Le Saviez-Vous ► Histoire : la naissance de la chimie


Avant la chimie, il y avait l’alchimie. Même s’il n’y a pas de différence entre un chimiste et un alchimiste, leurs études est quelque peu différente. C’est surtout à Antoine de Lavoisier que la chimie a pris son élan.
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Histoire : la naissance de la chimie

 

Tableau L’alchimiste par David Teniers le Jeune, vers 1650. Mauritshuis, Cabinet royal de peintures, La Haye, Pays-Bas. © Wikimedia Commons, domaine public

Isabelle Bernier
Historienne

Quelle différence y a-t-il entre un chimiste et un alchimiste avant le XVIIIe siècle ? Aucune, car ces deux termes désignent en fait la même activité jusqu’aux années 1730.

La chimie se développe ensuite parallèlement à l’alchimie : elle abandonne la recherche de la « pierre philosophale » et se tourne vers la matière et ses composants, en utilisant une démarche scientifique basée sur l’expérimentation et la logique.

L’alchimie constitue une pratique de recherche qui a pour but de percer les secrets de la matière. L’un de ses objectifs est la découverte de l’hypothétique « pierre philosophale » : elle permettrait la transmutation des métaux, c’est-à-dire leur transformation de métaux « vils » (plomb) en métaux « nobles » (argent ou or) et elle entrerait dans la préparation de l’élixir « de longue vie » (la recherche de la vie éternelle).

Avant la chimie, l’alchimie

La pratique de l’alchimie est accompagnée, à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques et spirituelles. Elle connaît son âge d’or au XVIIe siècle : certains souverains européens n’hésitent pas à subventionner des alchimistes, dans l’espoir secret de renflouer leurs caisses au cas où une transmutation aboutirait… Des centaines de traités d’alchimie sont édités, des alchimistes deviennent professeurs de médecine (en Allemagne, Hollande, Angleterre…). Les académies des sciences les accueillent désormais, notamment celle de Paris créée en 1666 ; cependant Colbert interdit aux académiciens de disserter sur la « pierre philosophale ».

La théorie du phlogistique

C’est une théorie alchimique qui explique la combustion en postulant qu’il existe un élément « flamme » dans les corps combustibles. L’idée se rattache à l’antique principe grec des quatre éléments (eau, air, terre et feu). Des philosophes tels Aristote pensent que chaque constituant de la matière est un assemblage de ces quatre éléments fondamentaux. Avant Antoine de Lavoisier, on suppose que la chaleur est constituée d’un fluide nommé « phlogistique » (du grec phlogistos : inflammable), associé au feu. La perte de masse résultant d’une combustion est alors attribuée au départ du phlogistique : la masse qui part, c’est de la chaleur !

Lavoisier, le père fondateur de la chimie moderne

Antoine de Lavoisier (1743-1794) est le grand chimiste français du XVIIIe siècle. Il débute véritablement des recherches sur le concept de combustion en 1772, avec l’aide scientifique et technique de son épouse Marie-Anne Paulze. Il ne cherche pas à discréditer l’alchimie, il estime juste qu’elle a fait son temps. Pour lui, la combustion est causée par la présence d’air « déphlogistiqué » (nommé ainsi par le savant anglais Joseph Priestley en 1774) qu’il baptise oxygène en 1779. Il souligne l’importance de la précision dans ses expériences, en se dotant d’un matériel de plus en plus perfectionné.

Matériel de chimie utilisé par Lavoisier ; dessin de madame Lavoisier, planche IV dans le Traité élémentaire de chimie de Lavoisier, tome 2, Paris, 1789. Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares. © gallica.bnf.fr/BnF

Matériel de chimie utilisé par Lavoisier ; dessin de madame Lavoisier, planche IV dans le Traité élémentaire de chimie de Lavoisier, tome 2, Paris, 1789. Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares. © gallica.bnf.fr/BnF

Moment déterminant dans l’histoire de la chimie : Lavoisier énonce le concept de l’élément comme substance qui ne peut être décomposée par aucune méthode connue d’analyse chimique. Il prouve que l’eau n’est pas un élément mais qu’elle est composée de deux éléments chimiques (oxygène et hydrogène). Il met en évidence la notion de gaz et démontre que l’air que nous respirons est un mélange de plusieurs gaz : il nomme l’oxygène, l’hydrogène, l’azote et les intègre à sa nomenclature. Ces découvertes anéantissent le principe traditionnel des quatre éléments.

Lavoisier introduit la théorie de la conservation des masses dans le changement d’état de la matière : lors une réaction chimique, la masse totale des produits et des réactifs reste identique du début à la fin de la réaction.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » !

L’utilisation de la balance qu’il souhaitait plus précise qu’une balance d’orfèvre, permet à Lavoisier de prouver sa théorie.

Représentation du grand gazomètre de Lavoisier, planche VIII dans le Traité élémentaire de chimie de 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Représentation du grand gazomètre de Lavoisier, planche VIII dans le Traité élémentaire de chimie de 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

À la fin du XVIIIe siècle, sont reconnus trente-trois éléments sur les quatre-vingt-douze détectables dans la nature. Les premiers sont identifiés suivant leur particularité : ainsi l’hydrogène est à la base de l’eau (« hydro ») et l’azote signifie « privé de vie » ; l’oxygène est nommé à tort « générateur d’acide » par Lavoisier. Il publie une Méthode de nomenclature chimique en 1787 et un Traité élémentaire de chimie en 1789, considéré comme le premier manuel de chimie moderne.

