Le Saviez-Vous ► Et l’homme créa la vache d’étable


Les aurochs sont devenu des vaches pour les étables. La domestication de ces animaux a eu plusieurs évolutions faites par l’homme qui ont fait de ces bêtes totalement différentes de ces ancêtres. La science s’en est mêlé pour que les vaches ne soit plus accouplées par les mâles, mais inséminée artificiellement, la génétique a aussi une grande place dans le choix de spermes des mâles sans compter que des scientifiques ont même ajouté des gènes humains pour faire … du lait de femme humaine. Je trouve cela décevant ce genre de manipulation animale
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Et l’homme créa la vache d’étable

Les vaches ont évolué au gré des besoins de l’industrie.

Les vaches ont évolué au gré des besoins de l’industrie. Photo : Reuters/Leonhard Foeger

Il y a 10 000 ans, la vache n’existait pas. Il y avait l’auroch, cet impressionnant ruminant de 2 mètres au garrot et aux longues cornes menaçantes, dont les premiers humains faisaient des portraits sur les parois des cavernes. Comment l’auroch, aujourd’hui disparu, est-il devenu la vache de nos étables?

Un texte d’Aubert Tremblay, de la Semaine verte

Un jour, l’humain s’est mis à en contrôler rigoureusement la sexualité. Ce faisant, il a remodelé l’animal d’origine pour l’adapter à ses propres besoins. Et la dangereuse bête sauvage est devenue la placide et calme productrice de lait qui rumine tranquillement dans nos étables et nos champs.

Quand on dit  » domestication « , cela signifie : « Je crée une barrière à la reproduction, je ne les laisse plus se reproduire comme elles veulent. »  Eva-Maria Geigl, paléogénéticienne, Institut Jacques Monod

Quatre cents ans après la mort du dernier auroch, la vache parade dans les foires. Elle est bichonnée, jugée, examinée sous toutes les coutures, et les plus belles – selon nous – reçoivent des trophées.

Elles ne ressemblent plus à leurs ancêtres et leur corps a évolué au gré des besoins de l’industrie. Il y a quelques décennies, par exemple, on cherchait des pis plutôt bas, faciles à traire à la main. Depuis la traite mécanique, ils sont remontés!

Pendant plus de trois siècles, le façonnage des bovins a été relativement lent, les humains se contentant de choisir qui s’accouplait avec qui. La copulation était naturelle. Toutefois, dans les années 60 a eu lieu la grande révolution sexuelle des vaches, en deux temps : insémination artificielle, puis congélation du sperme.

Révolution sexuelle

Un taureau dans un laboratoire d’insémination artificielle en Autriche.

Un taureau dans un laboratoire d’insémination artificielle en Autriche. Photo : Reuters/Leonhard Foeger

Il n’y a plus de taureaux dans les étables, ou si peu. Les vaches ne voient jamais de mâles. C’est l’inséminateur qui vient les voir avec, dans de fines paillettes de verre, des dilutions de sperme soigneusement choisies pour chacune, selon les besoins : l’amélioration du pis, des pattes ou même du lait.

Une main profondément enfoncée dans l’anus de la vache, l’inséminateur guide la paillette, qu’il a insérée dans le vagin, pour lui permettre de franchir le col de l’utérus. Les spermatozoïdes sont ainsi injectés tout près du but.

Un taureau laitier monte un jeune mâle. Au bon moment, le sperme sera récolté.

Un taureau laitier monte un jeune mâle. Au bon moment, le sperme sera récolté. Photo : Reuters/Leonhard Foeger

Certains éleveurs séparent même leur troupeau de femelles en deux : les donneuses et les porteuses.

Les premières, une fois inséminées, fournissent les embryons (plusieurs par vache, parce qu’on provoque chimiquement une « superovulation »), et on transplante ensuite chacun de ces embryons dans une mère porteuse.

Les mâles, de leur côté, sont peu nombreux. On ne garde que ceux dont les descendantes ont le profil recherché. Pour les choisir, on suit un protocole compliqué qui dure cinq ans et on ne garde que les meilleurs 10 %, qu’on installe dans des centres spécialisés pour recueillir leur sperme.

Un taureau d’insémination artificielle peut produire, si on ne l’arrête pas, des millions de doses.  Didier Boichard, professeur de génétique animale, INRA (Institut national de la recherche agronomique)

Pour les taureaux laitiers, la sexualité se résume à monter de jeunes mâles (pas des femelles pour ne pas avoir de vraie copulation) et à éjaculer dans un vagin artificiel présenté juste au bon moment.

Le sperme est ensuite dilué (chacun peut donner jusqu’à 1000 doses), congelé et expédié n’importe où dans le monde.

Un taureau vedette français, Jocko Besné, a été « collecté » ainsi trois fois par semaine pendant 15 ans. Il a eu 400 000 filles dans 60 pays. Cela représente un revenu total de 20 millions de dollars.

Un taureau canadien exceptionnel

Hanoverhill Starbuck est un taureau canadien considéré comme le taureau ayant eu le plus d’impact dans la population bovine à l’échelle mondiale. On évalue à au moins 200 000 le nombre de filles issues de ce taureau dans le monde. Quelque 685 000 doses de sa semence ont été vendues dans 45 pays pour un revenu net cumulatif de près de 25 millions de dollars.

