Le Saviez-Vous ► Semmelweis, ce "génie" incompris qui avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie


Il y a des génies qui ne sont pas nés à la bonne époque. Comme ce médecin hongrois Ignace Semmelweis qui a compris en voyant des étudiants faire une autopsie et aller ensuite pour un accouchement que le lavage des mains était d’une grande importance pour ne pas mettre des vies en péril.
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Semmelweis, ce « génie » incompris qui avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie

 

Portrait d'Ignace Semmelweis

Portrait d’Ignace Semmelweis, gravure sur cuivre de Jeno Doby, 1860.

© CREATIVE COMMONS

Par Sciences et Avenir avec AFP 

Il y a 200 ans naissait Ignace Semmelweis, jeune médecins hongrois qui a découvert les bienfaits de l’asepsie avant Pasteur. Mais comme d’autres chercheurs ayant eu raison trop tôt, il s’attira en son temps les foudres de ses pairs…

Il a vaincu la septicémie, pas les sceptiques : mort interné après avoir sauvé des centaines de vies, Ignace Semmelweis avait découvert avant Pasteur les bienfaits de l’asepsie. Mais 200 ans après sa naissance, la mise en oeuvre de ses préceptes reste toujours imparfaite, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Entré au panthéon des chercheurs ayant eu raison trop tôt, aux côtés d’un Copernic ou d’un Mendel, Semmelweis s’attira en son temps les foudres de ses pairs… pour avoir tenté d’imposer la désinfection des mains avant la manipulation de parturientes.

Il impose un lavage des mains de cinq minutes

1846. Le jeune médecin, né le 1er juillet 1818 à Budapest, intègre le service obstétrique de l’Hôpital général de Vienne. Il est immédiatement frappé par la mortalité record des jeunes accouchées du pavillon où sont formés des étudiants : plus de 10%, avec des pointes approchant les 40%. Or dans le pavillon jumeau, où sont formées des sages-femmes, ce taux ne dépasse pas 3%, un chiffre ordinaire à l’époque.

« Cette disparité préoccupe énormément Semmelweis, qui commence une véritable étude épidémiologique », relève Bernhard Küenburg, président de la Société Semmelweis de Vienne.

En mars 1847, il a le déclic quand un collègue meurt d’une septicémie contractée lors d’une autopsie : les cadavres recèlent selon ses termes des « particules » invisibles mais potentiellement létales.

 Or « à l’époque, les étudiants en médecine passaient directement d’une autopsie à un accouchement sans se désinfecter les mains », rappelle M. Küenburg pour l’AFP.

Le simple savon ne suffisant pas, Semmelweis impose un lavage des mains de cinq minutes avec « ce qui existait de plus fort : le chlorure de chaux, une solution au demeurant très abrasive pour la peau ». Les résultats sont immédiats : le taux de mortalité tombe à 1,3%, devenant même nul certains jours.

Incompris, il développe des troubles mentaux

C’est là que les ennuis de Semmelweis commencent. S’il recueille le soutien de certains confrères, le jeune médecin hongrois est vivement combattu par plusieurs pontes. En 1849, son contrat n’est pas renouvelé.

« Les médecins se sont sentis agressés car il a établi que c’étaient précisément eux qui transmettaient les germes », souligne M. Küenburg, selon qui Semmelweis serait aujourd’hui « Prix Nobel ».

Mais un quart de siècle avant Pasteur et la découverte des microbes, le praticien ne peut pas démontrer formellement l’existence de ses « particules ». Pire, « plus il apporte d’éléments de preuve, plus la résistance grandit ».

Et le caractère emporté du médecin, qui n’hésite pas à qualifier ses confrères d’« assassins », n’arrange pas les choses.

Son « grand défaut » est « d’être brutal en tout, et surtout pour lui-même », reconnaît l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline, qui consacre une thèse de médecine enthousiaste à ce « génie » en 1924.