Page de présentation du Traité élémentaire de chimie paru en 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Page de présentation du Traité élémentaire de chimie paru en 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Premières applications concrètes de la chimie dès la fin du XVIIIe siècle

L’industrie textile et notamment les manufactures de toiles de coton imprimées (appelées « indiennes »), vont se tourner vers la chimie afin d’améliorer la technique d’impression des tissus et leur coloration. Des travaux fondateurs sont initiés entre les années 1770 et 1790 : le Suédois Scheele (1742-1786) sur l’oxygène, le chlore, les acides ; Lavoisier sur l’oxygène, la composition de l’eau, la formation des acides ; Berthollet (1748-1822) sur les propriétés décolorantes du chlore et l’invention de l’eau de Javel ; Charpentier de Cossigny (1736-1809) sur la fabrication de l’indigo ; Chaptal (1756-1832) sur la teinture en rouge et le blanchiment des tissus ; Leblanc (1742-1806) sur la préparation de la soude et l’invention du Procédé Leblanc. Concernant le traitement et la teinture des tissus, il faut bien avouer que l’élaboration de produits plus ou moins performants, parfois issus de manipulations fortuites, révèlent encore les multiples tâtonnements de la chimie appliquée à l’industrie textile, à la fin du XVIIIe siècle.

À savoir

Antoine de Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 en tant qu’ancien fermier général ; son épouse réussit à rassembler ses travaux et ses papiers personnels qui sont aujourd’hui conservés aux Archives nationales. En 1789, paraît la revue Annales de chimie dont le premier éditeur est Lavoisier ; elle est toujours publiée (en ligne) en 2019.

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Le saviez-vous ► Vous n’aimez pas les jeunes? C’est normal. Ça fait 2.500 ans qu’on les critique


Ah, cela me fait sourire !!! Je me dis souvent qu’on a oublié que nous avons nous aussi été jeune, confronté à l’autorité des parents. Comment jugez-vous les jeunes d’aujourd’hui ? On entends tellement de critiques envers eux, alors que nous avons également subi des critiques de la part des plus vieux. Dans mon temps … Enfin du compte depuis des lustres que les générations critiquent les comportements des plus jeunes, Comme si la jeunesse était toujours en tort
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Vous n’aimez pas les jeunes? C’est normal. Ça fait 2.500 ans qu’on les critique

 

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Les millenials, une génération qu’on adore détester | Hajran Pambudi via Unsplash License by

Repéré par Aurélie Rodrigues

Repéré sur Quartzy

Les millénials, la génération qu’on adore détester, ne serait pas la seule à avoir subi des critiques de la part des générations précédentes.

La génération suivante? Elle est forcément critiquable. La preuve:

«Les jeunes gâchent tout», «La génération Y est narcissique», «Ils ont ruiné le langage écrit» ou encore «Les millennials sont fainéants».

D’après Quartzy, cette haine envers les jeunes ne serait pas nouvelle. Des écrits remontant à l’époque de la Grèce antique illustraient déjà cette tendance. Sélection des meilleurs exemples reproduits par nos confrères américains.

IVe siècle avant J-C

«Les jeunes ont l’âme élevée parce qu’ils n’ont jamais été humiliés par les misères de la vie, ni pressés par le besoin… Ils pensent tout savoir, et soutiennent leur opinion avec force; ce qui vient aussi de ce qu’ils font tout avec excès.»La Rhétorique d’Aristote

Ier siècle avant J-C

«Le jeune imberbe ne voit pas ce qui est important: il dilapide tout son argent.» Horace

«Que n’altère pas le temps destructeur? Nos pères étaient pires que leurs aïeux, nous sommes plus méchants que nos pères, et notre postérité sera plus dépravée encore.»Horace, Odes, Livre troisième

XVIIe siècle

«Où est passé la virilité et l’allure athlétique de nos aïeux disparus? Ces jeunes gens peuvent-ils être leurs héritiers légitimes? Certainement pas, cette génération de fainéants efféminés, narcissiques et émaciés ne pourrait pas descendre de la lignée des héros de la bataille de Poitiers ou Azincourt.»Extrait de lettre du magazine Town and Country réédité dans le livre Paris Fashion: A Cultural History (1771)

XVIIIe siècle

«Ce sont des sauvages ignorants et peureux… Les garçons ont des chiens aux talons et se livrent à toute sorte d’habitudes dissolues. Les filles, elles, conduisent des wagons à charbon, montent les chevaux à califourchon, boivent, se battent, fument, sifflent et ne se préoccupent de personne. La morale des jeunes est dix fois pire qu’autrefois.» Anthony Ashley Cooper, le 7ecomte de Shaftesbury lors d’un discours à la Chambre des communes du Royaume-Uni en février 1843.

Années 1920

«L’attitude émanant de la part des jeunes ne peut être décrite que comme irréfléchie, grossière et purement égoïste, comme jamais auparavant.» – «The Conduct of Young People», Hull Daily Mail, 1925.

Années 1950

«De nos jours, les jeunes sont tellement gâtés qu’ils en oublient le simple fait que l’on puisse marcher pour se rendre quelque part.» – Scottish Rights of Way: More Young People Should Use Them, Falkirk Herald, 1951.

