’un balcon à l’autre».

Il y a eu d’abord Omran, puis son frère de cinq ans et ses deux soeurs de 8 et 11 ans. Enfin la mère et le père.

«Quand on a placé Omran dans l’ambulance, il y avait assez de lumière, donc j’ai pu prendre des photos», explique Mahmoud, qui apparaît de dos dans la vidéo d’AMC.

«Omran était en état de choc, car un mur s’était effondré sur lui et sa famille», explique Mahmoud.

Selon lui, le père du petit n’a pas voulu donner leur vrai nom de famille pour des raisons de sécurité.

«Cet enfant comme tous les enfants en Syrie sont le symbole de l’innocence. Ils n’ont rien à voir avec la guerre», déplore Mahmoud.

La photo du petit Omran rappelle par son côté symbolique la photo du petit Aylan.

L’image de ce réfugié de trois ans, le corps sans vie échoué sur une plage, avait ému le monde entier en septembre 2015 et est devenue emblématique du drame des réfugiés syriens.

Déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie s’est complexifié avec l’intervention étrangère et la montée en puissance de djihadistes. La guerre a fait plus de 290 000 morts et jeté sur les routes des millions de personnes.

Alep, deuxième ville de Syrie et véritable enjeu de la guerre, est divisée depuis 2012 entre secteurs loyalistes et rebelles. L’armée de l’air du régime largue sur les quartiers Est des barils d’explosifs qui ont fait plusieurs centaines de morts, tandis que les rebelles lancent également des obus de mortier meurtriers sur la partie contrôlée par le gouvernement.

Pause humanitaire hebdomadaire

Le 31 juillet, les rebelles et leurs alliés djihadistes du Front Fateh al-Cham (ex-Al-Nosra) avaient lancé une offensive d’envergure leur ayant permis de briser le siège imposé aux secteurs rebelles par les troupes de Bachar al-Assad.

Chaque camp essaie d’assiéger et asphyxier l’autre sans succès pour le moment: les rebelles ont réussi à s’ouvrir une voie d’accès au sud par le quartier de Ramoussa et le régime par le nord.

Les 28 pays membres de l’UE ont réclamé «un arrêt immédiat» des combats à Alep afin de ne pas entraver l’intervention des secours et la poursuite des opérations humanitaires.

La Russie s’est dite prête à instaurer une pause humanitaire hebdomadaire de 48H qui concernera à la fois les quartiers Est d’Alep sous contrôle des rebelles et la partie Ouest sous contrôle des forces gouvernementales, en utilisant deux routes différentes.

Dans le même temps, «les avions du régime et russes mènent des dizaines de raids chaque jour sur la province d’Idleb et l’ouest de la province voisine d’Alep pour empêcher l’envoi de renforts vers les positions rebelles au sud d’Alep», a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

«Les rebelles ont mis toutes leurs forces dans les combats et les forces du régime sont épuisées», a dit M. Abdel Rahmane.

D’après lui, malgré l’atout que représente l’armée de l’air pour le régime et l’appui aérien russe, les raids «ne semblent pas très efficaces, car les combats sont très rapprochés. Le régime n’arrive pas à reprendre des positions aux rebelles».

Jeudi, les raids du régime se poursuivaient sur les quartiers Est d’Alep où 146 civils, dont 22 enfants, ont péri dans les frappes depuis le 31 juillet.

Premiers raids du régime contre les Kurdes

Jeudi, des avions du régime ont frappé pour la première fois des secteurs tenus par les forces kurdes qui maintenaient jusqu’ici une position neutre dans le conflit, selon l’OSDH.

Les frappes ont visé trois barrages et trois QG dans la ville de Hassaké, dont les deux-tiers sont contrôlés par les forces kurdes et le reste par le régime.

Un journaliste collaborant avec l’AFP a vu les avions du régime bombarder des positions dans cette cité, où depuis mercredi de violents combats opposent des forces prorégime à la police kurde.

«Ils ne faut pas qu’ils (les Kurdes) prennent leurs rêves d’autonomie pour une réalité», a dit à l’AFP une source de sécurité syrienne.

Les Kurdes de Syrie (15% de la population) ont autoproclamé en mars une «région fédérale» et rêvent de relier les régions sous leur contrôle dans le nord du pays.

Sur le front de la lutte contre le groupe Etat islamique. Moscou a fait état jeudi de frappes menées sur des positions de l’EI à Deir Ezzor (est) par 18 bombardiers russes partis de bases en Russie et en Iran.

http://www.lapresse.ca/

Combien ça coûte


On s’inquiète de la surpopulation, on voit des gens avec peu ou sans ressources pour vivre, alors qu’on voit des milliards dépenser dans l’armement, les guerres. Pourquoi, il est si difficile de faire ce qui est nécessaire
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Combien ça coûte

 

Combien ça coûterait de nourrir le monde?
Moins cher que de le bombarder…

On a pas d’argent pour nourrir chaque être humain et lui prodiguer les soins nécessaires ainsi qu’un logement et satisfaire les besoins de chacun mais dépenser des fortunes pour s’entretuer, ça on trouve facilement de l’argent…

Tout n’est que question de priorités !

