D’où vient notre manie d’attendre des enfants qu’ils se taisent en public?


On ne tolère pas chez l’autre enfant ce que l’on tolère chez le sien. C’est un fait ! Quand on voit un enfant agiter dans un lieu public, nous avons tendance à juger les parents, et pourtant nous avons tous vécu ce genre de moment. Cependant, à certains endroits, on évolue par rapport aux enfants. Par exemple : Quand ma mère est décédée, au salon funéraire, il y avait dans une salle des tables et une boite de jouets pour les petits. Ana-Jézabelle et Aurélie avaient a peu près 3 ans et elles ont amener les jouets où ma mère était exposée. Le Monsieur qui s’occupe du salon funéraire, les regarde et ajoute : La vie continue, c’est un beau symbole de voir les enfants jouer. Alors que dans un autre salon funéraire pour une autre personne, on demandait aux enfants d’être tranquille même s’ils étaient a l’écart.
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D’où vient notre manie d’attendre des enfants qu’ils se taisent en public?

Le temps où les enfants ne pouvaient ouvrir leur bouche que lorsqu'on s'adressait à eux est toujours latent. | Ocean Biggshott via Unsplash

Le temps où les enfants ne pouvaient ouvrir leur bouche que lorsqu’on s’adressait à eux est toujours latent. | Ocean Biggshott via Unsplash

Daphnée Leportois

En société, les plus jeunes se doivent d’être sages comme des images sous peine d’être regardés de travers.

«Un inconnu à une femme avec sa fille de 2 ans, qui joue calmement à sa place dans le TGV: “C’est pas une aire de jeu, ici. Les enfants dans le train, c’est dans l’escalier.”»

Les anecdotes comme celle-ci, relayée sur Twitter par le compte Mother F*cking Stories, ne manquent pas.

«À 3 ans, mon fils assistait à une cérémonie hommage qui durait deux heures. Il s’est fait disputer par une vieille femme parce qu’il faisait trop de bruit en buvant son biberon. Je cite: “Je n’ai jamais vu autant d’irrespect.” Il écoutait en silence depuis plus d’une heure…», renchérit @CherryHanami.

Forcément turbulents

On peut certes comprendre que des adultes trouvent désagréable d’être perturbé·es dans le déroulement de leur emploi du temps bien rodé pour cause de cris, braillements, pleurs ou mouvements intempestifs –c’est bien pour ça que les hôtels ou restaurants «sans enfants» prolifèrent. Après tout, d’autres individus leur imposent un choix, celui d’avoir des enfants ou, à tout le moins, d’être en leur compagnie sonore et tumultueuse.

Mais la situation va plus loin que des heurts dus à une cohabitation non souhaitée. Ce que ces quelques récits révèlent, c’est que partout en société, les enfants dérangent pour la seule et unique raison qu’ils sont des enfants; ils seraient forcément trop turbulents pour respecter les normes d’un espace public destiné en priorité aux grandes personnes.

«Depuis que je suis mère, je m’interroge […] sur cette société qui veut qu’on fasse des enfants, mais pas voyants, pas bruyants, pas… pas “enfantins”», formule Coline Charpentier, avant de raconter une scène du même acabit s’étant déroulée au sein de la basilique Saint-Denis, haut lieu touristique: une visiteuse, fâchée, y avait demandé à son fils âgé de 1 an «de parler moins fort et d’arrêter de marcher sans respect».

Voici venu le temps de l’enfant roi… du silence.

Pour l’anthropologue de l’enfance et de la jeunesse Julie Delalande, ce manque de tolérance envers les bambins souligne «les différentes facettes du regard sur l’enfant et le décalage entre la théorie et la pratique», entre le grand principe érigé en maître du bien-être de l’enfant, autorisé à s’exprimer et que l’on se doit d’écouter, et sa mise en application, loin d’être universelle et constante.

Héritage hiérarchique

C’est le deux poids, deux mesures de notre société individualiste, pointe la professeure de sciences de l’éducation à l’université Caen Normandie:

«On va tolérer son enfant en tant qu’individu roi (c’est-à-dire que l’on veut qu’il soit lui-même et que tout ce qu’il fait sera valorisé comme une manifestation de lui-même), mais pas les manifestations individuelles des autres enfants. On ne tolère pas chez l’autre enfant ce que l’on tolère chez le sien.»

La liberté de l’enfant fait alors figure d’exception. C’est bien la preuve que le temps où ils devaient tous se tenir à carreau n’est pas si reculé que ça et que ce modèle, que l’on pensait disparu avec les martinets, où les enfants ne pouvaient ouvrir leur bouche que lorsqu’on s’adressait à eux est en fait toujours latent.

«C’est un héritage. On retrouve une empreinte très forte de l’ancien modèle traditionnel, où la place de l’enfant était de rester à sa place et la marque de respect envers l’adulte était de se taire», indique Julie Delalande.

Ce legs un peu réac s’est maintenu parce que la relation hiérarchique entre adultes et enfants ne s’est pas évaporée, quand bien même une plus grande place est faite aux enfants. Ils ne sont toujours pas autonomes et leur statut les place donc sous l’autorité des adultes, rappelle la chercheuse. C’est la norme actuelle.

«C’est une marque de pouvoir sur l’enfant que de le faire taire.» Julie Delalande, anthropologue de l’enfance et de la jeunesse

De la même manière qu’on ne tolèrera pas dans l’espace public qu’un parent terrorise son enfant et lui demande une totale soumission, car cela serait faire preuve d’«autoritarisme» et d’«abus de pouvoir», ce qui est jugé en cas de tapage ou de remue-ménage juvénile, ce ne sont pas tant les enfants que la relation de pouvoir, perçue comme défectueuse, de leurs parents.

«C’est une marque de pouvoir sur l’enfant que de le faire taire», relève Julie Delalande, également coresponsable, au sein du laboratoire Cirnef, du thème de recherche «Enfants, jeunes et adultes en interactions et dialogue».

L’agitation enfantine sera ainsi appréhendée comme «la marque d’un adulte qui ne sait pas imposer son pouvoir sur l’enfant».

Élèves modèles

En faisant remarquer qu’un marmot fait tache par son comportement, on admoneste l’adulte responsable bien plus que l’enfant à l’origine de la perturbation indésirable, et on fait part de son évaluation teintée de mépris envers l’éducation qu’il a reçue. Au fond, c’est le supposé manque d’autorité parentale qui est tancé.

Si l’on considère qu’être un bon parent consiste à faire en sorte que son enfant sache «bien se tenir» en public, c’est juste que l’on suit le mouvement général

 «Le modèle de normes éducatives dominant est porté par l’école, le rôle premier de l’enfant étant celui d’élève, qui rapporte des bonnes notes, fait ses devoirs…», décrit la spécialiste.