Années 1990

«Ce qui différencie cette génération des précédentes c’est qu’elle est la première génération de l’histoire américaine à vivre aussi confortablement et à s’en plaindre aussi amèrement.»«The Boring Twenties», Washington Post, 1993.

Années 2000

«Ils ont du mal à prendre des décisions. Ils préféraient gravir l’Himalaya plutôt que de gravir les échelons de l’entreprise. Ils recherchent le divertissement/à être divertis, ils ont « soif de » mais leur capacité d’attention est aussi courte/faible/fidèle au zapping machinal avec la télévision.» – «Proceeding with Caution», Time, 2001.

Les millennials vont-ils perpétuer, à leur tour, cette haine envers les nouvelles générations? Oui, évidemment.

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Au-delà de l’imperfection


Si on attend la perfection, que tout va selon nos plans pour être heureux, nous risquons d’attendre longtemps.
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Au-delà de l’imperfection

 

Être heureux ne signifie pas que tout est parfait. Cela signifie que vous avez décidé de regarder au-delà des imperfections

Aristote

Le Saviez-Vous ► Les régimes existaient déjà au Moyen Âge


Avec les beaux jours, nombres de conseils sont donnés pour perdre quelques kilos en peu de temps. Les régimes ne datent pas d’hier. Aux XVes siècles, ce n’était pas pour prendre du poids, mais être en santé, et l’Église en profité aussi. Disons les moyens pour expliquer la marche à suivre est quand même assez étrange
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Les régimes existaient déjà au Moyen Âge

 

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Et le smoothie, j’ai le droit? | Wikimedia CC License by

Pauline Guéna et Nonfiction

Les magazines commencent à reprendre leur marronnier de l’été: les régimes. Et au Moyen Âge? Les hommes et les femmes en suivaient aussi… Mais c’était un peu différent.

Revoilà le printemps: la saison des premiers rayons de soleil, des projets de vacances et… des recettes de régime dans les magazines. Il y a encore quelques années, on aurait dit les «magazines féminins». Mais depuis les années 2010, Messieurs, vous êtes comblés: vous avez aussi vos pages «perdez 5 kg avant l’été» rien que pour vous, toujours en subtilité et en nuance. Spéciale dédicace à GQ

Est-ce que tous ces régimes sont un délire de notre société? En un sens oui, mais ils sont loin d’être une invention: dès le Moyen Âge on pratiquait des régimes. Simplement, on s’y prenait très différemment.

Les régimes médiévaux: une affaire médicale

Les régimes envahissent la littérature médiévale à un moment bien précis: au XIIIe siècle. Ce n’est pas que l’on ait ignoré l’importance de l’alimentation auparavant. Mais au XIIIe siècle se diffusent des idées et des textes, notamment ceux que l’on a traduits de l’arabe dans le contexte de l’école de médecine de Salerne, dans le sud de l’Italie, où enseignent depuis environ deux siècles de célèbres docteurs et doctores. Ces textes proviennent en partie d’un corpus médical antique, dont les auteurs les plus connus sont Aristote ou Galien. Ils s’inscrivent donc dans un courant de pensée ancien, qui lie intimement médecine et alimentation. Voilà pourquoi, au Moyen Âge comme dans l’Antiquité, on ne fait pas un régime pour perdre une taille de ventre, mais pour rester en bonne santé. Mais attention, ça ne veut pas dire qu’on peut oublier toute discipline!

Les textes scientifiques qui se diffusent à l’époque sont tous unanimes: l’alimentation est une manière de conserver un équilibre corporel. Or cet équilibre repose sur un savant mélange de… seulement quatre propriétés: le chaud, le froid, le sec et l’humide. C’est ce que l’on appelle la théorie des humeurs. Pour le dire vite, on est en bonne santé quand ces quatre éléments sont bien équilibrés.

Les aliments sont donc listés en fonction de leur nature. Ainsi les fruits crus sont considérés généralement comme froids et humides, et il faut parfois les limiter. (On est donc loin du «cinq fruits et légumes par jour».) Comme les poissons d’ailleurs, humides parce qu’ils vivent sous l’eau, et généralement tout aussi froids. Quant à la viande, elle est considérée comme chaude, mais avec d’infinies variations. Le gibier, celui qu’on chasse, sera ainsi plus sec que les animaux d’élevage, qui ne bénéficient pas du même exercice physique. Bref, manger bien, c’est avant tout bien maîtriser les propriétés de ce que l’on mange. À ce rythme, on comprend que les papes, les empereurs et les princes aient eu besoin d’un médecin pour se mettre au régime…

Manger, bouger (dormir): l’affaire d’une vie

En effet, l’alimentation ne suffit pas pour maintenir cet équilibre. Elle s’insère dans toute une discipline de vie qui prend en compte les différentes activités: l’exercice physique, le sommeil et la veille, parfois aussi l’activité sexuelle (moins pour les papes en théorie). Bref, pas de régime à la légère, et surtout pas de régime standard: il s’agit simplement d’adopter un mode de vie qui permette de ne jamais tomber malade. D’ailleurs, on parle à l’époque de regimen sanitatis: du régime de santé… et donc pas de simples diètes temporaires. C’est un effort constant, qui s’inscrit dans le cadre d’une médecine préventive.