Incompris, Semmelweis développe des troubles mentaux et est finalement interné à Vienne où il meurt dans des circonstances obscures en 1865, à 47 ans. Il ne sera réhabilité qu’à la fin du 19e siècle, après que Pasteur, Koch ou encore Yersin eurent validé son intuition. Il fait figure aujourd’hui de père de l’asepsie et de l’épidémiologie hospitalière moderne.

La désinfection des mains à l’hôpital n’est pratiquée que dans la moitié des cas

Mais si la désinfection des mains à hôpital relève du bon sens, elle n’est toujours pas systématisée, déplore le Pr Didier Pittet, directeur de programme à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Elle n’est pratiquée que dans 50% des cas en moyenne, alors qu’elle pourrait éviter de 50 à 70% des infections en milieu hospitalier », confie-t-il à l’AFP.

Les infections nosocomiales affectent quelque 3,2 millions de patients chaque année au sein de l’Union européenne, faisant plus de 100 morts par jour. Dans le monde, elles causent de « 5 à 8 millions de décès » par an, rappelle le praticien. Alors, pourquoi les enseignements de Semmelweis ne sont-ils pas davantage appliqués ?

« La désinfection des mains avec une solution alcoolique est un acte simple et bon marché, avec un impact immédiat sur les taux d’infections », y compris pour des gènes multirésistants, relève Didier Pittet. Mais « c’est un acte qui n’est pas suffisamment pris au sérieux, notamment par les médecins eux-mêmes, pour qui c’est moins prestigieux que de rechercher le gène d’une maladie rare », estime-t-il.

Lancée par l’OMS en partenariat avec 19.000 hôpitaux dans le monde, la campagne de sensibilisation « Clean Care is Safer Care » porte cependant ses fruits. La désinfection des mains est désormais pratiquée à près de 85% dans des pays comme l’Australie et dans certains établissements asiatiques, à l’instar des Hôpitaux universitaires de Genève, où Didier Pittet a instauré un programme pilote dès les années 1990.

« Dans le monde, il y a vingt ans, la désinfection des mains n’était pratiquée qu’à 20%. Aujourd’hui, le sujet est en train de devenir l’un des plus sexy de la littérature médicale », assure le professeur. « C’est un peu la revanche de Semmelweis ».

#ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS)

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La peau et le retour des rituels tribaux


Autrefois, les clans, les tributs se distinguaient avec des tatouages, des peintures corporelles et des os ou autres en guise de bijou inséré dans la peau. Aujourd’hui, ce genre de rituel tribal revient en force pour se démarquer des autres. Le problème, c’est qu’a chaque fois qu’on transperce la peau, cela est une porte ouverte contre des bactéries comme la bactérie mangeuse de chair, le tétanos et autres microorganismes qui peuvent être mortels.
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La peau et le retour des rituels tribaux

 

Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique

 

Il fut un temps dans l’évolution humaine où l’identification à une tribu ou à une caste quelconque était essentielle à la survie de l’espèce. Il fallait être en mesure d’identifier rapidement dans le feu de l’action d’une attaque, qui était de notre clan et qui appartenait à la tribu adverse. Pour ce faire, tatouages, peintures corporelles et autres signes distinctifs assuraient cette reconnaissance. Plus tard, le vêtement ayant fait son apparition, les costumes militaires, les habits d’apparat, les costumes cléricaux, etc. remplacèrent les tatous, les scarifications et autres identifications corporelles. Faut-il croire que nous assistons présentement à une récession de quelques centaines de milliers d’années de l’évolution humaine lorsqu’on rencontre de plus en plus souvent des personnes tatouées, percées et implantées de toutes parts ? Malheureusement, ces retours aux rituels tribaux n’ont pas que le barbarisme comme traits communs, ils représentent une menace sérieuse à la santé.

