Le Saviez-Vous ► Semmelweis, ce "génie" incompris qui avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie


Il y a des génies qui ne sont pas nés à la bonne époque. Comme ce médecin hongrois Ignace Semmelweis qui a compris en voyant des étudiants faire une autopsie et aller ensuite pour un accouchement que le lavage des mains était d’une grande importance pour ne pas mettre des vies en péril.
Nuage

 

Semmelweis, ce « génie » incompris qui avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie

 

Portrait d'Ignace Semmelweis

Portrait d’Ignace Semmelweis, gravure sur cuivre de Jeno Doby, 1860.

© CREATIVE COMMONS

Par Sciences et Avenir avec AFP 

Il y a 200 ans naissait Ignace Semmelweis, jeune médecins hongrois qui a découvert les bienfaits de l’asepsie avant Pasteur. Mais comme d’autres chercheurs ayant eu raison trop tôt, il s’attira en son temps les foudres de ses pairs…

Il a vaincu la septicémie, pas les sceptiques : mort interné après avoir sauvé des centaines de vies, Ignace Semmelweis avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie. Mais 200 ans après sa naissance, la mise en oeuvre de ses préceptes reste toujours imparfaite, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Entré au panthéon des chercheurs ayant eu raison trop tôt, aux côtés d’un Copernic ou d’un Mendel, Semmelweis s’attira en son temps les foudres de ses pairs… pour avoir tenté d’imposer la désinfection des mains avant la manipulation de parturientes.

Il impose un lavage des mains de cinq minutes

1846. Le jeune médecin, né le 1er juillet 1818 à Budapest, intègre le service obstétrique de l’Hôpital général de Vienne. Il est immédiatement frappé par la mortalité record des jeunes accouchées du pavillon où sont formés des étudiants : plus de 10%, avec des pointes approchant les 40%. Or dans le pavillon jumeau, où sont formées des sages-femmes, ce taux ne dépasse pas 3%, un chiffre ordinaire à l’époque.

« Cette disparité préoccupe énormément Semmelweis, qui commence une véritable étude épidémiologique », relève Bernhard Küenburg, président de la Société Semmelweis de Vienne.

En mars 1847, il a le déclic quand un collègue meurt d’une septicémie contractée lors d’une autopsie : les cadavres recèlent selon ses termes des « particules » invisibles mais potentiellement létales.

 Or « à l’époque, les étudiants en médecine passaient directement d’une autopsie à un accouchement sans se désinfecter les mains », rappelle M. Küenburg pour l’AFP.

Le simple savon ne suffisant pas, Semmelweis impose un lavage des mains de cinq minutes avec « ce qui existait de plus fort : le chlorure de chaux, une solution au demeurant très abrasive pour la peau ». Les résultats sont immédiats : le taux de mortalité tombe à 1,3%, devenant même nul certains jours.

Incompris, il développe des troubles mentaux

C’est là que les ennuis de Semmelweis commencent. S’il recueille le soutien de certains confrères, le jeune médecin hongrois est vivement combattu par plusieurs pontes. En 1849, son contrat n’est pas renouvelé.

« Les médecins se sont sentis agressés car il a établi que c’étaient précisément eux qui transmettaient les germes », souligne M. Küenburg, selon qui Semmelweis serait aujourd’hui « Prix Nobel ».

Mais un quart de siècle avant Pasteur et la découverte des microbes, le praticien ne peut pas démontrer formellement l’existence de ses « particules ». Pire, « plus il apporte d’éléments de preuve, plus la résistance grandit ».

Et le caractère emporté du médecin, qui n’hésite pas à qualifier ses confrères d’« assassins », n’arrange pas les choses.

Son « grand défaut » est « d’être brutal en tout, et surtout pour lui-même », reconnaît l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline, qui consacre une thèse de médecine enthousiaste à ce « génie » en 1924.