Ces régimes de santé s’adaptent d’ailleurs en fonction des individus. Il y a des règles générales: les femmes sont dites froides et humides, par rapport aux hommes chauds et secs; ou alors les jeunes chauds et humides par rapport aux vieux froids et secs. Mais au-delà de ces règles, chaque individu doit rechercher son propre équilibre. Ce savoir se diffusera au XIVe et XVe siècles au-delà des cours princières, sous la forme de conseils adaptés et parfois simplifiés. Il n’empêche, on attend beaucoup de son alimentation.

Certains médecins y cherchent même des moyens de retarder le vieillissement et de prolonger la vie (en restant chauds et humides, parce que ce sont les caractéristiques des jeunes selon la théorie des humeurs: vous suivez la logique?). En plus des conseils alimentaires, ils adoptent aussi des pratiques apparentées à l’alchimie, qui est alors une forme de science. Sauf qu’au lieu d’avaler des pilules contre le vieillissement comme nous, les plus riches ‒ à commencer par les papes et leur entourage‒ consomment plus volontiers de l’or dilué…. Comme quoi, chaque époque a ses excès. Simplement, les médiévaux ne l’auraient pas fait pour perdre des bourrelets…

Les régimes et la faim

Alors est-ce que le Moyen Âge n’a vraiment pas connu la diète? Si, mais pas pour des raisons de santé: pour servir la morale religieuse. Dans une religion qui considère la gloutonnerie comme un des sept péchés capitaux, le jeûne est extrêmement valorisé. Pratiqué notamment par certains clercs, il est aussi respecté par des laïcs en quête de pénitence. Parfois jusqu’à l’extrême. Au XIIIe et XIVe siècles les «mystiques», des femmes appelées ainsi car elles souhaitent atteindre une expérience plus personnelle et sensorielle de Dieu, se lancent dans des jeûnes si stricts qu’ils sont considérés par l’institution comme des miracles… ou alors condamnés pour leur extrémisme. Certaines deviennent végétaliennes, certaines ne se nourrissent plus que d’hostie, et certaines, enfin, meurent littéralement d’inanition, comme Catherine de Sienne. Au point que les historiens ont forgé pour les désigner le terme de «saintes anorexiques». Mais il s’agit d’un phénomène limité dans le temps, marqué par le besoin d’une frange féminine de la population de se réapproprier la religion. Peut-être aussi de contrôler plus étroitement leur corps. Bref, une fois encore, l’alimentation dit beaucoup des tensions sociales de l’époque.

Le jeûne est donc bien considéré par les médiévaux comme une forme de privation. De même que la privation de sommeil ou d’activité sexuelle, il doit marquer le triomphe du spirituel sur le matériel. Mais ces pratiques empruntes de religion diffèrent des normes de santé. Ces dernières prônent l’équilibre par la discipline et l’organisation de l’alimentation par la connaissance de son corps et des propriétés des aliments. Giacomo da Confianza le dit bien lorsque, au XVesiècle, il rappelle une série de règles de vie nécessaires à une bonne alimentation:

«Quand l’appétit pousse à manger, ne pas tarder à l’entendre et de fait, ne pas supporter la faim. Car comme le dit Avicenne […] Il convient en outre que personne ne mange si ce n’est après le désir [de manger], ni ne tarde à le faire lorsque le désir s’enflamme.»

Bref la prochaine fois que vous passez devant une page de magazine spéciale régime, respirez un coup et pensez à Avicenne. C’est tellement bien dit qu’on peut arrêter de regarder notre ventre, et lui laisser le mot de la faim.

Pour aller plus loin:

– Danielle Jacquart, «La nourriture et le corps au Moyen Âge», Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 13 spécial, 2006, p. 259-266.

– Marilyn Nicoud, Les régimes de santé au Moyen Âge: naissance et diffusion d’une écriture, Rome, École Française de Rome, 2007.

– Agostino Paravicini Bagliani, Le corps du pape, Paris, Seuil, 1997 [traduction de la version italienne, 1994]

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Le Saviez-Vous ► Les lunettes à travers les temps


Heureusement, que les lunettes ont été inventées pour que ceux avec des problèmes de visions puissent lire et écrire. Les plus vieilles lentilles auraient existé, il y a plus de 4 mille ans. Ce n’était que des pierres transparentes qui pouvaient grossir ce que l’on voulait regarder. Ce n’est qu’a travers le temps que les lunettes ont enfin évolué jusqu’à aujourd’hui pour ceux qui souffrent de troubles visions
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Les lunettes à travers les temps

 

Aristote évoqua les problèmes de vision, principalement la myopie et la presbytie, dans son livre Problemata, mais ce n’est que bien longtemps après qu’on put véritablement ‘inventer’ les lunettes. C’est cette longue histoire que nous allons évoquer brièvement, juste pour donner les grandes lignes de ce que tout le monde utilise de nos jours

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A Ninive Sir Henry Layard trouva les plus anciennes lentilles en usage en 4000 ans avant JC. Quel usage ? On pense qu’on se servait de ces pierres transparentes convexes, du cristal de roche, pour faire converger la lumière du soleil sur des points et donc brûler la zone visée. Ces ‘pierres à brûler‘ ont été décrites par la suite par Aristophane (257-180 avant JC) pour faire des trous dans les parchemins ou effacer des tablettes. Aucune action réfractive n’est évoquée.

C’est Pline qui rapporte que Néron regardait les combats de gladiateurs au travers d’une émeraude. Beaucoup de textes se demandent pourquoi; s’en servait-il comme protection, ou pour mieux voir…nul ne le sait.

Sénèque décrit aussi l’utilisation de globes remplis d’eau qui permettaient de grossir l’image des textes.

