Le Saviez-Vous ► La diphtérie : de garottillo à Balto


Une maladie qui longtemps n’avait pas de remède, la diphtérie a causé la mort de beaucoup d’enfants et aussi des adultes. Aujourd’hui, ily a un vaccin et l’histoire de Balto, ce chien de traîneau est rentré dans l’histoire grâce a sa ténacité d’aller porter le sérum en Alaska. Il y a encore des cas surgissant ici et là, à cause de l’absence de la vaccination
Nuage

 

La diphtérie : de garottillo à Balto

 

 

Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique


 

Le premier est espagnol, le second, américain. Ces deux termes n’ont aucun lien entre eux si ce n’est une des maladies les plus meurtrières de l’histoire humaine : la diphtérie. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, elle formait la plus grande cause de mortalité infantile. Et comme bien des maladies, elle semble aussi vieille que l’homme. Mais, comme le terme actuel diphtérie n’a fait son apparition qu’il y a à peine quelque deux cents ans, ses manifestations historiques sont plus difficiles à cerner.

L’Antiquité

Six siècles avant notre ère, le médecin indien D’havantare décrit les symptômes d’une maladie mortelle que l’on pourrait traduire par : maladie de la gorge fermée.

Il s’agit : « d’une affection dans laquelle se produit, par suite d’une augmentation de la lymphe du sang, un gonflement de la gorge caractérisé par de l’angoisse et de la douleur et qui, détruisant les organes, devient incurable en obstruant les canaux aériens. » (traduit librement du livre de Joseph O’Dwyer, M.D., Acute and Chronic Forms of Stenosis of the Larynx, New York, William and Wood Company, 1889).

 Plusieurs siècles plus tard, au début de notre ère, Arétée de Cappadoce parlait d’une maladie semblable qu’il nomme : ulcère syriac ou mal égyptien faisant ainsi référence à une épidémie de la maladie qui courrait alors en Égypte et en Syrie. Gatien (IIIème siècle après J.-C.) parlera d’expectoration membraneuse.

Le Moyen-Âge et la Renaissance

L’historien Baronius cite des épidémies qui auraient sévi à Rome en 856 et en 1004. En 1576, Baillou, un médecin français, cite ainsi un chirurgien qui aurait ouvert un patient mort de cette maladie :

«Le chirurgien affirme avoir ouvert le cadavre d’un homme enlevé par cette dyspnée et par une maladie inconnue. Il trouva une humeur épaisse et résistante tendue comme une membrane dans le larynx, devant l’orifice de la trachée, de telle façon que l’air extérieur ne pouvait ni entrer ni sortir librement et qu’elle avait causé une suffocation soudaine.» (Édouard Delthil, Traité de la diphtérie, sa nature microbienne, son origine ornithologique probable, Paris 1891).

La maladie portait alors plusieurs noms : angine pestilentielle, morbus strangulatorius, angine couenneuse, etc.

Du terme garrotillo

En Espagne, on l’appelait la garrotillo en référence au garrot qu’utilisait le bourreau lors d’exécution par strangulation des criminels condamnés.

Les dix-septième et dix-huitième siècles

Alors qu’à cette époque, diverses potions à base d’arsenic ou de zinc ainsi que la trachéotomie étaient les seules thérapies recommandées, arriva Louis Mercado, médecin privé du roi d’Espagne Philippe III. Il avait remarqué qu’un enfant atteint de la maladie l’avait transmise à son père en le mordant alors que celui-ci lui retirait des matières obstruant sa gorge. L’origine transmissible de la maladie était pour la première fois soulignée. Nous sommes alors en 1620.

La première vraie description de la diphtérie est attribuée au médecin français Pierre Fidèle Bretonneau. Dans son livre intitulé : Des inflammations spéciales du tissu muqueux, et en particulier de la diphtérite paru à Paris en 1826, il établit les distinctions entre la maladie qu’il nomma alors la diphtérite et les trois autres types d’angines : les angines banales, les angines couenneuses et les angines scarlatineuses. Conscient de l’origine microbienne de la diphtérie, il ne put malheureusement jamais le prouver, le microscope n’étant pas encore inventé.