En classe, on ne fait pas n’importe quoi: on lève le doigt, on reste assis. Au travers des textes officiels de l’Éducation nationale se dessine une formule éducative:

«On est passé d’un modèle de soumission à un modèle dans lequel l’enfant doit être entendu. Mais quand on lui donne la parole, c’est dans une forme conçue pour lui, un cadre institué prévu par l’enseignant, et derrière le programme, comme les moments “Quoi de neuf?” en maternelle ou les prises de parole des délégués de classe.»

«Le modèle de normes éducatives dominant est porté par l’école.» Julie Delalande, anthropologue de l’enfance et de la jeunesse

C’est ainsi que l’on parvient à faire coexister l’idée que les mômes ont droit à la parole, à être écoutés, à manifester leurs envies, leurs élans et leur joie de vivre et celle, en apparence antagoniste, qu’ils feraient mieux de se faire tout petits en société.

«L’autonomie qui leur est accordée dans l’espace public est toute relative», constate Julie Delalande.

Cela ne revient aucunement à vouloir en faire au plus tôt des adultes miniatures sachant tenir en place, mais au contraire à permettre à leurs aîné·es de conserver leur ascendant en plein règne de l’enfant roi.

http://www.slate.fr/

La cuisine pour faciliter la transition du primaire au secondaire


 

Je trouve que c’est une excellente idée de réunir des élèves du secondaire avec des élèves du primaire dans un cadre culinaire. Apprendre la cuisine, et ses règles tout en apprivoisant le milieu d’école secondaire à plusieurs points positifs. Ces activités devraient être à la grandeur du Québec.
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La cuisine pour faciliter la transition du primaire au secondaire

 

La cuisine pour faciliter la transition du primaire au secondaire

Photo: Josie DesmaraisDes jeunes du programme Boîte à lunch.

Le programme d’éducation alimentaire Boîte à lunch s’étend dans près d’une dizaine d’établissements de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Pour la première fois, les ateliers seront offerts conjointement aux élèves de niveau primaire et secondaire afin de faciliter, à travers la cuisine, la transition entre ces deux mondes pour les plus jeunes.

«On voulait apporter cet aspect de mentorat pour faciliter la transition, a mentionné la commissaire scolaire de Ville-Marie, Stéphanie Bellenger-Heng. Aller du primaire au secondaire, c’est beaucoup d’inquiétude, de changement. Ici, les enfants sont dans un environnement qu’ils apprivoisent au fur et à mesure des ateliers.»

«L’école Pierre-Dupuy peut paraître tellement grande, parce qu’on partage notre espace avec l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal, donc ça peut être intimidant», a concédé pour sa part le directeur de l’école, Bruno Charreyron.

Depuis le retour de la semaine de relâche, chaque mardi, une dizaine d’élèves de l’école primaire Jean-Baptiste-Meilleur se rendent après les classes à l’école secondaire Pierre-Dupuy, où ils participent aux ateliers d’une durée d’environ deux heures avec des élèves du secondaire.

Chaque semaine, les élèves apprennent à cuisiner deux à trois recettes autour d’un ingrédient vedette. Ils peuvent ensuite ramener les plats à la maison, pour leur dîner du lendemain. Lors de la visite de Métro, la crevette était à l’honneur, avec une recette de jambalaya. Pour dessert, un «Bananas Foster».

«C’est important pour nous que ce ne soit pas des recettes pour ‘’enfants’’. On veut mettre de l’avant de vrais repas équilibrés», a expliqué la coordonnatrice régionale de Boîte à lunch, Becka Frasier.

Accompagnés d’animateurs, les élèves participent à chaque étape de la réalisation de la recette en coupant, mesurant, assaisonnant et brassant.

Au-delà de l’aspect technique, les ateliers permettent des connaissances supplémentaires à propos de la nourriture, comme la provenance des ingrédients et les nutriments qu’ils contiennent. Par-dessus tout, les ateliers permettent aux jeunes de s’épanouir.

«Ils développement leur autonomie, le travail d’équipe. On veut vraiment qu’ils ne voient plus la cuisine comme une corvée», a expliqué Mme Frasier.

«Le plaisir de cuisiner, mais aussi de manger, s’est un peu perdu avec nos vies qui vont vites. On veut leur réapprendre ça», a souligné M. Charreyron.

De grands besoins


Selon Stéphanie Bellenger-Heng, le portrait de la sécurité alimentaire a grandement évolué dans les dernières années, alors qu’elle est valable «un peu partout sur le territoire de la CSDM plutôt que dans certains secteurs comme c’était le cas avant.»

Depuis sa création en 2003, Boîte à lunch s’étend dans trois secteurs, soit Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Michel et Centre-Sud, où les besoins sont grands. L’enquête TOPO 2017, réalisée auprès de 13 400 jeunes de sixième année, a révélé que 46% des élèves du quartier ne mangent pas avant d’aller à l’école.

«Il y a différents facteurs, mais la sécurité alimentaire en fait partie», a estimé la commissaire.

Dans le quartier, deux autres établissements scolaires prennent part au programme, mais Mme Bellenger-Heng et M. Charreyron souhaitent que d’autres écoles primaires viennent cuisiner et surtout cohabiter avec les élèves du secondaire Pierre-Dupuy.

Ayant récemment perdu sa mesure alimentaire, l’école Saint-Anselme, à proximité, devrait suivre éventuellement, tout comme l’école Jean-Baptiste-Meilleur.

Même si elle est consciente qu’il ne pourra jamais «pallier complètement à ces pertes», Mme Bellenger-Heng croit fermement que le programme Boîte à lunch contribue au développement des enfants, ce qui est «le mandat premier de la CSDM»

«Si en plus de leur permettre d’avoir un lunch pour le lendemain, on développe leurs compétences culinaires et leur éducation alimentaire, eh bien à mes yeux, on a gagné», a soutenu Mme Bellenger-Heng

https://journalmetro.com/

Un avatar pour s’occuper de vos parents


Cela m’agace un peu qu’on soit rendu à ce genre de technologie pour qu’une personne âgée soit plus autonome le plus longtemps possible. Bon, il y a quand même des avantage d’avoir ce compagnon virtuel comme un rappel de prendre des médicament, des conseils pour des crises d’anxiété et informer de l’état de santé de la personne aux proches, mais c’est quand même dérangeant. J’aurais peur, même si on veut éviter cela, que les enfants prennent pour acquis que d’autres s’occupent d’eux. Au  Québec, nous ne sommes pas rendu là .
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Un avatar pour s’occuper de vos parents

 

Care.coach fournit un compagnon virtuel aux personnes âgées.... (PHOTO FOURNIE PAR CARE.COACH)

Care.coach fournit un compagnon virtuel aux personnes âgées.