Incompris, Semmelweis développe des troubles mentaux et est finalement interné à Vienne où il meurt dans des circonstances obscures en 1865, à 47 ans. Il ne sera réhabilité qu’à la fin du 19e siècle, après que Pasteur, Koch ou encore Yersin eurent validé son intuition. Il fait figure aujourd’hui de père de l’asepsie et de l’épidémiologie hospitalière moderne.

La désinfection des mains à l’hôpital n’est pratiquée que dans la moitié des cas

Mais si la désinfection des mains à hôpital relève du bon sens, elle n’est toujours pas systématisée, déplore le Pr Didier Pittet, directeur de programme à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Elle n’est pratiquée que dans 50% des cas en moyenne, alors qu’elle pourrait éviter de 50 à 70% des infections en milieu hospitalier », confie-t-il à l’AFP.

Les infections nosocomiales affectent quelque 3,2 millions de patients chaque année au sein de l’Union européenne, faisant plus de 100 morts par jour. Dans le monde, elles causent de « 5 à 8 millions de décès » par an, rappelle le praticien. Alors, pourquoi les enseignements de Semmelweis ne sont-ils pas davantage appliqués ?

« La désinfection des mains avec une solution alcoolique est un acte simple et bon marché, avec un impact immédiat sur les taux d’infections », y compris pour des gènes multirésistants, relève Didier Pittet. Mais « c’est un acte qui n’est pas suffisamment pris au sérieux, notamment par les médecins eux-mêmes, pour qui c’est moins prestigieux que de rechercher le gène d’une maladie rare », estime-t-il.

Lancée par l’OMS en partenariat avec 19.000 hôpitaux dans le monde, la campagne de sensibilisation « Clean Care is Safer Care » porte cependant ses fruits. La désinfection des mains est désormais pratiquée à près de 85% dans des pays comme l’Australie et dans certains établissements asiatiques, à l’instar des Hôpitaux universitaires de Genève, où Didier Pittet a instauré un programme pilote dès les années 1990.

« Dans le monde, il y a vingt ans, la désinfection des mains n’était pratiquée qu’à 20%. Aujourd’hui, le sujet est en train de devenir l’un des plus sexy de la littérature médicale », assure le professeur. « C’est un peu la revanche de Semmelweis ».

#ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS)

https://www.sciencesetavenir.fr

Le Saviez-Vous ► Expertise médico-légale au Québec


Parmi mes passions telles que l’archéologie, l’astronomie et autres, il y a aussi la science médico-légale. Ce billet avait été écrit en 2014 lors des 100 ans d’expertise médico-légale au Québec, plus précisément à Montréal. C’est d’ailleurs l’un des laboratoires les plus complets en Amérique du Nord. C’est un endroit qu’on peut résoudre le mystère d’un décès, d’un crime … Le seul hic, est l’odeur qui règne dans la salle d’autopsie
Nuage

 

Expertise médico-légale au Québec

 

 

Ce laboratoire a été fondé par le Dr Wilfrid Derome le 26 juin 1914, et a occupé jusqu’en 1969 des locaux dans le Vieux-Montréal, rue Saint-Vincent. Il constitue aujourd’hui une unité autonome au sein du ministère de la Sécurité publique, située au siège social de la Sûreté du Québec, rue Parthenais. Il est l’un des laboratoires les plus complets en son genre en Amérique du Nord.

Le Laboratoire possède trois salles d’autopsie qui sont attenantes à la morgue, qui peut contenir jusqu’à 135 corps. Entre 650 et 700 autopsies sont pratiquées ici tous les ans. Il reçoit la majorité des cas de morts violentes ou suspectes au Québec. Les causes de mortalité sont identifiées dans 95 % des cas.

Une autopsie dure en moyenne une heure. Dans des cas extrêmes, où il y a putréfaction et démembrement, elle peut s’étendre sur plusieurs jours. C’est une procédure invasive où tous les organes du torse et du crâne sont retirés et examinés. Les organes (dont le cerveau) sont mis dans un sac et placés dans le ventre. Si le corps était exposable avant l’autopsie, il le sera après celle-ci. La salle sert aussi à passer le corps et la dentition aux rayons X.

