Agora d’Athènes : le mystère des 449 bébés au fond d’un puits résolu


Quand des archéologues trouvent près de 500 bébés dans le fond d’un puits, il a de quoi à se poser des questions. Mais comme on s’en doute, venir au monde dans l’Antiquité pouvaient plus souvent qu’autrement tourner au cauchemar et dépasser l’âge d’un an pour se rendre jusqu’à l’âge adulte était une prouesse
Nuage

 

Agora d’Athènes : le mystère des 449 bébés au fond d’un puits résolu

Mercure apportant Jupiter aux Nymphes Melisses (de Crète). © ABECASIS/SIPA

Mercure apportant Jupiter aux Nymphes Melisses (de Crète). © ABECASIS/SIPA

Par Bernadette Arnaud

Une nouvelle étude établit que la majorité de ces nourrissons sont décédés de mort naturelle. Les hypothèses d’un infanticide de masse ou d’une vaste épidémie ne sont plus retenues.

MYSTÈRE. Mais pourquoi au IIe siècle avant notre ère, les Grecs ont-ils jetés près de 449 nourrissons au fond d’un puits situé sur l’Agora d’Athènes, la place principale de la capitale antique ? Les Athéniens n’aimaient-ils pas leurs enfants ? L’analyse récente de ces petits restes vient lever le voile sur ce qui constituait depuis le milieu du 20e siècle, date de leur découverte, un mystère. Elle révèle des pratiques peu connues de la société grecque antique, et la façon dont les Athéniens géraient la perte des plus jeunes. Une tranche d’âge de la petite enfance qui semble avoir connu des traitements funéraires particuliers, y compris pour les petits non-désirés ou bien jugés non viables.

Dans un article à paraitre cet été dans la revue américaine Hesperia,  Maria Liston, anthropologue à l’université de Waterloo (Ontario, Canada) et Susan Rotroff de l’université Washington à St Louis (Missouri, Etats-Unis), reviennent en effet sur cette découverte macabre réalisée entre 1937 et 1938, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. 449 squelettes d’enfants et de fœtus humains avaient été mis au jour par hasard, dans un puits creusé dans le rocher de l’Agora d’Athènes, à 40m au nord d’un temple dédié au dieu Héphaïstos. Les ossements de 150 chiens et chiots, mêlés à des milliers de tessons de céramique et bris de poterie diverses, y avaient également été retrouvés associés.

Stupéfaits, les scientifiques de l’époque avaient tenté de comprendre ce qui avait pu justifier une telle concentration de nourrissons et cette importante présence canine. Certains chercheurs avaient ainsi émis l’hypothèse d’un infanticide de masse, alors que d’autres, optaient pour une épidémie qui se serait propagée parmi cette frange de la population. Quelques décennies plus tard, grâce à la datation des tessons de poterie présents dans le puits, la date d’enfouissement des petits corps avait pu être précisément fixée entre 165 et 150 avant notre ère, à la fin de la période hellénistique, soit juste avant l’arrivée des Romains.

Tellus et ses enfants (milieu 1er siècle après J.C.), Paris, Louvre. © Véronique Dasen

Dans cette nouvelle étude, les deux chercheuses affirment que tous les nouveau-nés – sauf trois, âgés d’un an environ – avaient moins d’une semaine. La majorité d’entre eux seraient morts naturellement, soit lors d’une naissance prématurée, soit à la suite de maladies infectieuses sans lien avec une quelconque pandémie. Il apparait aussi qu’un tiers est décédé d’une méningite néonatale (infection des tissus cérébraux).

« Cette pathologie laisse des lésions spécifiques sur les os de la voute crânienne, explique Susan Rotroff.  Les autres bébés sont décédés des maladies ordinairement fatales de l’époque, liées aux mauvaises conditions sanitaires ».

D’autres vestiges présentaient des traces de défauts de naissance.

Biberon antique trouvé dans le puits de l’Agora d’Athènes. © Agora Excavation

Dès lors, pourquoi les avoir retrouvés dans un puits ? S’agissait-il d’enfants « mis au rebus » ou d’actes rituels ?

« Il faut savoir que la découverte de nouveaux-nés dans les fouilles archéologiques de l’antiquité est rare », poursuit l’anthropologue.

Ce qui fait de cette concentration de vestiges une aubaine pour les scientifiques. Si quelques-uns ont parfois été retrouvés dans des tombes, la plupart sont généralement découverts sous le plancher des habitations, dans des poteries, parfois dans des décharges… ou réunis dans des nécropoles à part, comme dans le cas des 3000 fœtus et nouveau-nés découvertes dans l’île grecque d’Astypalée. Il faut aussi rappeler que le taux de mortalité infantile était très élevé dans les sociétés grecque et romaine.

« A cette époque, un enfant sur quatre mourrait la première année, et seul un sur deux parvenait à l’âge adulte », rappelle Véronique Dasen, professeure de l’université de Fribourg (Suisse), spécialiste de l’anthropologie de la maternité et de la naissance.