PHOTO FOURNIE PAR CARE.COACH

 

CHRISTIAN GEISER
La Presse

Un chat qui parle, qui met de la musique et qui suit votre état de santé. Fiction ? Bien au contraire ! Aux États-Unis, l’application care.coach vise à permettre aux personnes âgées de demeurer autonomes le plus longtemps possible. Est-ce un modèle applicable au Québec ?

Divertir, rappeler qu’il est l’heure de prendre des médicaments, donner des conseils pour arrêter une crise d’anxiété, informer les proches de l’état de santé d’un parent : l’application care.coach, destinée aux personnes âgées, promet tout ça.

Le service, lancé en 2012 et utilisé par divers services de santé aux États-Unis*, consiste à fournir un compagnon virtuel à une personne qui a besoin d’accompagnement.

Une fois inscrite au service, la personne reçoit une tablette Android et choisit un des deux avatars offerts (un chat ou un chien) à travers lequel le personnel de care.coach communique avec elle et veille à sa santé.

Établis aux Philippines ou au Mexique, les employés discutent sur une base régulière avec leurs patients et en profitent pour s’assurer qu’ils prennent leurs médicaments, qu’ils mangent, voient s’il y a des changements inquiétants dans leur routine et informent au besoin les proches ou les professionnels de la santé concernés.

« Nos employés s’occupent toujours des mêmes personnes. Cela permet de créer des relations et de voir quand il y a des problèmes. »

– Victor Wang, fondateur de care.coach

Pour limiter les éléments irritants liés à la technologie, care.coach fournit la tablette dont l’usage est exclusivement réservé à son application. Même l’alimentation électrique a été pensée.

« Comme il pourrait être difficile de reconnecter le fil d’alimentation pour certains de nos clients, il est impossible de le débrancher de l’appareil », continue Victor Wang.

Avec son service, l’entreprise affirme pouvoir, pour 280 $ par mois, prolonger l’autonomie des personnes âgées tout en les gardant en contact avec leurs proches.

Un modèle à reproduire ?

« C’est là que les promoteurs [de complexes pour aînés] veulent aller, au Québec. Tout comme les proches aidants », affirme Sabrina Boutin, directrice du projet Santé pour le CEFRIO. L’intérêt de cette approche est essentiellement dans le prolongement de l’autonomie de ceux qui l’utilisent, croit-elle. « Cela permet de garder les aînés chez eux, plutôt que de devoir les placer. »

Il est par contre primordial que la technologie ne remplace pas le personnel de santé.

« C’est en complément. Les outils technologiques doivent s’intégrer dans un processus qui permet la continuité des soins, par le transfert des informations », insiste Mme Boutin.

Il faut aussi veiller à ne pas tomber dans les généralisations et l’infantilisation.

« Les personnes âgées représentent un groupe hétérogène. Il faut faire attention à l’effet stigmatisant et éviter de tomber dans l’âgisme », prévient Nathalie Bier, professeure agrégée à l’école de réadaptation de la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Idem pour les proches.

« Certains ne veulent pas aider ou ne peuvent pas le faire. Que ce soit par manque de temps ou pour des raisons géographiques. Alors que d’autres sont impliqués. »

« Il faut donc faire attention à comment on leur présente ce type de solution. On ne peut offrir une seule solution et penser que cela va régler tous les problèmes. » – Nathalie Bier

Même son de cloche de la part de Sabrina Boutin.

« On tend à mettre ce groupe d’âge dans une seule case. Il faut au contraire parler de diversité. »

Possible au Québec ?

Même si l’intérêt pour ce type de service est de plus en plus grand au Québec, les particularités de notre système de santé compliquent les choses

« Un héritage depuis des décennies est notre façon de fonctionner en silo », souligne Sabrina Boutin.

Aux États-Unis et dans les pays scandinaves, le système est plus décloisonné. Cela permet donc à toutes les personnes impliquées auprès d’un patient d’avoir accès aux données pertinentes.

« Même si le gouvernement est sensibilisé à cette problématique, nous ne sommes pas encore au stade de l’interopérabilité », continue-t-elle.

Ainsi, la communication entre différentes parties, un des atouts de care.coach, n’est pour l’instant pas envisageable.

Paradoxalement, c’est également le partage des données et le respect de la vie privée qui peuvent poser problème.

« Qui va avoir accès à ces renseignements ? Est-ce que les parents veulent que leurs enfants sachent tout d’eux en tout temps ? », demande Sabrina Boutin.

Réflexion et inclusion

« Il y a un intérêt pour ce type de solutions, mais pas n’importe lesquelles ni n’importe comment, affirme Nathalie Bier. Il faut aussi s’assurer d’impliquer les personnes âgées dans leur élaboration. »

Et avant d’en arriver là, il y a un vaste chantier à entreprendre, croit Mme Boutin.

« Nous devons voir les différences entre les systèmes de santé et ensuite choisir le type d’accompagnement que l’on doit mettre en place. Il faut penser à la diversité des acteurs qui auront besoin de cette information. Et aussi inventer un système de suivi entre le privé et le public. »

* Care.coach n’a pas voulu divulguer le nombre de ses utilisateurs.

https://www.lapresse.ca/

Des exercices pour améliorer l’autonomie des aînés


Suite a des hospitalisation ou quelque chose de similaire, les ainés ont tendance a devenir plus sédentaire et le risque de chute est plus grand. Le fait de prescrire des exercices pour les ainés aidera probablement à les faire qu’une simple recommandation.
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Des exercices pour améliorer l’autonomie des aînés

 

Les exercices sont prescrits au patient par son... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

Les exercices sont prescrits au patient par son médecin au même titre que la médication qu’il devra prendre. Il ne s’agit pas d’une simple recommandation, et cela ajoute une certaine urgence à la chose.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

 

JEAN-BENOIT LEGAULT
La Presse Canadienne
Montréal

Les personnes âgées ont souvent tendance à se sédentariser au terme de leur hospitalisation, ce qui les rend encore plus fragiles et augmente leur risque de chutes et donc d’une nouvelle hospitalisation.

Un nouveau programme développé par deux chercheuses montréalaises pourrait toutefois briser ce cercle vicieux en permettant aux médecins de prescrire aisément des exercices physiques à leurs patients âgés au moment de leur congé, de manière à accentuer leur autonomie.

Mylène Aubertin-Leheudre et Marie-Jeanne Kergoat, qui enseignent respectivement au département des sciences de l’activité physique et à la faculté de médecine de l’Université de Montréal, ont mis au point un « arbre décisionnel » basé sur deux « tests » : le lever de la chaise – qui mesure la capacité cardiorespiratoire du patient – et un test d’équilibre qui permet de savoir si le patient est à risque ou non de chuter.