Même après plus de cinq ans comme médecin légiste, le Dr Yann Dazé peut encore sentir l’odeur de putréfaction qui règne au sous-sol, où sont situées les salles d’autopsie et la morgue.

« Ça ne sent pas la boulangerie », lance-t-il.

L’odeur est beaucoup plus proche de celle émanant des égouts. C’est d’ailleurs où vont les eaux après le lavage, si nécessaire, du corps.

Quelques échantillons d’organes prélevés durant l’autopsie sont envoyés pour être analysés. Ils sont coulés dans la paraffine afin d’en faire des tranches extrêmement minces. En haut à droite, on voit de fines tranches d’un morceau de coeur.

Le Laboratoire compte environ 150 employés, dont une soixantaine sont affectés à la division Biologie.

Grâce à l’analyse des taches de sang, on peut aider les enquêteurs à déterminer le déroulement d’un acte criminel. Les spécialistes du laboratoire s’occupent aussi de l’analyse des échantillons de sang prélevés sur la scène de crime. Chaque année, 1000 individus sont ajoutés à la Banque nationale de données génétiques par l’équipe québécoise.

Un photographe professionnel produit des photos et des vidéos de qualité pour aider aux enquêtes et au dépôt d’éléments de preuve en cour. Il fait aussi du traitement d’images et de l’infographie.

À l’aide de microscopes, il devient possible de déterminer si une personne a tenté d’imiter l’écriture d’une autre. Des ralentissements dans le trait vont trahir les individus malintentionnés. Toute cette analyse se fait à l’oeil par des spécialistes.

Avec des appareils sophistiqués, il est possible de déceler les différentes techniques encore utilisées par des faussaires. Dans ce cas-ci, pour un chèque altéré et pour un numéro de téléphone caché.

La fin de la guerre des motards a fait passer le nombre annuel d’enquêtes de la section Incendies et explosions de 100 à 40. L’essence est utilisée dans 90 % des incendies d’origine criminelle.

Dans le secteur de la balistique, on reçoit pour analyse entre 2000 et 2500 armes à feu par année. On y compare des douilles pour les associer à des armes à feu. Ce travail se fait à l’oeil. Un robot numérise les douilles, mais seul un humain peut confirmer une correspondance entre deux douilles. Le Laboratoire a 4000 armes à feu saisies aux fins de comparaison.

Avec les informations de Louis-André Bertrand et de Jacques Bissonnet. (Photos : Louis-André Bertrand)

http://ici.radio-canada.ca

Le Saviez-Vous ► Morgue et histoire


C’est peut-être glauque comme sujet, mais il est intéressant que la morgue ait déjà été un verbe qui (hautain, arrogance) De plus, les morgues du moins en France n’avait pas au début un lieu spécifique pour les cadavres. Il est à noter aussi qu’il fut une époque que les cadavres non identifiés étaient mis en exposition pour le public et ce qui a attiré même le tourisme qui était considéré comme un spectacle. Heureusement, les choses ont bien changé
Nuage

 

Morgue et histoire

A l’origine, le terme « morguer » signifie « regarder avec hauteur », traiter quelqu’un avec arrogance.

Dans les prisons du 17ème siècle, la morgue désigne le lieu où l’on tient les nouveaux prisonniers pendant un bref moment afin que les guichetiers les dévisagent pour pouvoir les reconnaître ensuite. Par la suite, la morgue devient le lieu où l’on cherche à reconnaître les cadavres. A Paris, dès le moyen-âge, les cadavres trouvés dans les rues étaient pris en charge par l’Hôpital Sainte-Catherine avant d’être inhumés au cimetière des innocents. La prison du Châtelet sert également de lieu de dépôt pour les corps. Au 18ème siècle, il est possible de les observer afin de les identifier.