Euclide (280 avant JC) étudia le pouvoir optique de différents éléments, mais on attribue généralement au scientifique arabe Alhazen la première description scientifique du pouvoir grossissant des lentilles; il ne parle pas de leur utilisation possible pour favoriser la lecture. Dans son livre Opticae Thesaurus, il décrit les différentes formes de lentilles.

Roger Bacon (1214-1294) reprit ces travaux et continua à étudier la réfraction à travers verre et cristal de roche. Cet aristocrate dévoua sa vie à la Science et à la Connaissance. Après un doctorat en théologie il étudia les langues, les mathématiques et la physique. Il étudia à Oxford et à l’Université de Paris, avant de devenir moine.Il demandait des réformes dans les sciences et l’Eglise, ce qui lui fallut la prison en 1257 à Paris, et entre 1278 et 1292. Il mourut peu après, mais avait oeuvré pour l’usage des sciences expérimentales.

Quel fut l’inventeur des lunettes ? On ne le sait pas vraiment, mais on sait qu’elle apparurent d’abord en Italie, à la fin du XIIIème siècle. Avant cette période et pendant l’Antiquité, on conseillait juste l’application de pommades et de collyres pour éviter les troubles de la vision.

Dans un traité nommé Traité de Conduite de la Famille, Sandro di Popozo écrit en 1299 :

« Je suis si altéré par l’âge, que sans ces lentilles appelées lunettes, je ne serais plus capable de lire ou d’écrire. Elles ont été inventées récemment pour le bénéfice des pauvres gens âgés dont la vue est devenue mauvaise ».

C’est Francesco Redi (1626-1694), professeur de médecine à Pise (Italie) qui rapporte ce document

Un dominicain italien appelé Allesandro Spina, mort en 1313,a fabriqué des lunettes qu’il distribuait autour de lui. Un inconnu lui apprit ce qu’étaient les lunettes, et il diffusa son savoir de fabrication à tous ceux qui s’y intéressaient. Il est décrit comme quelqu’un au grand coeur, toujours prêt à aider les autres.

Donc il semble que différents italiens inventèrent les lunettes…

Des discussions se sont engagées pour savoir si la Chine avait utilisé les lunettes avant ces dates, mais aucun document ne l’évoque, pas même les récits de Marco Polo.

Le français Bernard Gordon, professeur de chirurgie à Montpellier, parle des lunettes dans son livre en latin, écrit en juillet 1305 : Lilium Medicinae :

Il conseillait un collyre

 « …qui rend la lecture des petites lettres de nouveau possible pour les gens âgés, sans qu’ils aient besoin d’utiliser des lunettes ».

Guy de Chauliac (1298-1368), toujours à Montpellier, évoqua, dans son livre Chirurgia Magna de 1363, différents médicaments contre la mauvaise vision mais ajoute :

« Si cela ne marche pas, il faudra que le patient utilise des lunettes ».

Le français Pansier cite les poèmes français du XVème siècle, comme la balade de Charles d’Orléans (1391-1463) :

« Et maintenant que je deviens vieux, j’utilise des lunettes pour lire. Elles grossissent les lettres… »

On peut considérer qu’une des premières reproduction de lunettes dans une peinture, est due à Tommaso da Modena :

Tommaso da Modena 1352

En fait c’était surtout les moines qui utilisaient les lunettes pour recopier les manuscripts, jusqu’à ce que Gutemberg (?1397-1468) inventât l’imprimerie. L’explosion de la production des livres s’accompagna d’une demande importante de lunettes. Au début il n’y avait qu’un verre que l’on mettait devant un oeil, que les anglais appelait ‘spectacle’.

Par la suite on monta les verres sur le nez, ce qu’on appelait un ‘pince-nez’. L’inconfort fit naître le ‘face-à-main’, qui permettait de tenir avec une tige les deux verres devant les yeux.

Une des belles anciennes représentations des lunettes est le tableau, daté de 1436, de Jan van Eyk :  » La Madonne du chanoine van der Paele ».

Madonne du chanoine van der Paele

Jan van Eyk 1436

Musée des Beaux Arts de Brugge

Au XIIIème et XIVème siècle les verres étaient fabriqués avec du béryl, une pierre transparente teintée, ou bien de quartz, et à partir des années 1300 on utilisa du verre de Venise.

Par la suite, les travaux de l’italien Giambattista della Porta (1535-1615) décrivit diverses expériences d’optique. Johannes Kepler fut en 1611, avec son ouvrage Dioptrice le véritable fondateur de la dioptrique actuelle et le savant qui expliqua la marche des rayons lumineux au sein des matériaux, la réfraction et la réflexion de la lumière.

Ce n’est que vers 1728 qu’on vit apparaître les montures, et seulement à la fin du XVIIIème siècle qu’on imagina de les faire tenir derrière les oreilles.

Au XIIIème et XIVème siècle on ne proposait que des lentilles biconvexes, pour corriger la presbytie. Il fallut attendre le XVème siècle pour voir des lunettes corrigeant la myopie, donc avec des verres concaves. Le premier texte qui parle des verres concaves nécessaire pour corriger la myopie, en 1440, est la description du Cardinal Nicolas de Cuse (1401-1464) dans l’ouvrage De Beryllo.

Raphael peignit le pape Léon X avec ses lunettes de myopie :

Le pape Léon X et deux cardinaux (Raphael)

1518

Musée des Offices (Florence Italie)

Le mot français bésicle a comme origine le mot béricle qui est une déviation de beryllus.