Ces deux tests fournissent un score au physiothérapeute ou au médecin, ce qui mène ensuite à l’un des 27 programmes d’exercices qui ont été créés.

Et c’est là une facette cruciale de cette approche : les exercices sont prescrits au patient par son médecin au même titre que la médication qu’il devra prendre. Il ne s’agit pas d’une simple recommandation, et cela ajoute une certaine urgence à la chose.

« Le médecin dit à son patient, ‘Basé sur votre test, je vous prescris ce programme d’activité physique à faire à la suite de votre séjour hospitalier pour continuer à être autonome et redevenir en forme’ », a précisé Mme Aubertin-Leheudre.

À raison de 15 ou 20 minutes par jour, les patients sont par exemple invités à se lever plusieurs fois d’une chaise d’affilée sans se tenir avec les mains, à faire le balancier sur une jambe et l’autre en se tenant après une table, à se déplacer de côté ou en avant et en arrière, à lever les genoux en alternance en ayant une table à côté d’eux, ou encore à se mettre sur la pointe des pieds ou les talons en alternance.

Les chercheurs espéraient que la vingtaine de participants à leur projet effectueraient leurs exercices trois fois par semaine. Ils les ont plutôt faits quatre ou cinq fois.

D’emblée, l’étude a démontré une amélioration de la vitesse de marche et de l’équilibre des aînés. Aucune augmentation du nombre de chutes n’a été détectée. Les aînés ont aussi fait état d’une meilleure qualité de vie.

La prochaine étape du projet consistera à comparer le recours aux services de santé des patients qui auront fait ces exercices à celui des patients qui ne l’auront pas fait.

https://www.lapresse.ca

Le Saviez-Vous ► 10 mythes et réalités sur le vieillissement


La population dans les pays développés est vieillissante, au Québec dans 20 ans, nous serons probablement le coin qui a le plus grand nombre de personnes âgées que dans les autres pays. Beaucoup de mythes circulent sur les personnes de 65 et plus. Comme, ils prennent la place des jeunes dans les emplois, ils coûtent cher à la société, ils ont une retraite dorée etc
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10 mythes et réalités sur le vieillissement

 

 

Un couple de personnes âgées se promènent dans un parc.

En septembre 2015, pour la première fois, le Canada comptait plus d’aînés que d’enfants.  Photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP/Getty Images

On entend souvent dire que la société québécoise sera bientôt parmi les plus vieilles en Occident, que les personnes âgées vivent aux crochets de la société et que peu d’entre elles sont autonomes. Vrai ou faux? Démêlons le tout avec des experts.

Un texte de Danielle Beaudoin

1. LES PERSONNES ÂGÉES NUISENT À L’AVANCEMENT PROFESSIONNEL DES PLUS JEUNES

– FAUX

« C’est faux, surtout au Québec », affirme Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l’École des sciences de l’administration de la TÉLUQ.

Les personnes âgées sont nombreuses, elles alimentent l’économie, et de ce fait, elles créent des emplois pour les jeunes, explique-t-elle.

« On sait qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs milieux. Donc, l’idée que les personnes âgées bloqueraient l’accès au marché du travail, ça ne tient pas trop la route », ajoute l’experte.

« Ça n’a jamais été démontré qu’il y avait un lien direct entre la retraite des plus vieux et l’embauche des plus jeunes », explique Yves Carrière, professeur au Département de démographie de l’Université de Montréal.

Ce ne sont pas des vases communicants, ajoute-t-il. Le démographe rappelle que dans les années 80, les taux de chômage étaient très élevés dans la plupart des pays de l’OCDE. Le Québec et le Canada avaient alors fait passer l’âge de la retraite de 65 à 60 ans. Cela n’a pas réglé le problème du chômage chez les jeunes, observe Yves Carrière.

C’est un mythe. Dans les pays où ça va bien économiquement, le taux de chômage est bas dans tous les groupes d’âge. Quand ça ne va pas bien, il est plus élevé pour tous les groupes d’âge. Yves Carrière, professeur de démographie au l’Université de Montréal

2. UNE GRANDE PROPORTION D’AÎNÉS N’EST PAS AUTONOME

– FAUX

« La très grande majorité des personnes âgées vivent à domicile, malgré parfois un état de santé moins bon ou certaines incapacités », observe Anne-Marie Séguin, professeure titulaire au Centre Urbanisation culture société de l’INRS et chercheuse de l’équipe VIES (Vieillissements, exclusions sociales, solidarités).

Le démographe Yves Carrière est du même avis. Il explique qu’être autonome, cela veut dire être capable de faire soi-même les activités quotidiennes, comme préparer les repas et faire l’épicerie. Cela n’empêche pas les personnes autonomes d’avoir mal au dos ou d’avoir d’autres incapacités. En fait, selon Yves Carrière, le tiers des personnes âgées ont des incapacités.

Entre 5 et 7 % des personnes âgées vivent en institution (CHSLD, hôpitaux ou logements sans cuisine dans un foyer où on fournit des soins), selon les chiffres d’Yves Carrière.

Autour de 2,6 % des 65 ans et plus vit en CHSLD, contre 7 % il y a une vingtaine d’années, explique pour sa part Yves Couturier, professeur titulaire à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les pratiques professionnelles d’intégration des services en gérontologie.

L’État contraint l’accès aux CHSLD. Il dit que dorénavant, la priorité, c’est de donner des services à domicile pour trois raisons : ça coûte moins cher, c’est bon pour la santé et le bien-être et c’est ce que les gens veulent. Le Pr Yves Couturier

3. LES PERSONNES ÂGÉES NE PEUVENT PAS AMÉLIORER LEUR AUTONOMIE

– FAUX

Il s’agit là d’un « gros mythe » même chez les professionnels du vieillissement, selon le professeur Yves Couturier.

« Imaginez votre père de 90 ans, qui n’a jamais fait de sport de toute sa vie. Si à 90 ans, il fait un programme d’activités physiques adapté à sa condition, il va augmenter son espérance de vie et sa qualité de vie. […]. Il y a toute une philosophie qui s’appelle en anglais le restorative care. Plutôt que de gérer la décroissance ou le déclin, c’est comment on peut soutenir le développement des personnes, même au grand âge. »

Une des sources d’âgisme, c’est de penser que les vieux sont incapables de s’améliorer parce qu’ils sont vieux. L’âge n’est pas forcément vecteur de déclin. Le Pr Yves Couturier

4. LES AÎNÉS VIVENT AUX CROCHETS DE LA SOCIÉTÉ ET COÛTENT CHER

– FAUX

Les personnes de 65-69 ans n’ont jamais été aussi actives sur le marché du travail, note le démographe Yves Carrière.