Au début du 19ème siècle, c’est l’Ile de la Cité qui accueille la morgue au sein d’un bâtiment spécialement dédié. En 1868, un nouveau bâtiment est construit à l’initiative du baron Haussmann ; il comprend un amphithéâtre, une glacière et une salle d’exposition. Les cadavres non identifiés sont alors exposés au public derrière une vitre pendant trois jours. Des milliers de personnes viennent tous les jours observer les défunts ainsi présentés, faisant de la morgue un lieu de spectacle que les touristes étrangers intègrent à leur circuit de visite. C’est seulement au début du XXème siècle, en 1907, que la morgue ferme ses portes au public ; désormais, il faut disposer d’une autorisation spéciale pour y pénétrer. La morgue devient l’Institut médico-légal en 1914 ; elle est transférée dans le 12ème arrondissement, le long du Quai de la Rapée, en bord de Seine.

L’INSTITUT MÉDICO-LÉGAL

Il reçoit les corps des défunts dont le décès est survenu sur la voie publique, les morts violentes, les corps non identifiés, les défunts dont la mort est considérée comme suspecte, ou encore par mesure d’hygiène publique. En cas de décès criminel ou suspect, l’Institut procède à une autopsie. L’autopsie peut également être menée afin de déterminer si les causes de la mort sont naturelles, ou liées à un accident, une maladie…

LA CHAMBRE MORTUAIRE

La chambre mortuaire désigne le lieu de conservation des corps au sein d’un établissement de santé ; il s’agit en général d’un grand hôpital.

 La loi précise que « les établissements de santé publics ou privés doivent disposer d’au moins une chambre mortuaire dès lors qu’ils enregistrent un nombre moyen annuel de décès au moins égal à 200 ».

Les corps sont déposés dans la chambre mortuaire dans les 24h suivant le décès. C’est un service gratuit au cours des trois premiers jours. Les agents de la chambre mortuaire peuvent également proposer leurs prestations à la famille du défunt : toilette mortuaire, maquillage… Le corps peut ainsi être conservé jusqu’à la mise en bière et aux obsèques. En cas d’absence, la chambre mortuaire peut conserver les corps jusqu’à 10 jours après le décès.

https://www.comitam-obseques.com

Hausse du nombre de corps non réclamés


C’est triste qu’une personne meure et personne pour réclamer son corps ou pire, la famille refuse de s’occuper des obsèques. C’est d’avoir vécu peut importe comment, et de partir sans jamais avoir existé pour personne
Nuage

 

Hausse du nombre de corps non réclamés

 

Un cadavre à la morgue

Un cadavre à la morgue Photo : iStock/iStock

Une salle de la morgue de Montréal Photo : Radio-Canada/Anne-Andrée Daneau

À la morgue de Montréal, les familles sont accompagnées et ne sont jamais laissées seules en présence d’un corps mal en point.

Ce sont les préposés du coroner et les coroners eux-mêmes qui ont la tâche d’identifier les corps et de procéder à une autopsie dans certains cas.

Recevoir les corps, les peser, les identifier, vérifier les effets personnels… et ils sont mis ensuite dans un des frigidaires de la morgue.

Me Catherine Rudel-Tessier, Coroner en chef

Si les recherches ne donnent rien ou lorsqu’une famille refuse d’avoir le corps, à l’expiration d’un délai de 30 jours, le corps est considéré comme non réclamé.

C’est le ministère de la Santé et des Services sociaux qui est alors tenu de l’inhumer aux frais de l’État. L’an dernier, les frais pour disposer des corps non réclamés se sont élevés à plus de 226 000 $ pour l’ensemble du Québec.

Deux solutions sont alors possibles. Le corps non réclamé peut être proposé à une institution d’enseignement pour des fins d’enseignement ou de recherche. Le MSSS peut aussi autoriser l’établissement de santé où est entreposé le cadavre à contacter l’entreprise de services funéraires de son choix.