Sa carrière en insémination artificielle a duré 19 ans et 4 mois. Starbuck est mort en 1998, mais son clone, Starbuck II, est né en 2000.

Révolution génétique

Du sperme de taureau dans un centre d'insémination artificielle en Autriche.

Du sperme de taureau dans un centre d’insémination artificielle en Autriche. Photo : Reuters/Leonhard Foeger

Après cette révolution sexuelle, il y a eu la révolution génétique.

Depuis 2009, on peut choisir les meilleurs taureaux et les meilleures vaches en examinant leurs gènes. Cela accélère encore la sélection, et le processus est bien meilleur marché.

On ne garde plus les mâles qu’un ou deux ans. Ils sont vite remplacés par de meilleurs. Le remodelage de la vache n’a jamais été aussi rapide.

Par contre, cette grande efficacité de reproduction a créé un problème de consanguinité. Qu’à cela ne tienne, la génétique permet de diminuer le risque. Il suffit de créer un indice de consanguinité et de l’intégrer à l’équation complexe qui permet de choisir le bon taureau pour la bonne vache.

La science nous dit assez clairement que, lorsqu’on s’éloigne trop de la forme qu’une espèce a prise au cours de son évolution, la fertilité et la santé sont en danger.  Leslie Hansen, professeur de génétique, Université du Minnesota.

Une vache un peu femme

On a même commencé à modifier artificiellement le génome des vaches, comme cela se fait couramment pour les plantes.

La vache Rosita, par exemple, qui a l’air bien ordinaire dans son petit enclos en Argentine, a des gènes humains. Elle produit un lait de femme, grâce à deux gènes que le chercheur Nicolas Mucci, généticien de l’Institut national de technologie agricole en Argentine, a tout bonnement achetés sur Internet.

Rosita, la première vache transgénique, produit du lait humain.

Rosita, la première vache transgénique, produit du lait humain. Photo : Instituto Nacional de Tecnología Agropecuaria

Il a mis quatre ans à réussir à produire un embryon viable à partir d’ovules dans lesquels il avait inséré ces fameux gènes. Il lui reste maintenant à s’attaquer à l’acceptabilité sociale.

Il est peut-être choquant de lire sur une boîte de lait pour bébés : « produit venant d’un animal génétiquement modifié ». Mais la tendance va s’inverser quand on acceptera que cette nourriture apporte des bienfaits plutôt que des dommagesNicolas Mucci, généticien de l’Institut national de technologie agricole en Argentine

http://ici.radio-canada.ca/

La grand-mère de la vache a 10 500 ans


Grand-mère revient de loin, alors les descendants de l’auroch sauvage a suivi une liée pour devenir les vaches domestiques que nous connaissons .. mais Grand-père est-il natif du même endroit, serait-il lui aussi un auroch
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La grand-mère de la vache a 10 500 ans

 

La grand-mère de la vache a 10 500 ans

© Shutterstock

La totalité des bovins modernes descendent de 80 vaches domestiquées il y a 10 500 ans au Proche-Orient à partir de l’aurochs sauvage, affirme une étude internationale à laquelle le CNRS et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) ont participé.

 

Les chercheurs ont pour la première fois exploité l’ADN trouvé sur des ossements issus de sites archéologiques iraniens, appartenant à 15 bovins domestiques datant du néolithique jusqu’à l’Âge de fer.

«Afin de reconstituer l’histoire des lignées domestiques, les chercheurs ont utilisé les petites variations de séquence observées dans l’ADN des bovins archéologiques tout comme dans celui des vaches modernes» en les comparant, explique le CNRS dans un communiqué.

Les simulations informatiques «ont permis d’établir que les différences observées ne pouvaient résulter que d’un petit nombre initial de vaches, aux alentours de 80», ajoute le CNRS.

«C’est un effectif étonnamment petit lorsqu’on prend en considération l’étendue du Proche-Orient et la répétition probable des événements de domestication durant plusieurs siècles ou millénaires», reconnaît Jean-Denis Vigne, chercheur au CNRS, à l’origine de cette étude publiée dans la revue Molecular Biology and Evolution.

«Ce résultat correspond pourtant assez bien avec l’aire géographique assez réduite pour laquelle l’archéologie a mis en évidence des indices de domestication des bovins, comprise entre les hautes vallées de l’Euphrate et du Tigre. Si les bovins n’ont pas été domestiqués dans une aire géographique plus étendue, comme c’est probablement le cas de la chèvre, c’est peut-être parce que l’élevage des bovins est peu compatible avec le nomadisme, et que seulement une partie des groupes humains était sédentarisée à cette époque», estime-t-il.

On n’avait jusqu’à présent aucune idée du nombre d’animaux capturés pour la domestication, non seulement des bovins mais aussi des chèvres, des moutons et des cochons. L’étude démontre que la paléo-génétique peut aboutir là où butaient les techniques classiques d’archéologie, permettant une meilleure connaissance de chacune de ces espèces.

La trouvaille n’avait pourtant rien d’aisé. «Il est beaucoup plus difficile de trouver de l’ADN dans les régions chaudes, car la température est l’un des principaux facteurs de dégradation de l’ADN», explique Ruth Bollongino (CNRS/MNHN).

L’étude porte uniquement sur l’ADN mitochondrial, transmis exclusivement par la lignée maternelle et plus facile à exploiter, et ne renseigne donc pas sur les lointains «grands-pères» de nos vaches modernes.

http://fr.canoe.ca