On assista petit à petit à une diffusion encore plus importante des lunettes qu’on retrouve sur de nombreux tableaux.

Chardin, autoportrait

Pastel

Musée du Louvre, Paris France

En 1645 Jacques Bourgeois (?1618-1701), à Paris, améliora les verres de lunettes en imaginant des verres qui étaient concaves du côté de l’oeil et convexe de l’autre côté. Cela diminua les aberrations gênantes sur les verres habituels.

Thomas Young compris ce qu’était l’astigmatisme et l’écrivit en 1807 dans son livre :Lecture on optical Instruments. Les lunettes corrigeant l’astigmatisme n’existèrent donc qu’à partir du XIXème siècle (verres cylindriques). L’astigmatisme fut mesuré par la suite par Louis Emile Javal (1839-1907) qui inventa l’appareil que l’on nomme encore de nos jours « le javal ».

Helmholtz en 1855 expliqua l’accommodation par une contraction du muscle ciliaire et un relâchement de la zonule de Zinn, ce qui modifiait la courbure du cristallin.

A partir de là on vit Frans Cornelis Donders expliquer l’ensemble de la dioptrique dans On the anomalies of accommodation and Refraction of the Eye (1864).

Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’invention des verres double foyer; on l’attribue souvent à Benjamin Fraklin, mais sans certitude. Ce n’est que récemment qu’on introduisit les verres progressifs que beaucoup de jeunes presbytes connaissent.

Bibliographie:

  • Lettera intorno all’ Invenzione degli Occhiali, scritta da Francesco Redi a Paolo Falconied, Florence 1678.
  • L’occhiale al occhio, Carlo Manzini. Bologna, 1660
  • Degli occhiali da naso inventati da Salvino Armati, Gentiluomo Fiorentino. trattato istorico di Domenico Manni, Accademico Fiorentino. In Florence 1738 (84 pages).
  • Dioptrica nova. A Treasite of dioptricks, by W. Molyneux of Dublin Esq. London 1692. (Chapter VI, pages 254-259.)
  • Caesemaecker, Notice historique sur les lunettes et les verres optiques. (Translated from the Flemish by U. de Vroede.) Gent, 1845, 36 pages.
  • Histoire des lunettes, by Dr. P. Pansler of Avignon. Paris 1901. (137 pages.)
  • Barck. C. The history of spectacles. Science n.s. 1904;20:50.
  • Court TH, Rohr MV On the development of spectacles in London from the end of the seventeenth century. London: Optical Society Transactions, 1928-29.
  • James RR. Studies in the history of ophthalmology in England prior to the year 1800. Cambridge: Cambridge University Press, 1933.
  • Moore TH. Evolution of a pair of glasses. Opt J Rev Optom, 25 August 1921.
  • Rasmussen OD. Old Chinese spectacles. Tientsin, China: North China Press, 1915.
  • Rohr MV Contributions to the history of the spectacle trade from the earliest times to Thomas Younis appearance. London: Optical Society Transactions, 1923-24.
  • Rosen E. The invention of eyeglasses. j Hist Med Allied Sci January 1956.
  • Sichel, Jules. Lecons Cliniques sur les Lunettes et les Etats Pathologiques consécutifs à leur Usage irrationnel, Bruxelles et Paris 1848.
  • The history of ophthalmology Julius Hirschberg vol 2 pages 263-280.
  • Daniel M.Albert, Diane D. Edwards The history of ophthalmology, 1996.

http://www.snof.org

Le Saviez-Vous ► Il était une fois la maladie: le trouble bipolaire après les saignées, lobotomies, électrochocs et autres


Le trouble bipolaire est connu depuis des lustres. Hippocrate, Aristote, Socrate avaient déjà une connaissance des symptômes. Les traitements par contre, n’ont pas été toujours été efficaces, on passa par les saignées, des lobotomies et les électrochocs. Aujourd’hui, cette maladie peut se traiter avec des médicaments et la personne peut vivre une vie a peu près normale
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Il était une fois la maladie: le trouble bipolaire après les saignées, lobotomies, électrochocs et autres

 

Jacques Beaulieu
Chroniqueur et communicateur scientifique

Il semble bien que la maladie soit aussi vieille que l’Homme. Hippocrate affirma que la maladie mentale était reliée à une mauvaise circulation des fluides dans le cerveau. Il avait écrit:

«Par le cerveau, nous pouvons devenir fou, enragé, nous développons de l’anxiété et de la peur la nuit ou le jour, nous pouvons souffrir d’insomnie, faire des erreurs et éprouver des inquiétudes non fondées, nous perdons la capacité à bien reconnaître la réalité, nous devenons apathiques et ne pouvons plus participer à la vie sociale.» (Hippocrate, traduit du grec ancien par Andreas Marneros, 1897).

Aristote établit un lien entre le génie (la créativité) et la folie (la manie). Déjà, deux siècles avant Jésus Christ, le médecin grec, Arétée de Cappadoce parlait de personnes souffrant de manies suivies d’épisodes de mélancolie. Dans son Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, on peut lire:

«La manie peut varier en apparence et prendre mille formes, mais au fonds c’est toujours la même maladie: c’est une démence totale, chronique, sans fièvre, ou si la fièvre l’accompagne, ce n’est qu’accidentellement et nom à raison de la maladie.»