Avec les informations d’Anne-Andrée Daneau

http://ici.radio-canada.ca/

L’autopsie virtuelle, exit le scalpel


La virtopsie commence à faire son entrée au Québec. Une autopsie virtuelle qui pourra aider les coroners a discerner la cause de la mort d’une personne en moins de temps qu’avec une autopsie conventionnelle. Sauf dans certains cas, comme les causes cardiaques
Nuage
 

 

L’autopsie virtuelle, exit le scalpel

 

Passage d'un corps dans le scanneur

Simulation du passage d’un corps dans un scanneur à l’Hôtel-Dieu de Lévis   PHOTO : RADIO-CANADA

Dans certains cas de morts suspectes, le coroner demande une autopsie. Un exercice parfois traumatisant pour les familles. Une nouvelle technique, l’autopsie virtuelle ou virtopsie, pourrait simplifier le travail des pathologistes, tout en préservant l’intégrité du défunt.

Un texte de Danny Lemieux Courriel de l’émission Découverte

Au printemps 2016 aux Îles-de-la-Madeleine, sept personnes perdent la vie dans un écrasement d’avion. Le journaliste Jean Lapierre est du nombre. Le coroner demande une enquête.

Pour éviter un coûteux transport des corps en vue d’une autopsie, cinq des sept corps sont gardés à l’Hôpital de l’Archipel pour passer un examen d’imagerie au moyen d’un scanneur. Les images sont ensuite envoyées au département d’imagerie médicale de l’Hôtel-Dieu de Lévis pour y être analysées. Ce sont les premières virtopsies, des autopsies virtuelles, au Québec.

La virtopsie est une collaboration étroite entre les radiologistes et les pathologistes […] qui utilisent des techniques d’imagerie telles que la tomodensitométrie et la résonnance magnétique afin d’imager le corps du défunt. Luc Lacoursière, radiologiste, Hôtel-Dieu de Lévis

Dans la salle d’imagerie, le scanneur balaie le corps à quelques reprises. Rapidement, 5000 coupes virtuelles sont produites. En une minute.

De façon générale, plus la dose de radiation est élevée, meilleure sera la qualité des images obtenues. Sur un cadavre, l’appareil administre plus de deux fois la dose de radiation habituelle. Sans scalpel, la virtopsie préserve l’intégrité du corps du défunt.

« On peut imaginer à quel point il est difficile et, jusqu’à un certain point, traumatisant pour la famille de voir un de ses proches subir une autopsie conventionnelle », précise le radiologiste Luc Lacoursière de l’Hôtel-Dieu de Lévis, surtout « lorsqu’il est question d’enfants décédés. »

L’écran d’ordinateur se transforme alors en table d’opération virtuelle. D’un simple clic, la peau devient translucide. Tissus mous, organes, muscles et vaisseaux sanguins se révèlent. Le squelette apparaît. On peut observer l’anatomie du défunt sous tous ses angles.

Mais il n’existe aucun logiciel spécifique à la virtopsie. Alors, comment identifier la cause possible d’un décès? La virtopsie permet d’interpréter les images et établir le diagnostic en moins d’une heure. C’est trois fois plus rapide que l’autopsie traditionnelle.

Malgré l’intérêt qu’elle suscite, cette méthode n’est pas une panacée médico-légale, notamment quand de petits caillots viennent obstruer l’artère pulmonaire, une cause fréquente de décès.

À l’écran, impossible de différencier les caillots qui ont causé la mort de ceux qui surviennent naturellement après le décès. Cette limitation s’applique aussi au décès d’origine cardiaque.

Les rayons X ne nous permettent pas de faire la différence entre le muscle cardiaque sain et le muscle cardiaque qui viendrait de subir un infarctus. Luc Lacoursière, radiologiste, Hôtel-Dieu de Lévis

Si on ne parvient pas à identifier les causes probables du décès, le coroner exige alors une autopsie traditionnelle. On estime tout de même que la virtopsie pourrait réduire de 30 % à 40 % le nombre d’autopsies classiques. La première phase du projet pilote commence à peine. On y documentera 25 cas d’imagerie virtuelle post mortem avant d’en présenter les résultats.

