Il y a 130.000 ans : le premier bijou portait la griffe de Neandertal


Plus les spécialistes étudient l’homme du Neandertal, plus il est clair qu’il était beaucoup plus évolué qu’ils pensaient. Ils auraient été aussi les premiers créateurs en fabriquant des bijoux, qui pensaient-on était l’apange de l’homme moderne
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Il y a 130.000 ans : le premier bijou portait la griffe de Neandertal

 

Luka Mjeda (Zagreb).

Par Rachel Mulot

Coquets les Néandertaliens ? Ils auraient fabriqué la plus ancienne parure au monde avec des serres d’aigle.

 

SYMBOLIQUE. Plus fort que le collier en griffes d’ours de Rahan et surtout plus authentique, voici la parure en serres d’aigle de Neandertal !

 Selon une étude américano-croate, des serres de rapaces ont bien été travaillés il  y a 130.000 ans « pour être montés en bracelet ou collier » comme le prouve la nouvelle analyse de ce « bijou » retrouvé sur le site néandertalien de Krapina (Croatie).

Un choc pour ceux qui doutaient encore des capacités symboliques ou esthétiques de notre lointain cousin préhistorique, préférant les réserver à l’homme moderne : il pourrait en effet s’agir de la plus ancienne parure au monde !

Composition à partir des huit serres d’aigle néandertalienne, 130 000 ans. Crédit: Luka Mjeda (Zagreb).

SERRES. Les paléontologues et anthropologues de Zagreb (Croatie) et de Lawrence (Kansas, Etats-Unis) ont réétudié huit serres courbes de Pigargue à queue blanche – un aigle de deux mètres d’envergure – trouvées dans une même strate géologique de Krapina il y a plus de 100 ans et soigneusement conservées depuis au musée de Zagreb. Un trésor préhistorique, puisqu’aucun autre site aussi ancien en Europe n’avait livré une telle concentration de doigts griffus d’oiseaux.

Sous le microscope, les serres d’aigle mesurant jusqu’à 3 cm ont révélé des marques de coupes, de polissage et d’abrasion indiscutablement humaines. Trois des plus grandes serres –des hallux opposables correspondant un peu à notre gros orteil- portent de petites encoches réalisées au même endroit et sont emboitables.

« Ces différentes caractéristiques suggèrent que ces éléments faisaient partie d’un bijou assemblé pour être porté au cou ou au poignet, explique Davorka Radovcic, du Musée d’histoire naturelle croate à Zagreb. Les serres devaient être montées et tenues ensembles par des liens végétaux ou des tendons d’animaux… »

 Fait marquant, les huit pièces du bijou provenaient de trois animaux différents au minimum et ont donc été patiemment collectées.

Neandertal était un créateur, pas un imitateur

Conclusion ?

« Le comportement symbolique consistant à fabriquer des parures a existé chez l’Homme de Neandertal dès il y a 130.000 ans, bien avant l’arrivée des premiers hommes modernes dans la région il y a environ -43.000 à -45.000 ans souligne l’anthropologue David Frayer, de l’université du Kansas.

Dès lors, il devient de plus en plus difficile de prétendre que la pensée symbolique était une caractéristique exclusive de l’homme moderne. 

Neandertal maniait les symboles. Notre cousin enterrait ses morts, utilisait des pigments rouges et noirs,  portait des parures de plumes, de griffes, de serres, de coquillages percés et teintés… Il était également capable de dessiner des formes abstraites comme l’atteste la découverte d’une gravure géométrique dans une grotte de Gibraltar datée d’il y -39.000 ans.

Il faut revoir aussi d’un autre œil les sites néandertaliens polémiques de Saint-Césaire ou d’Arcy-sur-Cure en France : ces derniers ont livré des éléments de parure (comme des griffes d’ours ) datés d’il y a environ 40.000 ans… ce qui faisait dire à des chercheurs comme Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max Planck que Neandertal avait pu tout bonnement « copier » le comportement et l’artisanat d’Homo sapiens, fraîchement débarqué en Europe. Voire qu’il avait troqué ces objets avec eux… Cette fois, il faut admettre que Neandertal n’était pas qu’un imitateur, mais aussi un créateur. Et ce, très tôt dans l’histoire de notre humanité. Il est même aujourd’hui le plus ancien créateur de bijoux connu au monde !

COLLECTIONS. Les plus anciennes parures découvertes jusqu’alors provenaient du site de Skuhl en Israël : soit une série de coquillages percés vieux d’une centaine de milliers d’années, redatée avec précision en 2012 par le laboratoire d’anthropologie de l’université de Bordeaux et attribuée à des hommes anatomiquement modernes. Le site d’Oued Djebbana, en Algérie, a de même livré des coquillages vieux de 90.000 ans, et la grotte des pigeons au Maroc, une douzaine de coquilles de mollusques perforées et datées de -82.000 ans. Notons toutefois que le site de Trinil, à Java, fréquenté par les Homo erectus il y a 500.000 ans a aussi livré une coquille gravée et quelques moules percées probablement avec des dents de requins… mais sans que l’on sache exactement si cette pratique visait à simplement forcer l’ouverture du coquillage ou à les attacher ensemble.