Et un peu plus loin: «La maladie a des intermissions complettes (sic) et peut même cesser entièrement par un traitement convenable.» (Arétée de Cappadoce, Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, traduit du grec par M. L. Renaud, docteur en médecine, Éd. Lagny, Paris 1834. pp. 87-88).

Plus ça change, plus c’est pareil

Je suis souvent étonné de trouver dans ces écrits qui datent de plus de deux mille ans autant de vérités et de similitudes avec ce qui est généralement admis aujourd’hui. Ainsi, Arétée décrit les personnes souffrant de manie:

«Parmi les maniaques, on en voit dont la folie est d’une nature gaie, qui rient, qui chantent, dansent nuit et jour, qui se montrent en public et marchent la tête couronnée de fleurs, comme s’ils revenaient vainqueurs de quelques jeux ; d’autres dont la fureur éclate à la moindre contradiction (…). La manie prend une infinité de formes différentes ; parmi les gens bien élevés et qui ont l’aptitude aux sciences, on en a vu plusieurs devenir astronomes sans maîtres, philosophes sans précepteurs, poètes d’eux-mêmes.»

D’autres observations du même médecin semblent aussi intemporelles:

«Le genre de vie particulier dispose aussi à la manie comme de manger trop, de se remplir outre mesure, l’excès dans la boisson, l’abus ou le désir trop ardent des plaisirs vénériens. (…)» (Arétée de Cappadoce, Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, traduit du grec par M. L. Renaud, docteur en médecine, Éd. Lagny, Paris 1834. pp.90-91).

Par contre, là où la sauce se gâche est dans les causes et surtout les traitements qu’il préconise:

«La cause de la manie réside dans la tête et dans les hypocondres (NA: abdomen) (…) Il faut saigner avec beaucoup de précaution les mélancoliques ; car cette maladie provient plus de la mauvaise qualité du sang que de la quantité…» (p.389).

La naissance du nom

L’expression maniaco-dépression, qui décrivit longtemps la maladie, vient de Théophile Bonnet, médecin privée d’Henri II d’Orléans-Longueville vers la fin du XVIIème siècle. Ce médecin parlait alors de manico-melancolus. Successeur de Philippe Pinel à l’hôpital de la Salpètrière, Jean-Étienne Esquirol crée le terme demonomanie. Son élève, Jules Baillarger, parle au milieu des années 1800 de folie à double forme composée de deux périodes: l’une de dépression, l’autre d’excitation. Quelques années plus tard, Jean-Pierre Falret écrit un ouvrage avec une description très précise de la folie à double forme, qui étonne encore aujourd’hui par la modernité de ses propos.

Considéré comme l’un des pères de la psychiatrie, Emil Kraepelin publie en 1883 le Compendium der Psychiatrie et effectue une classification originale des troubles psychiatriques selon deux types qu’il nomme: la maniaco-dépression et la démence précoce (dichotomie de Kraepelin). Il y distinguera un grand nombre de types évolutifs de ce qu’il nomme la folie maniaco-dépressive, dont les formes unipolaires et bipolaires. Au début du vingtième siècle, les psychiatres allemands Karl Kleist, Carl Wernicke et Karl Leonhard parlent du trouble bipolaire, terme qui demeurera dorénavant le plus utilisé pour décrire la maladie. Vers la fin des années 1960, Jules Angst, Carlo Perris et George Winokur raffinent encore la description des types de désordres bipolaires.

De nombreux patients mourraient épuisés ou encore des suites d’une infection opportuniste conséquente aux états de grande fatigue dans lesquelles ils se retrouvaient après des mois, voire des années, en phase maniaque.

Traitements du trouble bipolaire

Outre les saignées et diètes proposées depuis Arétée de Cappadoce durant l’Antiquité, la médecine eut peu à offrir aux personnes atteintes du trouble bipolaire. Les cas les plus lourds étaient enfermés dans les asiles psychiatriques, et les autres fort probablement laissés pour compte. Certaines sources thermales disponibles en Europe se faisaient dans des eaux dont la concentration en sels de lithium était relativement plus élevée et on remarquait que les patients qui y séjournaient se portaient mieux.

Ainsi, la ville de Santenay en France a connu ses premières eaux thermales dès le début de notre ère. On y trouvait un sanctuaire dédié aux nymphes. Au XVIIe siècle, on lui donna le nom de «Fontaine salée». Autour des années 1890-1910, diverses sources s’ajoutèrent, attirant de nombreux touristes, telles la Source Lithium, la Source Carnée et la Source Santana. En déclin dû aux deux grandes guerres mondiales, certaines dont la Source Lithium reprennent du service vers les années 1945-1950. Depuis 1995, elles sont toutes fermées.

Deux autres traitements firent leur apparition au début du vingtième siècle et disparurent presque totalement au milieu des années 1940: la lobotomie et les électrochocs.

D’efficacité douteuse, ces techniques déclinèrent rapidement avec l’arrivée de médicaments efficaces.

John Frederick Cade est né en 1912 et fut un illustre psychiatre australien. Comme au début des années 1950, les protocoles de recherches n’étaient pas ceux qu’on connaît aujourd’hui, il décida de tester sur lui-même les effets du lithium. Son essai dura deux semaines durant lesquelles il put trouver une dose suffisante de lithium sans trop d’effets toxiques. Puis il l’administra à un premier patient en phase maniaque. Selon sa description personnelle, il s’agissait d’un homme de 51 ans en phase maniaque depuis cinq ans. Le patient était épuisé, sale, autodestructeur, malicieux et reconnu depuis longtemps comme étant le pire patient du service. Après trois semaines de traitement, il put être transféré à l’aile de convalescence et, après trois mois, il put quitter définitivement l’hôpital psychiatrique et se trouver un emploi régulier.