Louis Berger

1914-1918: «la Guerre des animaux»


Rare qu’s’arrête peu des conséquences de la guerre envers la faune, mais a cause de bombardements des animaux, des oiseaux migrateurs fuient les lieux. Que penser des animaux qui n’ont pas le choix de faire partie intégrante de la guerre et souvent d’y mourir
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1914-1918: «la Guerre des animaux»

 

Un chien de l'armée britannique, en 1916.... (PHOTO DAMON CLEARY/CNRS 2013)

Un chien de l’armée britannique, en 1916.

PHOTO DAMON CLEARY/CNRS 2013

L’historien Eric Baratay, spécialiste des relations hommes-animaux, laboure un champ très singulier dans le paysage français. Mettant en regard les données de l’éthologie et de l’histoire, il relègue l’homme au second plan pour sebconcentrer sur Le Point de vue de l’animal, titre de son avant-dernier ouvrage (Seuil, 2012).

Dans cette même perspective, son dernier livre, Bêtes des tranchées. Des vécus oubliés (CNRS Editions, 2013), ne se contente pas de relater le rôle— immense — qu’ont joué les animaux dans la Grande Guerre : il s’attache à explorer le vécu de ces chevaux, chiens ou pigeons enrôlés de force dans le conflit. Sa lecture aide aussi à se rappeler combien soldats et généraux vivaient alors étroitement au milieu des bêtes — ce qui, dans notre conception moderne de la guerre, paraît presque impensable. Nous avons revisité avec Eric Baratay la manière dont il a travaillé pour cet ouvrage, et quelques-uns des chemins de traverse que sa démarche nous fait découvrir.

DES ACTEURS OUBLIÉS

Les témoignages qui nous sont parvenus en attestent : à l’été 1914, puis à chaque montée au front, beaucoup de soldats s’étonnent du grand nombre de bêtes. Cette forte présence animale vient de la multiplicité des besoins : équidés bâtés ou d’attelage, chevaux de cavalerie, chiens de traîneau ou messagers, pigeons voyageurs. La mortalité survenue chez les équidés (chevaux, mules et ânes) donne le vertige : 11 millions ont été emportés dans la guerre.

Ce lourd tribut payé par les animaux a été en grande partie négligé. Pour quelle raison ?

« Les anciens combattants les ont d’abord célébrés, précise Eric Baratay. Puis, à partir des années 1930, l’oubli a commencé. Il a été en partie renforcé par l’image que nous nous sommes forgée de ce conflit : celle de la première guerre industrielle. Avec les tanks, les mitrailleuses, les trains et les taxis de la Marne, l’animal a fini par apparaître comme secondaire, alors qu’il était en fait fondamental. »

Au milieu du siècle, on fait peu de cas des bêtes. Il faudra attendre les années 1980, les progrès de l’éthologie et l’interrogation croissante des pays occidentaux sur la condition animale pour que se manifeste un nouvel intérêt pour le sujet.

LE PROBLÈME DES ARCHIVES

Raconter l’histoire du côté des animaux suppose d’utiliser des archives évidemment établies par les hommes.

« On se heurte avec l’animal au même problème que celui qu’ont rencontré les historiens lorsqu’ils ont voulu faire le quotidien des combattants : dans les archives militaires, il n’y a quasiment rien, précise le chercheur. Ce sont des archives très administratives, qui n’en disent pas plus sur le vécu d’un “poilu” que sur celui des animaux. Les archives françaises de Vincennes, par exemple, ont conservé les documents se rapportant aux conducteurs de chiens, à leurs faits d’armes, à leurs décorations, mais les registres concernant les chiens eux-mêmes, qui ont existé et auraient pu donner des informations sur leur provenance, leurs fonctions ou leur démobilisation, ont disparu. »

Pour avancer dans sa recherche, Eric Baratay s’est essentiellement appuyé sur les témoignages des combattants — journaux, lettres ou romans. Maurice Genevoix, dans son recueil de récits de guerre Ceux de 14, parle énormément des animaux. De nombreux soldats les évoquent également dans leurs écrits de tous les jours, souvent en s’apitoyant sur leur sort, tel cet artilleur français qui les qualifie de « frères inférieurs ».

A quoi s’ajoutent les précieux témoignages des vétérinaires.

« La guerre fut pour eux une période de forte inventivité : ils étaient confrontés à des cas inédits, ils devaient improviser. Le conflit terminé, beaucoup eurent le désir de transmettre ce qu’ils avaient appris », précise l’historien, qui estime cette littérature, aussi scientifique soit-elle, « indispensable pour atteindre des vécus d’animaux, notamment leur endurance, leurs traumatismes, leur alimentation et leur relation avec les hommes ».