Le dix-neuvième siècle

Comme bien des sciences de la vie, la microbiologie est alors en plein essor. Ainsi la bactérie qui cause la diphtérie est identifiée par Theodor Klebs en 1883 et isolée un an plus tard par Friedrich Löffler. Elle portera le nom de Corynebacterium diphteriae ou bacille de Löffler-Klebs. Löffler avait pressenti que la bactérie n’était pas directement en cause, mais que la maladie serait plutôt le résultat d’une toxine émise par celle-ci. Deux autres noms célèbres vont corroborer cette hypothèse. En effet les travaux d’Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste (Yersinia pestis) et Émile Roux, cofondateur de l’Institut Pasteur, réussiront avec leurs collaborateurs une sérothérapie curative qui fera chuter la létalité de la diphtérie de 40% à 2%. Un grand pas venait d’être franchi dans la lutte contre cette maladie. Nous sommes alors en 1894. Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, au New York City Department of Health’s diagnostic laboratory, le premier laboratoire municipal aux États-Unis, la docteure Anna Wessels Williams et son associé, William H. Park réussirent à partir d’une souche spécifique de la diphtérie (qu’on appelle encore de nos jours la souche Park-William) à produire une antitoxine 500 fois plus efficace ce qui permit de diminuer d’autant les coûts de production.

Les premiers vaccins

En 1913, le médecin allemand Emil Adolf von Behring, un proche collaborateur du très connu Robert Koch (découvreur du bacille responsable de la tuberculose), met au point un premier vaccin formé d’un mélange de toxine et d’antitoxine de la diphtérie. Le vaccin s’avère très efficace en laboratoire, mais, malheureusement totalement inefficace chez les humains. À l’époque deux théories s’affrontaient pour expliquer les défenses naturelles contre les agents infectieux : la théorie cellulaire et la théorie humorale. Grâce à ses travaux, Behring avait accordé ses lettres de noblesse à cette dernière ce qui lui valut un prix Nobel de la physiologie dès 1901. C’est à un vétérinaire et biologiste français que reviendra la paternité du premier vaccin efficace contre la diphtérie. En 1923, Gaston Ramon découvre qu’en mélangeant la toxine diphtérique avec un peu de formol il obtient un produit très efficace qu’il nomme anatoxine diphtérique et qui sera finalement utilisé avec succès comme vaccin.

Des résultats rapides

L’effet des vaccinations ne tarda pas à se faire sentir. Ainsi au Canada la vaccination de masse a débuté dès 1930. Alors qu’en 1924, il y avait eu 9 000 cas de diphtérie de signalés, une vingtaine d’années plus tard, on ne comptait guère plus de 5 cas de répertoriés. En 2011, un seul cas pour tout le pays fut recensé.

Du terme Balto

En 1925, dans un petit village d’Alaska surgit une épidémie de diphtérie. Les habitants de Nome avaient désespérément besoin du sérum antidiphtérique pour sauver leurs enfants. Après avoir envoyé des télégrammes à toutes les villes et villages des alentours, on apprend que le sérum serait disponible à Anchorage situé à plus de 1600 kilomètres de Nome. Une tempête empêche tout avion de décoller et il fut décidé d’utiliser des traineaux tirés par des chiens pour effectuer l’aller-retour. C’est grâce à un de ces attelages que l’on put sauver bien des vies dans le village. Celui-ci était dirigé par le maître-chien Gunnar Kaasen dont l’équipage de chiens Husky avait comme chien de tête, Balto qui devint instantanément un héros national. À Central Park, à New York, une sculpture en bronze fut érigée à l’image de Balto avec ces mots gravés : Endurance – Fidélité – Intelligence. Son histoire fut l’objet d’un dessin animé qui fit fureur partout aux USA. Et lorsque le vrai Balto décéda en 1933, ses restes furent empaillés et cédés au Musée d’histoire naturelle de Cleveland. Depuis 1973, une course annuelle de traineaux à chiens à lieu reprenant l’itinéraire de Balto, c’est la course Iditarod.

C’est ainsi que le vingtième siècle vit la fin des épidémies dévastatrices de la diphtérie. Enfin presque… Puisqu’en 1974, sur la Côte-Nord du Saint-Laurent, une épidémie de diphtérie toucha une douzaine de patients pour la grande majorité de jeunes travailleurs forestiers. Les trois premiers atteints en moururent. L’épidémie se déclara le 5 septembre et était complètement subjuguée à la fin du mois d’octobre. Une intervention rapide et efficace de la santé publique avait sauvé la situation. Plus loin de nous, en 1995 une autre épidémie éclata en Russie et en Roumanie et fut aussi contrée. Finalement, en 2011 au village de Kimba en Nigérie, 13 enfants décédaient d’une étrange maladie. Il s’agissait en réalité de la diphtérie. Plus d’une centaine de cas y furent identifiés dont vingt-quatre en moururent. Une absence de vaccination et un retard à se faire soigner furent les responsables de cette épidémie.

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