L’efficacité était prouvée, mais l’utilisation du médicament posait toujours de graves problèmes de toxicité. En réalité, le problème principal se situait au niveau de la posologie. Il faudra donc attendre jusque vers les années 1950, date à laquelle un nouvel instrument fit son apparition, le spectrophotomètre de flamme, pour que le docteur Morgan Schou du Danemark l’utilise et fasse le dosage du lithium dans la circulation sanguine. Il devenait alors possible d’atteindre un niveau optimal et vérifiable de lithium sanguin et d’en contrôler la dose pour la maintenir en dessous des limites toxiques. Le lithium put alors faire son entrée réelle dans la pharmacopée actuelle.

Ce médicament présenta deux effets immédiats. Dans un premier temps, il réduisit rapidement les taux de mortalité dans les hôpitaux psychiatriques. Avant son arrivée, de nombreux patients mourraient épuisés ou encore des suites d’une infection opportuniste conséquente aux états de grande fatigue dans lesquelles ils se retrouvaient après des mois, voire des années, en phase maniaque.

Le deuxième effet se fit sentir plus lentement mais tout aussi sûrement par un changement de la perception des maladies mentales. Elle deviendra de mieux en mieux comprise, non plus comme une faiblesse ou un défaut moral, mais bien comme une maladie avec des causes physiologiques.

Deux références: l’organisme Revivre et le livre Le trouble bipolaire pour ceux qui en souffrent et leurs proches, Dre Marie-Josée Filteau et Jacques Beaulieu, Les éditions La Semaine.

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Le tombeau du philosophe Aristote a-t-il été découvert ?


A-t-on vraiment découvert la sépulture du philosophe Aristote très connu même encore aujourd’hui ? Peut-être ! Il reste à le confirmer, ou cela restera une supposition
Nuage

 

Le tombeau du philosophe Aristote a-t-il été découvert ?

 

Site de Stagire, en Chalcidique, dans le nord de la Grèce, où aurait été découvert le tombeau d'Aristote. CREDIT: EFE Athènes

Site de Stagire, en Chalcidique, dans le nord de la Grèce, où aurait été découvert le tombeau d’Aristote. CREDIT: EFE Athènes

Par Bernadette Arnaud

Le tombeau du célèbre philosophe Aristote a peut-être été découvert à Stagire, dans le nord de la Grèce, par l’équipe de l’archéologue de renommée internationale Konstantinos Sismanidis.

« PRÉSOMPTIONS ». Après plusieurs décennies de recherches en Macédoine, dans le nord de la Grèce, un archéologue grec vient d’annoncer qu’il« pensait » avoir trouvé la probable tombe du philosophe Aristote (384- 322 avant notre ère). L’éthique aristotélicienne étant justement marquée par les notions de phronêsis  (prudence), c’est donc avec certaines précautions que l’archéologue Konstantinos Sismanidis, spécialiste grec de renommée internationale, a fait cette  annonce  jeudi 26 mai 2016, lors d’un congrès international commémorant le 2400e anniversaire de la naissance du philosophe  qui se tenait à l’université de Thessalonique (Grèce), affirmant « qu’il n’avait aucune preuve, mais de fortes présomptions ». La tombe se situerait à Stagire, en Chalcidique, le lieu de naissance d’Aristote, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Thessalonique. La structure en forme d’abside (fer à cheval), dégagée dès 1996, correspondrait à un monument funéraire érigé en l’honneur du célèbre penseur, l’un des plus influents que le monde ait connu. Avec son sol dallé de marbre et sa toiture en tuiles fabriquées dans un atelier royal, ce bâtiment aurait aussi eu une fonction publique, a précisé Konstantinos Sismanidis. Il se serait agi d’un heroon, lieu de culte rendu aux héros et hommes prestigieux de la cité, situé dans une position dominante, à une dizaine de mètres de l’antique agora, la grand place de Stagire.  A l’intérieur des vestiges de l’édifice hellénistique, une cinquantaine de monnaies et des poteries datant de l’époque d’Alexandre le Grand (4e siècle av. notre ère) ont été mises au jour. Rappelons qu’Aristote avait été le précepteur du jeune conquérant macédonien, qu’il avait formé à Miéza, (l’ancienne Lefkadia).

Reconstitution 3D de la possible tombe du philosophe Aristote, à Stagire, en Macédoine. Crédit: Kostas Simanidis

Cette hypothèse s’appuie en outre sur des sources littéraires médiévales arabes de la seconde moitié du 11e siècle – copies  de textes de l’antiquité grecque consacrés à Aristote –  retrouvées à la Bibliothèque Marciana de Venise (Italie) : il y est en effet indiqué que la population de Stagire aurait récupéré les cendres du philosophe grec mort à Chalcis, sur l’île d’Eubée, pour les déposer ensuite dans une hydrie (urne) de bronze, à Stagire dans un édifice appelé l’« Aristotelion ». Le ministère de la culture a pris note de cette annonce, faisant savoir qu’il attendait de plus amples informations.

http://www.sciencesetavenir.fr/