De 7 % à 8 % des décès qui surviennent chaque année au Québec sont signalés à un coroner. Son mandat est de déterminer les causes probables de la mort et d’éclaircir ses circonstances. Pour y arriver, on a recours à l’autopsie dans 35 % des cas.

À ce jour, la virtopsie a permis d’étudier neuf corps au Québec.

http://ici.radio-canada.ca/

Thomas Craven ou la résurrection en 3D d’un protestant anglais


L’impression 3D est aussi utilisée pour reconstituer des visages. C’est en effet ce qui est arrivé à un jeune homme anglais issu de la noblesse mort de la peste en 1636 mort en France loin des siens
Nuage

 

Thomas Craven ou la résurrection en 3D d’un protestant anglais

 

Reconstitution faciale 3D de Thomas Craven. A gauche, l’étape finale de la modélisation numérique, à droite, une phase avec des marqueurs servant à déterminer l’épaisseur des tissus mous établis à partir de tables de mesures anatomiques. CREDIT: Philippe Froesch /Studio Visual Forensic

Par Bernadette Arnaud

La société Visual Forensic a réalisé cette étonnante reconstitution faciale numérique d’un jeune protestant anglais mort à Paris de la peste en 1636.

 

PORTRAIT. Avec son visage d’adolescent où affleure l’ombre d’une fine moustache, ce jeune Britannique pourrait sembler tout droit sorti d’un concert de rock à Londres. Or, Thomas Craven, noble anglais de 17 ans, est mort à Paris en… 1636.  Son émouvante reconstitution faciale 3D vient rejoindre la série des étonnants portraits d’Henri IV et Robespierre auxquels nous a habitués Philippe Froesch, le fondateur de la société Visual Forensic spécialisée dans les reconstructions numériques de personnages historiques. C’est à la demande de Djillali Hadjouis, archéologue au service Archéologie du Conseil départemental du Val de Marne, que Philippe Froesch vient ainsi de redonner ses traits au jeune homme qui avait été découvert il y a 30 ans à Saint-Maurice (Val de Marne). Un moulage du crâne et de nombreux scanners ont permis de réaliser ce travail saisissant de réalisme, à l’instar de ceux utilisés pour les portraits précédents.

Le sarcophage de Thomas Craven, lors de sa découverte
à Saint-Maurice en 1986. © Ph. Huard

C’est en 1986 qu’a eu lieu la découverte spectaculaire : celle d’un sarcophage anthropomorphe en plomb mis au jour dans les sous-sols d’un conservatoire de musique, situé sur le terrain d’un ancien cimetière protestant. Celui-ci avait été détruit au 17e siècle, lors de la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV (1685) qui avait mis fin à la tolérance envers les protestants. Le catholicisme étant dès lors la seule religion reconnue dans le royaume. Une fois le sarcophage ouvert, les archéologues avaient découvert les restes d’un individu embaumé, enveloppé d’un linceul maintenu par une cordelette, sur lequel était posé un bouquet de plantes aromatiques séchées. Les traces d’une ancienne bière en bois étaient toujours visibles. Les premiers examens avaient révélé que la boite crânienne avait été sciée, comme cela se pratiquait depuis le Moyen Age pour extraire le cerveau lors des autopsies.

Dès l’ouverture du cercueil, des fragrances persistantes avaient également frappé les chercheurs. Il s’agissait des parfums des plantes utilisées pour l’embaumement et que l’on appliquait généralement pour la conservation des cadavres issus de la noblesse. Les analyses des végétaux qu’employaient les thanathopracteurs de l’époque ont ainsi attesté la présence d’un cocktail d’armoise absinthe (Artemisia absinthium), et de marjolaine (Origanum majorana).

