La confiance, vitale et faillible


La confiance est importante dans tous les domaines de la vie, on se fait confiance, on fait confiance aux autres. Reste qu’il est difficile de différencier le bon jugement, l’appréciation et la confiance a des degrés différents
Nuage

 

La confiance, vitale et faillible

 

 

un homme tient par la main un autre sur une paroi en montagne

© shutterstock / Yuriy Seleznev

L’auteur

Sébastien Bohler est rédacteur en chef adjoint du magazineCerveau&Psycho

Même si nous sommes obligés de faire confiance aux autres et à nos propres jugements, notre cerveau nous trompe plus souvent qu’on ne le croit.

Sans confiance, rien n’est possible. Ni lien humain, ni engagement, ni décision féconde. À chaque instant de nos vies, nous nous fions à nos proches, à notre bonne étoile (pourrai-je rembourser cet emprunt ?), et même à nos peurs (je ne pense pas que je pourrai plonger de cette hauteur). Or des chercheurs de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, de l’université Pierre-et-Marie-Curie et du Centre d’économie de la Sorbonne, en étudiant comment une partie de notre cerveau crée ce sentiment, révèlent aussi pourquoi il est à la fois crucial et parfois trompeur.

C’est dans notre cortex préfrontal ventromédian, situé à l’avant du cerveau et au-dessus des yeux, que se forgerait le sentiment de confiance. Ce sentiment émerge sans que nous le voulions dans pratiquement toutes les situations. Par exemple, en observant la carte d’un restaurant. De premiers neurones s’activent au moment où vous essayez d’imaginer la saveur de tel ou tel plat. Pratiquement au même instant, d’autres neuronnes (dans votre cortex préfrontal ventromédian) estiment le degré de confiance que vous avez dans vos propres estimations. Vous pouvez ainsi penser : « le steak tartare a l’air correct » et « je ne suis pas très sûr de mon coup ». Ou bien : « les scampis grillés doivent être délicieux » et aussi « ça, j’en suis sûr ».

Ces deux dimensions du jugement, appréciation et confiance dans l’appréciation, vont de pair. Maël Lebreton, Mathias Pessiglione et leurs collègues ont découvert que la même région du cerveau – le cortex préfrontal ventromédian – crée à la fois le jugement et la confiance dans ce même jugement, ce qui explique probablement pourquoi plus l’appréciation est intense (les scampis sont délicieux) plus la confiance est élevée (j’en suis sûr). Une erreur qui nous fait accorder plus de confiance aux jugements extrêmes.

Ceci explique le biais d’optimisme, un défaut cognitif fâcheux qui amène par exemple 85 % des gens à se croire meilleurs conducteurs que les autres. Le cortex préfrontal ventromédian pourrait en être la cause car il crée à la fois l’estimation de sa propre habileté de conducteur (je me débrouille bien) et la confiance dans ce jugement (j’en suis certain). Cette zone cérébrale semble incapable de dissocier les deux, c’est-à-dire de penser quelque chose comme : « Je suis très bon conducteur mais je n’en suis pas très certain. »

Un autre exemple est l’« effet halo », une confiance excessive que nous inspirent les personnes intéressantes, brillantes, belles ou attirantes. Notre appréciation immédiate de ces personnes étant positive, nous avons du mal à la remettre en question. Dans le domaine de l’économie, les investissements à haut risque en bourse, du fait qu’ils représentent des options très désirables, sont accompagnés d’une confiance excessive. On connaît les conséquences…

L’aspect inconscient des processus de confiance les rend particulièrement difficiles à maîtriser. Il peut être alors profitable de les rendre « plus conscients », par exemple en y réfléchissant à haute voix ou en communiquant notre sentiment de relative certitude auprès de notre entourage. En 2010, des chercheurs anglais et danois avaient ainsi découvert que deux personnes devant évaluer ensemble l’intensité et le contraste d’un stimulus visuel (il s’agissait de lignes noires sur un fond gris) livraient une meilleure estimation ensemble qu’inviduellement. Mais cela ne fonctionnait qu’à une condition : qu’elles se communiquent leur degré de confiance en leur propre jugement.

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