LES ANGLAIS PLUS AVISÉS QUE LES FRANÇAIS

Pour les animaux comme pour les hommes, la guerre commence lorsqu’ils sont réquisitionnés. Du côté des forces alliées, les chevaux viennent d’abord de France et du Royaume-Uni. Mais le conflit se prolonge, les pertes sont élevées : dès la fin 1914, il faut aller les acheter au Canada, aux Etats-Unis ou en Argentine. On les amène par bateaux, lors d’interminables traversées de l’Atlantique.

Une épreuve à laquelle les Britanniques se montrent nettement mieux préparés que les Français.

« Ils avaient tiré les leçons de la guerre des Boers, pour laquelle 60 % des chevaux engagés étaient morts durant le voyage vers lAfrique du Sud », rappelle Eric Baratay.

Alors que les Britanniques paient immédiatement les équidés choisis et infligent aux équipages civils des amendes proportionnelles aux pertes, les Français ne donnent qu’une avance, et laissent les marchands américains assurer un transport à moindre coût.

Pour les chevaux, le voyage est un calvaire. Entassés sur le pont extérieur, ils y endurent le froid et les vagues. Dans les étages intérieurs, ils se souillent les uns les autres. Les cadavres ne peuvent être évacués, les conditions d’hygiène sont déplorables. Cette négligence se paiera cher : les Français perdent environ 40 % de leurs chevaux dans ces transports, les Anglais environ 20 %.

De manière générale, les Britanniques apparaissent plus respectueux des animaux qu’ils emploient que les Français, notamment vis-à-vis des chiens.

Qu’ils soient messagers, sentinelles, gardes ou secouristes, « il sagit, pour les Britanniques, de construire une relation et de susciter leur collaboration, alors que les Français leur imposent un ordre et une fonction », souligne Eric Baratay :« Très imprégnés de la notion danimal-machine, ces derniers assimilent le dressage à une méthode de conditionnement et privilégient la distance entre le maître et le chien. Les Anglais, au contraire, considèrent que chaque chien est différent, avec sa psychologie propre, et laissent le lien sétablir entre son maître et lui. »

« RETOURNER » LES DOCUMENTS

S’interroger sur les vécus animaux, cela suppose, comme le dit joliment Eric Baratay, de « retourner les documents » — autrement dit, de s’intéresser à des détails que les hommes ont relégués en arrière-plan.

« Dans Voyage au bout de la nuit, puis dans ses entretiens, Céline a fait des descriptions saisissantes des charges de cavalerie, illustre-t-il. Il raconte ce qu’il vit alors : il reçoit de la poussière dans les yeux, ne voit plus rien, ne maîtrise plus le cheval, entend le bruit des canons, et tout ce qu’il peut faire, cest se tenir à peu près debout sur sa monture. Retourner les documents, cest transposer ce ressenti au vécu du cheval. Cest en lisant Céline que jai compris pourquoi les cavaliers chargeaient groupés, ce qui semble suicidaire face aux mitrailleuses allemandes : avec le bruit, la poussière, lodeur du sang, les chevaux menés isolément seraient partis dans lautre sens ! »

Tenter de se mettre dans la tête d’un cheval ou d’un chien, passe encore. Mais dans celle d’un pigeon voyageur ? Le défi n’effraie pas l’historien. Il s’interroge notamment sur Vaillant, le célèbre pigeon voyageur du fort de Vaux, près de Verdun, qui constitua pendant l’offensive des Allemands, début juin 1916, l’ultime moyen de communication entre les troupes et le commandement.

« J’ai reconstitué son itinéraire entre le fort et Verdun, et j’aimerais savoir, en fonction du temps qu’il faisait, des bombardements qui avaient lieu à ce moment-là — toutes choses que l’on peut retrouver —, ce qu’un pigeon traversant un tel champ de bataille peut ressentir », espère-t-il.

Sans trop d’illusions toutefois. « Les éthologues sont maintenant d’accord pour dire que les oiseaux ont des émotions, mais nos connaissances dans ce domaine restent infiniment plus pauvres que sur les mammifères. »

DU BON USAGE DE L’ANTHROPOMORPHISME

On lui fait parfois le procès d’être anthropomorphique ? Eric Baratay répond qu’il propose un autre versant de l’Histoire, moins anthropocentré. Mais il assume, en effet, un certain anthropomorphisme.

« Celui qui consiste à ne pas partir du principe que nous sommes tellement différents des animaux que cela ne sert à rien de les interroger, précise-t-il. Nous sommes aussi des animaux, il y a donc entre nous de vraies similitudes. Cet anthropomorphisme que j’appelle de “questionnement”, c’est celui qui se demande, face à une faculté humaine, si tel ou tel animal ne l’a pas également à sa manière. Ce qu’il faut éviter, c’est l’anthropomorphisme de conclusion. »

Bêtes des tranchées. Des vécus oubliés, d’Eric Baratay, CNSR Editions, 2013.

Ceux de 14, de Maurice Genevoix, Flammarion, 2013.

http://www.lemonde.fr/