Une des fonctions essentielles de la peau est d’établir une barrière entre l’intérieur du corps et l’extérieur, barrière extrêmement efficace contre les infections. Les microorganismes (anciennement, on les appelait les microbes) présents naturellement dans l’environnement sont arrêtés par cette barrière habituellement très étanche. D’ailleurs, le streptocoque béta-hémolytique du groupe A, qu’on appelle communément : la bactérie mangeuse de chair peut trouver son chemin pour entrer dans le corps humain par une éraflure ou une coupure quelconque. Contrairement à ce que son nom laisse supposer, la bactérie ne mange pas les tissus musculaires, elle émet une toxine qui les dissout. Cette fameuse bactérie provoque la fasciite nécrosante. Chaque année au Canada 90 à 200 cas sont dénombrés dont 20% à 30% sont mortels. Bien d’autres microbes peuvent s’insérer dans l’organisme lorsque la peau est endommagée. Le tétanos et bien d’autres agents infectieux n’attendent qu’une porte d’entrée pour s’infiltrer dans l’organisme et causer des ravages parfois mortels. Chaque fois que cette barrière qu’est la peau est endommagée, il y a donc risque d’infection. Et, comme nous l’avons vu, le danger n’est pas anodin.

Exemples d’infections graves

Il y a quelque temps, à la suite de piercings, deux cas sévères furent relatés dans la littérature médicale. Une femme de 29 ans s’est retrouvée avec une péricardite sévère (infection de la membrane qui entoure le cœur). Cette infection avait provoqué une sécrétion d’un fluide infecté entre la membrane et le cœur, fluide qui compressait le cœur, menaçant même les battements cardiaques. L’analyse de ce fluide révéla la présence d’une bactérie susceptible de provoquer en plus une méningite. La dame aurait facilement pu en mourir si elle avait consulté ne serait-ce que 24 heures plus tard. Dans un autre cas, une bactérie s’est logée dans le sein gauche et a provoqué un abcès qu’on dut drainer et traiter avec des antibiotiques. Dans ces deux cas, la porte d’entrée du microorganisme fut une tige avec un bijou implanté dans la langue.

Plus les tissus où sont insérés ces bijoux sont complexes, plus les risques d’infections ou d’autres complications augmentent. Ainsi, une bague insérée dans le lobe de l’oreille ne représente qu’un danger minime. Il en est tout autrement lorsqu’une tige traverse la langue, le mamelon, l’ombilical ou encore le clitoris. Dans ces cas, en plus de transpercer la peau, le corps étranger traverse aussi du tissu musculaire et du tissu nerveux. Il ne s’agit plus d’une porte d’entrée, mais d’une autoroute en ligne directe avec tous les organes vitaux du corps humain.

Une asepsie douteuse

De plus, contrairement à ce qui est avancé par ces poseurs d’autoroutes à infections, même si toutes les précautions d’asepsies sont prises, le risque demeure. Il faut se rappeler que des infections se produisent même en milieu hospitalier où les mesures de stérilité sont maximales, alors qu’en est-il dans un commerce de tatouage ou de perçage ?

Finalement, il en existe plusieurs qui prétendent que ces bijoux qu’on insère dans la langue ou sur la lèvre n’ont aucun effet sur la dentition et sur la santé buccale. Les dentistes pourront vous donner l’heure juste à ce sujet. Dents usées, dents fêlées, dents cassées ou fissurées de l’intérieure (visible seulement à la radiographie) et déchaussement de la gencive entraînant une sensibilité accrue et des caries au niveau de la racine de la dent sont autant de conséquences que doivent traiter les dentistes. Comme l’indique le site Orthodontiste en ligne : Les risques et complications liés au piercing des lèvres et de la langue vont de l’usure dentaire anormale et fracture de dents à la récession gingivale et infections systémiques sévères. ( https://www.orthodontisteenligne.com/blogue/le-piercing-buccal-pensez-y-bien/?amp=1#ixzz4jL4eXoaD )

Il doit surement exister des manières moins barbares et surtout bien moins dangereuses pour se distinguer les uns des autres.

http://quebec.huffingtonpost.ca