Au point qu’un nouveau-né ne recevait de nom qu’à son 7e jour, la plupart des décès se produisant avant. Selon les lois coutumières en vigueur à l’époque, c’est seulement alors que le rituel de l’ « amphidromie » avait lieu : une cérémonie de reconnaissance et d’incorporation (ou non) de l’enfant au sein de la famille.

Des rites de purification ?

Les enfants du puits, étaient eux des enfants morts à la naissance ou à peine juste après. Au cours de son étude, Maria Liston pense avoir également identifié l’un des plus anciens cas de maltraitance. Un des rares nourrissons de plus de six mois retrouvé dans le puits portait en effet des traces de fractures multiples, y compris au crâne. Quant à la présence des chiens retrouvés associés aux enfants décédés, Lynn Snyder, zooarchéologiste qui a étudiés ces restes, a sa petite idée.

« Chez les anciens grecs, les chiens servaient à nettoyer », explique-t-elle.

Leurs sacrifices auraient donc pu être liés à des rites de purification. Véronique Dasen rappelle que de nombreux textes antiques mentionnent ainsi l’aptitude particulière qu’aurait eue cet animal à « absorber » les influences malignes.

« Ils auraient pu prendre sur eux la souillure qu’a pu représenter l’accouchement et la mort des bébés », poursuit l’archéologue suisse.

Sans compter le lien que les chiens entretenaient avec Hécate, la déesse de la naissance et de la mort. Notamment celle des prématurés.

Cette nouvelle étude est l’occasion d’approfondir la manière de gérer la mortalité, de mieux connaitre les causes et le contexte de la mortalité infantile à la période hellénistique ainsi que la place réservée aux nouveau-nés dans cette société où la naissance était essentiellement une affaire de femmes. Un thème que les historiens de l’antiquité – pour la plupart des hommes – n’ont pratiquement jamais abordé. Pourtant, ce traitement particulier des enfants morts en bas âge a été découvert dans différents lieux, que ce soit en Grèce, en Italie ou en Gaule romaine. Il fait donc l’objet d’un nouveau domaine de recherche. 

http://www.sciencesetavenir.fr/

La mystérieuse machine d’Anticythère, plus vieux calculateur au monde, serait encore plus vieille que ce que l’on pensait


Il y avait des savants avant notre ère qui étaient vraiment créatifs et d’une grande intelligence avec les moyens qu’ils avaient pour inventer des choses comme ce calculateur qui pouvait prédire les éclipses.
Nuage

 

La mystérieuse machine d’Anticythère, plus vieux calculateur au monde, serait encore plus vieille que ce que l’on pensait

 

The Antikythera Mechanism, au musée national d’archéologie d’Athènes. par Tilemahos Efthimiadis | FlickR licence cc by

Elle prédisait les éclipses…

Découverte en 1901 au large de l’île grecque d’Anticythère, la machine du même nom reste à ce jour l’une des découvertes archéologiques les plus intriguantes.

Personne ne sait avec certitude qui l’a construite, ni d’où elle provient, explique le New York Times. En revanche, les chercheurs savent que ce mécanisme, dont seule une partie subsiste, était révolutionnaire: il permettait de prédire les éclipses de la Lune et du Soleil, le mouvement des planètes, ou bien encore la date des prochains Jeux olympiques. Un appareil tel que beaucoup le compare au tout premier calculateur!

Mais le plus extraordinaire est qu’il a fallu attendre plus d’un millénaire, écrit le New York Times, avant de voir réapparaître sur Terre une technologie similaire à ce complexe assemblage de bronze.

Mieux encore: selon de récentes recherches, dont les conclusions ont été publiées en novembre dans la revue Archive for History of Exact Sciences, la machine d’Anticythère serait encore plus vieille qu’imaginé. Jusque-là, et malgré les maigres indices à leur disposition, les scientifiques dataient le plus souvent son apparition aux alentours de 87 avant Jésus-Christ, résume le site Science Alert, soit peu de temps avant qu’un navire la transportant sombre et l’entraîne aux fonds des mers, entre 85 et 60 avant Jésus-Christ.

Selon les nouveaux travaux de l’historien argentin Christián C. Carman et du physicien américain James Evans, la machine remonterait en réalité plus de 100 ans auparavant, à quelque 205 avant Jésus-Christ. Le calendrier du mystérieux mécanisme aurait en effet été programmé pour débuter à cette date, explique le New York Times.

Ce qui veut dire que la machine d’Anticythère n’est pas due au génie mathématique des Grecs, comme on le pensait jusque-là, mais à celui des Babyloniens.

Pour vous aider à vous faire une idée de l’apport de la machine d’Anticythère à la science, le site I Fucking Love Science a une excellente illustration:

«Si un tel appareil avait survécu, Kepler aurait pu trouver la tâche d’expliquer les orbites des planètes bien plus facile à accomplir. Bien que les concepteurs [de cette machine] n’avaient probablement pas compris pourquoi la Lune ralentissait ou accélérait dans son orbite, ils en étaient suffisamment conscients. En fait, le mécanisme le reproduisait précisément.»

Pour rappel, Johannes Kepler est mort en 1630. Soit plus de 1.800 ans après la machine d’Anticythère.

http://www.slate.fr