« Leur utilisation était courante dans l’aristocratie depuis l’époque d’Ambroise Paré, le célèbre chirurgien anatomiste du 16e siècle », précise Djillali Hadjouis.

Epitaphe en alliage cuivreux trouvée sur le sarcophage de plomb de Thomas Craven.
© B.Allard, SD, 94

Qui pouvait bien être ainsi inhumé dans ce cercueil de plomb ? Les archéologues ont très vite levé le mystère. Une plaque en alliage cuivré, collée sur le sarcophage, portait en effet les armoiries de la famille Craven. Et une longue épitaphe en latin était dédiée au trépassé :

« Dans ce cercueil repose, attendant la joie de la résurrection et une heureuse réunion avec son âme qui est maintenant aux cieux, le corps de Thomas Craven, très noble jeune anglais … mort le vingtième jour du mois de novembre 1636 de Notre-Seigneur… ».

Que faisait cet aristocrate anglais, fils de Lord Craven, maire de Londres, dans ce catafalque exhumé en région parisienne ? Et de quoi avait-il bien pu mourir en pleine fleur de l’âge ?

Pendant trente ans, une succession d’études anatomo-pathologiques, tomographiques et paléopathologiques, associées à des recherches microbiologiques effectuées par les chercheurs de la Faculté de médecine de Marseille, ont enfin fait « parler » le corps de Thomas. Et des prélèvements réalisés dans la pulpe dentaire et des analyses génétiques ont conduit à identifier la présence du bacille Yersinia pestis.

« Le cimetière dans lequel il a été inhumé était sans doute un cimetière de pestiférés », explique Djillali Hadjouis également associé à l’UMR 5288 du CNRS.

L’examen des dents prélevées sur cinq autres individus récupérés dans ces fosses en 2005, avait effectivement montré que tous avaient été victimes de la peste.

« Dans certains récits sur l’histoire de Paris, on trouve mentionné un épisode de la peste qui sévissait à Paris en septembre 1636, deux mois avant la mort de Thomas Craven, poursuit le paléopathologiste. Il est alors demandé de faire évacuer la Conciergerie pour envoyer tous les prisonniers vers le bourg de Saint-Marcel, du côté de l’actuelle gare d’Austerlitz. »

Thomas Craven était en fait un jeune huguenot venu étudier à Paris où il a contracté la maladie. Sa dépouille repose aujourd’hui dans une chambre froide à 4°C, dans le service d’archéologie du Conseil départemental du Val de Marne.

« Nous avons demandé à ce qu’il puisse être réinhumé », précise Djillali Hadjouis.

Dans la législation française, tout corps étudié archéologiquement doit en effet être réenterré dès lors qu’il a été identifié. Ce qui concerne le plus souvent des individus nés après le 16e siècle, puisque les archives de l’état civil ne sont apparues qu’à la Renaissance.

« Dans le cas de Thomas Craven, nous ne possédons plus ces documents, car les temples protestants qui les conservaient ont été incendiés. Le premier temple de Charenton, haut lieu du protestantisme en France, l’a été sous Louis XIII, en 1621, et le second, reconstruit sur le même emplacement, 62 ans plus tard, en 1686. Toutes les archives paroissiales protestantes sont donc parties en fumée », précise Djillali Hadjouis.

Par chance pour lui, son identité figurant sur sa plaque mortuaire, Thomas Craven pourrait effectivement faire l’objet d’une nouvelle inhumation. Une monographie complète sur son cas devrait être prochainement publiée. En attendant, le jeune-homme a retrouvé un visage… à défaut d’une famille, aucun de ses descendants ne l’ayant, semble-t-il, réclamé.

http://www.sciencesetavenir.fr/

L’ADN et l’imagerie 3D au secours des historiens


La médecine légale et tout ce qui l’entoure uni avec l’archéologie devient des aventures sur l’histoire et remettre quand cela est possible, la vérité bien en place comme celui de Richard III, Ramsès III, Henri IV etc
Nuage

 

L’ADN et l’imagerie 3D au secours des historiens

 

Le crâne de Richard III.... (Photo AFP)

Le crâne de Richard III.