Elles participent beaucoup plus à l’économie qu’elles le faisaient dans le passé. Le Pr Yves Carrière

Yves Carrière ajoute que bien des personnes âgées qui ne sont pas sur le marché du travail sont actives et utiles à la société. Certains gardent leurs petits-enfants pour permettre à leurs enfants de gagner leur vie.

« Il y a du bénévolat et toutes sortes d’activités qui ne sont pas rémunérées et pas comptabilisées dans le PIB », précise le démographe.

Et ce n’est pas vrai que les personnes âgées coûtent si cher en soins de santé, affirme Yves Carrière.

La hausse des coûts du système de soins de santé a très peu à voir avec le vieillissement de la population. Yves Carrière, démographe

« Ce qui fait que les coûts du système augmentent de façon très rapide, c’est la technologie, les salaires, l’inflation, les médicaments. Et c’est ça qu’on ne contrôle pas très bien. Le vieillissement de la population, entre 1998 et 2008, expliquait 10 % de la hausse des coûts. Mais c’est sûr que dans le futur, comme le vieillissement va être plus marqué, il aura plus d’impact », explique le démographe.

5. L’AIDE À DOMICILE EST SURTOUT ASSURÉE PAR LES PROCHES

– VRAI

Entre 7 et 15 % de l’aide à domicile est fournie par l’État, soutient Yves Couturier. Ce sont donc surtout les proches, majoritairement les femmes, qui prennent soin des personnes âgées à la maison : les laver, les habiller, les nourrir, etc. Selon l’expert, il faut donc soutenir davantage les proches aidants.

Dans la vraie vie, c’est surtout le conjoint ou la conjointe qui donne les services. Si le conjoint s’épuise, il y a deux personnes qui rentrent en CHSLD ou à l’hôpital. Ça coûte 100 000 $ par année, ça. Il faut aider le conjoint et ne pas attendre qu’il s’effondre. Malheureusement, le Québec n’est pas actif là-dessus. Yves Couturier

Selon ses recherches sur le sujet, Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la TÉLUQ, constate que bien des proches aidants perdent au change.

Beaucoup de ces personnes, surtout les femmes, vont réduire leurs heures de travail, et finalement un certain nombre vont quitter leur emploi parce qu’elles soutiennent une personne âgée. Diane-Gabrielle Tremblay

« Du point de vue économique, ce n’est pas bon du tout », explique l’experte.

Àson avis, il faut garder les proches aidants sur le marché du travail, en leur offrant notamment des horaires plus flexibles.

Écoutez l’émission spéciale de Désautels le dimanche sur le vieillissement diffusée le 25 septembre sur ICI Radio-Canada Première.

6. TOUT LE MONDE VEUT PRENDRE SA RETRAITE À 60 ANS

– FAUX

Pas nécessairement, dit Diane-Gabrielle Tremblay.

« Il y a de plus en plus de [retraités] qui reviennent en emploi. Selon les enquêtes, 30 à 40 % reviennent pour des raisons financières. Mais pour beaucoup, on va revenir pour l’intérêt du travail ou parce qu’on s’ennuie un peu à la maison. »

Le démographe Yves Carrière note aussi que de plus en plus de gens réalisent que l’espérance de vie augmente.

« Prendre sa retraite à 55 ou 60 ans, ça peut être long longtemps. Et si vous êtes en bonne santé, pourquoi ne pas continuer à travailler? Donc, il y en a beaucoup qui voient l’intérêt de continuer à travailler. »

Yves Carrière ajoute que si on veut garder les personnes âgées sur le marché du travail, les employeurs devront faire montre d’un peu de flexibilité. Diane-Gabrielle Tremblay, de la TÉLUQ, est du même avis.

Quatre jours/semaine, des horaires flexibles, le télétravail; beaucoup de gens resteraient jusqu’à 65 ans, et même 67 ans. Beaucoup de gens sont disposés à rester plus longtemps, et sont capables de le faire.

Diane-Gabrielle Tremblay

7. LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION A COMMENCÉ AVEC LES BABY-BOOMERS

– FAUX

Totalement faux, selon le démographe Yves Carrière.

« Le vieillissement de la population au Canada et partout dans les pays développés a commencé avant le baby-boom. » 

Il donne l’exemple de la France, qui, déjà au début du 20e siècle, s’inquiétait de la baisse de fécondité et du nombre de plus en plus grand de vieillards.

Il explique que le baby-boom a plutôt ralenti le vieillissement démographique.

« La proportion de personnes âgées a cessé de croître avec le baby-boom. Elle n’a pas diminué; elle a juste cessé de croître. C’est pour vous dire à quel point il y avait déjà une tendance à avoir de plus en plus de personnes âgées. »

Par la suite, les baby-boomers n’ont pas fait beaucoup d’enfants, et en parallèle, le nombre de personnes âgées a continué à augmenter.

« Dans les années 80-90 et début 2000, on est passé de 7 à 14 % de personnes âgées. Ce n’était pas à cause des baby-boomers; ils n’avaient pas 65 ans encore. »

Toutefois, une fois que les baby-boomers arrivent à 65 ans, « c’est comme si on pesait sur l’accélérateur, parce qu’ils sont très nombreux ».

On va rattraper à peu près tous les pays de l’OCDE dans les 10-15 prochaines années. Yves Carrière

Yves Carrière explique qu’on assiste à une transition démographique partout dans le monde.

 « La fécondité diminue, et la mortalité aux grands âges diminue. Ça donne un vieillissement de la population, avec une proportion de personnes âgées qui va probablement arriver entre 25 et 30 %. C’est la maturation démographique d’une société. C’est une tendance qu’on observe dans tous les pays développés, et les pays en développement y arrivent aussi. »

8. TOUS LES BABY-BOOMERS VONT AVOIR UNE RETRAITE DORÉE

– FAUX

Un autre « beau gros mythe », dit le professeur Yves Carrière. Au contraire, avec l’arrivée des baby-boomers sur le marché du travail, « on [a commencé] à observer l’endettement et une baisse de la couverture des régimes de retraite ».

 Selon lui, les années dorées de la retraite, c’était dans les années 90.

« On aime […] dire que les vieux ont tout et que les jeunes n’ont rien. Parmi les baby-boomers, il y en a qui sont pauvres. Dans chaque cohorte, il y a de tout; des gens scolarisés, d’autres moins scolarisés. Il y en a qui ont bien réussi, d’autres, non », explique Yves Carrière.

Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la TÉLUQ, croit aussi que c’est un mythe. « Malheureusement, beaucoup de gens n’ont pas de bons régimes de retraite, ou n’en ont pas, point. Notamment les femmes avec de bas revenus, des emplois précaires dans tout ce qui est hôtellerie et restauration. »

Patrik Marier, professeur en science politique à l’Université Concordia et directeur du Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS), fait remarquer que le revenu disponible médian des aînés québécois de 65 à 74 ans est de 20 200 $, alors qu’il est sous les 20 000 $ pour les 75 ans et plus, selon un rapport de l’Institut de la statistique du Québec de 2013.

Dans la réalité, une bonne part des personnes âgées, surtout les femmes, vont vivre avec des revenus très modestes. Anne-Marie Séguin, de l’INRS

Anne-Marie Séguin souligne qu’en 2015,près de 40 % des Québécois qui touchent la pension de sécurité de la vieillesse reçoivent aussi le Supplément de revenu garanti (SRG). Seuls le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve affichent des pourcentages plus élevés.

9. D’ICI UNE VINGTAINE D’ANNÉES, LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE SERA UNE DES PLUS VIEILLES EN OCCIDENT

– VRAI

« Ce qui est remarquable pour le contexte québécois, c’est qu’on va rejoindre les sociétés les plus vieilles », note Yves Couturier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les pratiques professionnelles d’intégration des services en gérontologie.

Il explique que le Québec va bientôt atteindre le niveau de vieillissement de l’Italie.

« Ça aura pris 100 ans à l’Italie pour atteindre ce niveau; ça va prendre une génération au Québec pour le faire. »

Le baby-boom a eu cet effet-là. Dans une génération, on passe en moyenne de 7-8 enfants par femme à autour de 2. C’est la rapidité du choc démographique qui est typique au Québec. Même si on se compare au Canada anglais, le Québec se distingue.

Yves Couturier

« Le Québec est une des régions où ça prend le moins de temps pour doubler la proportion de personnes âgées », fait remarquer le démographe Yves Carrière.

Il faudra 32 ans au Québec pour passer de 12 à 24 % de personnes âgées, comparativement à 75 ans au Royaume-Uni, et 70 ans à la France.

La société québécoise sera peut-être parmi les plus vieilles d’ici une vingtaine d’années, mais les autres pays développés ne seront pas loin derrière, note le démographe. Il souligne que le décalage entre les pays quant à la proportion de 65 ans et plus sera beaucoup moins prononcé qu’il l’est aujourd’hui.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, les 65 ans et plus représentent aujourd’hui 18 % de la population.

10. LES AÎNÉS ET LA TECHNOLOGIE NE FONT PAS BON MÉNAGE

– FAUX

C’est vraiment un mythe, selon Diane-Gabrielle Tremblay, de la TÉLUQ. « Aujourd’hui, ceux qui ne connaissent pas les technologies, ce sont les 85 ans et plus. »

Patrik Marier, directeur du CREGÉS, explique que les nouveaux retraités sont à l’aise avec les nouvelles technologies. Ils ont été en contact avec Internet et les téléphones intelligents lorsqu’ils étaient sur le marché du travail. Par contre, les personnes plus âgées sont peut-être moins familières avec la technologie, car lorsqu’elles étaient sur le marché du travail, tout cela n’existait pas.

Au fil de ses recherches sur le sujet, Anne-Marie Séguin, professeure titulaire au Centre Urbanisation culture société de l’INRS, a constaté que la technologie est de plus en plus présente chez les personnes âgées. 

« Dans les entrevues, on leur demandait : « Si vous alliez en résidence, si vous aviez juste une chambre, qu’apporteriez-vous? » Beaucoup de gens ont dit : « Mon ordinateur ou ma tablette. Parce que dans mon ordinateur, j’ai mes photos, beaucoup de souvenirs, plein de choses ». Pour des aînés, ça devient de plus en plus important », explique-t-elle.

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Pourquoi ne gardons-nous (presque) aucun souvenir de notre prime enfance?


Quel est votre plus lointain souvenir ? Est-ce un vrai souvenir ou simplement un souvenir suite à des photos d’enfance ou bien par les récits raconter plusieurs fois par les parents ou autre ? Moi, j’ai des brides avant et pendant mes 4 ans. D’une chambre dont j’avais peur la nuit d’une boite de lumière, Mon premier jour à la maternelle à 5 ans et les 3 couettes que ma grande soeur me faisait entre autres
Nuage

 

Pourquoi ne gardons-nous (presque) aucun souvenir de notre prime enfance?

 

Child | Gep Pascual via Flickr CC License by

Child | Gep Pascual via Flickr CC License by

Jeanne Shinskey

Le langage est un autre facteur primordial pour comprendre le fonctionnement de la mémoire chez les bébés.

Nous ne nous rappelons que de très peu d’événements qui ont eu lieu avant nos sept ans, et il est fort rare de garder des souvenirs de ses trois ou quatre premières années. Et quand nous essayons de nous remémorer cette période de notre vie, il est souvent difficile de savoir si nos souvenirs sont authentiques ou s’il s’agit de simples recompositions mentales issues des photos ou des histoires que nous ont racontées les autres.

Ce phénomène, connu sous le nom d’«amnésie infantile» tourmente les psychologues depuis plus d’un siècle –et nous ne le comprenons toujours pas très bien.

Il semblerait que si nous ne nous souvenons pas de cette période, c’est que la mémoire des nourrissons et des tout-petits n’est pas encore complètement développée. Pourtant, dès six mois, les bébés sont capables d’utiliser leur mémoire à court terme (gardant des souvenirs pendant plusieurs minutes), et leur mémoire à long terme (avec des souvenirs qui perdurent des semaines, voire des mois).

Une étude démontre ainsi que des enfants de six mois qui ont appris à actionner un levier pour actionner un train électrique se souviennent comment faire pendant deux à trois semaines après avoir joué. Les enfants d’âge préscolaire, quant à eux, sont capables de se rappeler d’événements qui remontent à plusieurs années. Il n’est cependant pas certain que ces souvenirs soient véritablement autobiographiques, c’est-à-dire qu’il s’agit d’événements personnellement pertinents qui se sont produits en un temps et un lieu spécifiques.

La mise en place progressive des processus fondamentaux de la mémoire

Évidemment, la mémoire des bébés n’est pas comparable à celle des adultes, puisqu’elle continue à se développer jusqu’à l’adolescence. D’ailleurs, l’amnésie infantile s’explique peut-être par la mise en place progressive des processus fondamentaux de la mémoire; c’est même la théorie la plus plausible à ce jour. Ces processus impliquent plusieurs régions du cerveau et incluent la formation, la consolidation et enfin la récupération des souvenirs.

Par exemple, l’hippocampe, que l’on pense responsable de la formation des souvenirs, continue à se développer au moins jusqu’à l’âge de sept ans. Ce qu’on nomme amnésie infantile chez les adultes (l’incapacité à se remémorer des souvenirs en deçà de trois ans et demi) ne vaut pas pour les enfants et les adolescents, dont les souvenirs peuvent remonter à plus loin. Ainsi, le problème est peut-être moins de former des souvenirs que de les consolider.

Mais cela n’explique pas tout. Le langage est un autre facteur primordial pour comprendre le fonctionnement de la mémoire chez les bébés. Entre leur première et leur sixième année, les enfants passent des premiers balbutiements à la maîtrise de leur langue maternelle, de sorte que d’importants changements de leur capacité d’expression chevauchent la phase d’amnésie infantile. Ces changements comprennent l’utilisation du passé, de mots liés à la mémoire comme «souvenir» et «oublier», et les pronoms personnels, comme «mon» ou «ma».

On peut en conclure que la capacité d’un enfant à verbaliser au sujet d’un événement au moment où celui-ci se passe prédit plus ou moins à quel point il s’en souviendra des mois ou des années plus tard. Dans le cadre d’une expérience, des tout-petits ayant fréquenté les services d’urgence après des blessures courantes ont été interrogés. Les enfants de plus de 26 mois, qui pouvaient déjà parler de l’événement à l’époque où il s’est produit, s’en rappelaient jusqu’à cinq ans plus tard, alors que ceux de moins de 26 mois, qui ne pouvaient pas en parler à l’époque où il s’est produit, ne se rappelaient presque rien voire rien du tout. Cela tend à prouver que les souvenirs formés en phase de pré-verbalisation sont perdus s’ils ne passent pas par le langage.

L’influence de la culture et de l’environnement social

Cependant, la plupart des recherches qui se penchent sur le rôle de la langue dans la mémoire se concentrent sur une forme particulière d’expression, la narration, et sur sa fonction sociale. Quand les parents évoquent des souvenirs communs avec de très jeunes enfants, ils leur enseignent implicitement des compétences narratives – à savoir quels types d’événements sont importants à retenir, et comment structurer un récit pour se faire comprendre.

Contrairement à une simple description factuelle, la capacité à évoquer des souvenirs revêt une fonction sociale, puisqu’elle suppose un partage d’expérience avec les autres. C’est ainsi que les histoires que l’on raconte en famille maintiennent l’accessibilité des souvenirs au fil du temps, tout en améliorant la cohérence du récit en termes de chronologie des événements, de thématique et de charge émotionnelle. Plus une histoire est cohérente, mieux elle sera retenue. Les adultes maoris (peuple autochtone de Nouvelle-Zélande) ont des souvenirs d’enfance très anciens: ils arrivent à se remémorer des événements vécus à l’âge de deux ans et demi. Ce record absolu, que l’on n’a retrouvé dans aucune autre société jusqu’ici, est lié à la façon si évocatrice dont les parents maoris racontent les histoires familiales.

La capacité à évoquer des souvenirs revêt des fonctions sociales différentes en fonction des cultures, ce qui induit des différences culturelles en termes de quantité, de qualité et d’ancienneté des souvenirs autobiographiques précoces. Les adultes ayant grandi dans des environnements qui valorisent l’autonomie (Amérique du Nord, Europe) ont tendance à rapporter des souvenirs d’enfance plus anciens et plus nombreux que les adultes qui ont connu des cultures plus attachées à la dépendance entre les membres de la famille (Asie, Afrique).

Les récits se précisent

Dans les cultures qui favorisent l’autonomie, les souvenirs évoqués par les parents ont davantage trait aux expériences individuelles des enfants, à leurs préférences et à leurs sentiments, et moins à leurs relations avec les autres, aux routines sociales et aux normes comportementales. Par exemple, un enfant américain se rappellera avoir reçu une médaille d’or à l’école maternelle alors qu’un enfant chinois se souviendra plutôt d’avoir appris telle chanson à l’école maternelle.

Bien qu’il y ait encore beaucoup de choses que nous ne comprenons pas sur l’amnésie infantile, les chercheurs progressent. Il y a notamment de plus en plus d’études prospectives longitudinales qui étudient des individus sur le long terme, depuis leur enfance. Cela permet d’obtenir des récits précis des événements, ce qui vaut mieux que de demander rétrospectivement à des adolescents ou des adultes de se rappeler d’événements passés qui ne sont pas documentés. De plus, à mesure que les neurosciences avanceront, il y aura sans doute davantage d’études associant le développement du cerveau au développement de la mémoire. Cela devrait nous aider, outre les récits, à développer d’autres façons de mesurer la mémoire.

Toutefois, même si nous ne pouvons pas nous rappeler explicitement d’événements spécifiques vécus dès notre plus jeune âge, l’accumulation de souvenirs liés à notre prime enfance laisse des traces qui influencent durablement notre comportement. Les premières années de notre vie sont donc paradoxalement à la fois celles que nous oublions et celles qui marquent à tous jamais les adultes que nous sommes.

Cet article a été initialement publié sur le site The Conversation

http://www.slate.fr/

Et si Google Maps nous rendait ignares?


Je me perds dans un verre d’eau et avec un GPS cela aide un peu parce que je ne conduit pas. Google Maps, le GPS sont des outils utiles, mais peuvent aussi créer une dépendance ou pire une absence de bon jugement.
Nuage

 

Et si Google Maps nous rendait ignares?

 

GOOGLE MAPS

RCQC  |  Par Radio-Canada.ca

 

Manquer de piles sur son téléphone cellulaire, ne pas avoir accès à Internet, être à court de données mobiles… Voilà des craintes bien connues des technophiles qui ne peuvent plus se passer de Google Maps pour se déplacer. Mais une peur encore plus grande préoccupe les scientifiques : et si la dépendance aux systèmes de navigation avait des conséquences sur la cognition humaine?

Un texte d’Alexandre Duval

De plus en plus, Google Maps s’adapte aux habitudes de ses utilisateurs. Les itinéraires suggérés et les informations transmises correspondent à leurs habitudes, sans même qu’ils s’en aperçoivent. Et cette tendance à la personnalisation ne fait que commencer.

À première vue, ces innovations technologiques semblent salutaires. Le professeur en géomatique à l’Université Laval Stéphane Roche relève pourtant un paradoxe important de notre époque : à force d’utiliser les systèmes d’aide à la navigation, les individus n’analysent plus l’environnement dans lequel ils se trouvent. De toute façon, pensent-ils, Google Maps détermine quel chemin ils doivent emprunter.