PHOTO AFP

LAURENT BANGUET
Agence France-Presse
Paris, France

Il suffit parfois d’un peu d’ADN et d’une bonne dose de rayons X pour faire passer des cadavres de l’ombre à la postérité, tels Richard III d’Angleterre ou Henri IV de France, et élucider des morts aussi mystérieuses que celles du pharaon Ramsès III ou d’Agnès Sorel.

Dernier en date de ces inconnus célèbres formellement identifiés grâce aux progrès récents de la médecine légale, le squelette exhumé voici plusieurs mois sous un parking de Leicester (centre de l’Angleterre). Il s’agit bien de la dépouille du roi Richard III, mort en 1485 à la bataille de Bosworth Field, selon les chercheurs britanniques qui ont effectué une comparaison génétique avec des descendants actuels de sa lignée maternelle.

Outre les causes probables de son décès (deux blessures fatales au crâne), l’autopsie montre que Richard III a subi des «humiliations» violentes, comme un coup d’arme blanche dans la fesse droite, que son régime alimentaire était riche en protéines mais que le souverain n’avait pas le bras atrophié dont Shakespeare l’affuble dans ses pièces.

Fin 2012, c’était la tête du roi de France Henri IV qui avait livré ses secrets à une équipe de scientifiques franco-espagnole réunie autour de Philippe Charlier, médecin légiste et grand spécialiste des énigmes historiques.

Poil d’aisselle

Retrouvée en 2008 après plusieurs siècles de pérégrinations, la tête momifiée de Henri IV, assassiné en 1610, avait déjà été authentifiée sur la base de nombreux recoupements scientifiques et historiques.

En comparant son ADN à du sang séché attribué à son descendant Louis XVI, les chercheurs ont cette fois pu trouver un profil génétique commun entre les deux hommes que sept générations séparent.

Parfois surnommé «l’Indiana Jones des cimetières», le Dr Charlier a notamment brisé le mythe entourant un fragment de côte et autres débris attribués à Jeanne d’Arc. Spectromètres de masse, rayons X, datation au carbone 14, analyses de pollens et même l’intervention de «nez» issus de la parfumerie de luxe ont prouvé qu’il s’agissait en réalité des restes d’une momie égyptienne inhumée avec son chat…

C’est encore Philippe Charlier qui a révélé l’empoisonnement au mercure d’Agnès Sorel, favorite du roi français Charles VII, à partir d’un simple poil d’aisselle. Mais la science n’a pas pu trancher entre une surdose de mercure pour traiter des parasites intestinaux et un assassinat.

Un crime vieux de 3000 ans vient en revanche d’être révélé par les mêmes outils: celui du pharaon Ramsès III.

Par les archives de l’époque, les égyptologues savent que le pharaon a été victime vers 1156 avant JC de la «conspiration du harem», ourdie par l’une de ses épouses, la reine Tiyi.

Mais les textes anciens ne précisent pas comment le souverain a été assassiné, et une radiographie pratiquée sur la momie de Ramsès III dans les années 1960 n’avait rien révélé de probant.

Il aura fallu l’Allemand Albert Zink, rendu célèbre pour avoir fait parler la dépouille d’Ötzi, «l’homme des glaces» découvert en 1991 dans les Alpes à la frontière italo-autrichienne, pour en savoir plus.

Grâce à une technique 3D innovante, Albert Zink et son équipe ont réussi à identifier une blessure grave à la gorge, probablement un coup de couteau qui a tranché net la trachée du pharaon.

De son côté, le Dr Charlier doit prochainement publier les résultats de son étude des fragments du coeur de Richard Ier d’Angleterre, dit Richard «Coeur de Lion», et travaille également sur des squelettes de prétendus vampires de Transylvanie.

http://www.lapresse.ca