On n’a jamais été autant aux prises avec des cartes […] et en même temps, l’individu moyen n’a jamais été aussi peu en capacité lui-même de naviguer dans un espace sans avoir un support. -Stéphane Roche, professeur au département de géomatique de l’Université Laval

Non seulement nos déplacements sont-ils de plus en plus soumis à la volonté d’un algorithme, mais la recherche en sciences sociales démontre qu’il y a là un risque d’appauvrissement intellectuel, rappelle Stéphane Roche.

« Il y a pas mal de recherches qui démontrent que la personnalisation algorithmique touche à notre autonomie en supprimant un certain nombre de comportements que quelqu’un – le concepteur de la solution – aurait devinés comme indésirables. »

Si on vous mâche le travail [pour aller quelque part], vous ne vous souviendrez jamais de l’itinéraire que vous avez utilisé […] L’activation de la mémoire et des fonctions cognitives spatiales, lorsqu’on est guidé par un GPS, on ne l’utilise pas.
-Stéphane Roche, professeur au département de géomatique de l’Université Laval

Des systèmes mal adaptés?

M. Roche note que les systèmes d’aide à la navigation sont mal adaptés à la cognition humaine. Alors que les GPS fonctionnent avec la distance, le cerveau humain, lui, le fait plutôt avec des points de repère.

« Si vous demandez votre chemin à quelqu’un dans la ville, il n’y a pas grand monde qui va vous dire : « Marchez 150 mètres, ensuite, tournez à 30 degrés vers l’ouest. » Les gens vont vous dire : « Allez au prochain Starbucks, et tournez à droite. » »

Teriitutea Quesnot, doctorant en géomatique à l’Université Laval, a documenté ce phénomène. Il a demandé à 63 personnes de parcourir différents quartiers de Québec, tout en étant munies d’un système d’aide à la navigation.

À 30 intersections de la ville, les participants devaient indiquer lequel, parmi quatre points de repère suggérés, leur semblait le plus évident.

Les résultats sont probants : les résidents de Québec ont opté pour des points de repère ayant un sens particulier – un dépanneur Couche-Tard ou un restaurant Ashton, par exemple – tandis que les touristes ont penché davantage pour des édifices ou des constructions facilement identifiables.

teriitutea quesnot
Les lieux visités par les participants à l’étude de Teriitutea Quesnot.

La conclusion n’a pas de quoi étonner, M. Quesnot en convient. Toutefois, sa découverte démontre que la personnalisation des systèmes d’aide à la navigation n’a pas que des côtés négatifs.

En signalant des points de repère qui ont un sens pour l’utilisateur, les GPS faciliteraient la navigation dans un endroit inconnu. Ils augmenteraient aussi le niveau de concentration des automobilistes, croit M. Quesnot.

« L’apport est indéniable, précise le doctorant en géomatique à l’Université Laval. Ça apporte une plus-value. Par contre, quels sont les risques? C’est là qu’on a du mal à évaluer, parce qu’on est en plein dedans! »

Des automates?

Ces possibles avantages de la personnalisation algorithmique cachent en effet une dure réalité : de nombreux utilisateurs de Google Maps s’en servent pour se faire guider presque aveuglément, sans analyser l’environnement dans lequel ils se trouvent. Ses recherches l’ont également démontré.

M. Quesnot rappelle que, avant l’arrivée de Google Maps au Canada en 2005, les gens n’avaient d’autre choix que de générer eux-mêmes leur itinéraire à partir de cartes géographiques sur papier.

Les jeunes sont particulièrement à risque, selon M. Quesnot. Ceux qui sont nés avec Google Maps et qui n’ont jamais appris à planifier un itinéraire n’ont pas vu leurs capacités diminuer ou stagner : ils ne les ont peut-être même jamais acquises.

Du fait qu’on a automatisé la planification d’itinéraires […], cela a eu des conséquences sur l’acquisition de connaissances spatiales.

-Teriitutea Quesnot, doctorant en géomatique à l’Université Laval

À son avis, les créateurs de systèmes d’aide à la navigation devraient trouver des moyens pour favoriser l’engagement actif de l’utilisateur.

Des conséquences collectives

Aussi pernicieuses soient-elles, cette perte d’autonomie et les conséquences sur la cognition qui en découlent ne sont qu’une partie du problème. Cette dépendance aux technologies a également des conséquences sécuritaires.

En ne se fiant plus aux panneaux routiers, qui renferment pourtant des informations essentielles, les automobilistes peuvent causer des accidents qui auraient pu être évités. Quand le jugement est évacué, la machine devient reine.

« La jurisprudence est pleine d’exemples qui montrent que des accidents ont eu lieu parce que des utilisateurs de GPS et de systèmes de navigation ont mis leur cerveau à off », dit M. Roche.

Plutôt que de se fier à son jugement et d’analyser la situation avec les éléments physiques tangibles, on va absolument se laisser porter par un système informatique dans lequel le risque zéro n’existe pas et qui n’est pas infaillible.

-Stéphane Roche, professeur au département de géomatique de l’Université Laval

À la mi-novembre, divers journaux américains signalaient que le conducteur d’un semi-remorque était resté coincé sur une voie ferrée en Georgie, aux États-Unis. Son GPS lui avait suggéré de traverser la voie ferrée, alors que les panneaux indiquaient que cela était interdit.

Au même moment, un train approchait. Le conducteur et sa femme ont eu le temps de quitter leur véhicule, mais l’impact a été inévitable.

Un corps retrouvé un an et demi plus tard

Il y a quelques années, un couple de la Colombie-Britannique s’est enlisé dans la boue sur une route du Nevada. Le GPS leur indiquait de s’y aventurer. Or, en plein mois de mars, la route était impraticable. Albert et Rita Chretien se sont alors retrouvés seuls au monde.

Après avoir cherché de l’aide ensemble, à pied, ils se sont séparés, et M. Chretien est parti seul de son côté, sa femme ayant une blessure au genou. C’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Le corps de M. Chretien a été retrouvé à 16 kilomètres de là, un an et demi plus tard.

Quant à Mme Chretien, elle a survécu en mangeant des friandises et des fruits séchés pendant 49 jours avant d’être aperçue par un passant, au mois de mai 2011.

Si ces exemples sont dramatiques, ils illustrent les conséquences extrêmes de la dépendance aux GPS. Stéphane Roche donc une question : serons-nous un jour collectivement incapables de nous orienter sans support technologique?

« Sur le plan collectif, une information ou une capacité qui n’est pas transmise finit par se perdre », lance-t-il.

Des propos qui n’ont rien de rassurant, mais qui rejoignent ceux de M. Quesnot : des systèmes d’aide à la navigation qui sollicitent davantage l’intelligence des gens seraient les bienvenus.

http://quebec.huffingtonpost.ca/