Aussi ravissantes que soient les breloques du Magreb et du Moyen-Orient, elles n’ont pas le caractère spectaculaire du collier de serre d’aigle de Krapina.

« La découverte de Croatie confirme et renforce des découvertes semblables effectuées au cours des dernières années, applaudit encore Francesco d’Errico, du laboratoire Préhistoire, Paléoenvironnement et Patrimoine de l’université de Bordeaux, et spécialiste de l’art préhistorique. Elle révèle que les pratiques symboliques étaient ancrées dans les cultures matérielles des néandertaliens avant ce que l’on pensait jusqu’à présent.Elle semble aussi suggérer que les rapaces jouaient un rôle privilégié dans certains systèmes symboliques de ces populations ».

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L’amitié au microscope


L’amitié et l’amour sont-il similaire .. cependant un fait plus réagir que l’autre mais l’amitié est importante pour la socialisation. Elle peut-être semble-t-il différente entre les hommes et les femmes .. Chez les animaux .. la science conclut qu’une réelle amitié existe et nous avons souvent vu de grandes complicité avec des espèces différentes
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L’amitié au microscope

 

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Marie-Hélène Proulx

À 75 ans, on aura rencontré 50 000 personnes, paraît-il. Mais seules quelques-unes d’entre elles auront droit au titre d’ami. Pourquoi se lie-t-on à certains êtres plus qu’à d’autres? Et puis, à quoi ça sert, l’amitié? Les explications de la science.

Vous comptez plus de 730 amis Facebook ? Bravo. Mais, pour vrai, sont-ils tous des amis ? Bien sûr que non. Et vous avez une très bonne excuse : votre cerveau ne peut gérer un tel nombre de relations, disent les scientifiques.

La tribu, le clan, le village. Pour la plus grande partie de son histoire, l’Homo sapiens a vécu dans de petites communautés. Et a développé un cerveau approprié. Selon le Britannique Robin Dunbar, anthropologue et biologiste de l’évolution, nous ne pouvons cultiver plus de 148 relations significatives – c’est ce qu’on appelle le nombre de  Dunbar. Mais nous n’aurions que de trois à cinq amis intimes, à qui nous consacrons 40 % de notre vie sociale par semaine.

Un investissement rentable : les copains sont essentiels pour rester en bonne santé physique et mentale, révèlent quantité d’études récentes.

Quitte à s’en fabriquer un imaginaire en cas d’isolement extrême, tel le héros du film Cast Away (Seul au monde), joué par Tom Hanks, qui, naufragé sur une île déserte, baptise un ballon de volleyball Wilson et s’en fait un confident… C’est qu’avoir peu de liens sociaux augmente le risque de mort prématurée autant qu’être trop gros ou fumer, ont analysé des chercheurs américains à partir de données provenant de 300 000 personnes.

Parmi les bienfaits de l’amitié démontrés par la science : moins de décès lors d’un cancer du sein, moins de rhumes, plus de résistance face aux épreuves de la vie. Ça s’expliquerait en partie parce que la présence de copains fait baisser le taux de cortisol – l’hormone produite par le corps quand on est stressé. Le rôle d’un ami serait même plus déterminant que celui d’un amoureux et de parents dans le combat contre la maladie, avancent des chercheurs.

L’union fait la force
Bref, ce n’est pas très romantique, mais on se fait des amis pour sauver sa peau,
nous apprend la biologie évolutionniste. En effet, c’est en partie parce qu’il est sociable que l’Homo sapiens s’en est tiré jusqu’ici, ayant été peu choyé côté dents pointues et griffes acérées.

« L’amitié est une colle psychologique qui nous soude aux autres pour faire obstacle à l’ennemi », explique Henry Markovits, spécialiste en psychologie du développement à l’UQAM.

Cette « colle » permet aussi de chasser le mammouth, d’éduquer des enfants, de construire des villes.

« L’amitié existe parce que les humains ont compris qu’ils étaient plus compétents à plusieurs qu’en solo », dit le philosophe Benoît Dubreuil, dont la thèse de doctorat portait sur la coopération et l’apparition des hiérarchies  chez l’humain.

« Pour survivre, ils ont intérêt à partager, à rendre service, à prendre soin des autres. Il faut se faire des alliés. »

C’est toi que j’aime
Soit. Mais pourquoi Clara plutôt qu’Alice ? Antoine et pas Xavier ? Qu’est-ce qui dicte le choix d’un compagnon ?

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi », écrivait Montaigne au sujet de son amitié pour Étienne de La Boétie. Une amitié qui n’était pas le fruit de « quelque occasion ou commodité », mais d’une « force inexplicable » unissant leurs âmes, disait-il.

Les résultats des enquêtes psychosociologiques sur l’amitié lui donnent raison :

 « On peut s’entendre à merveille avec des relations d’affaires et des gens qu’on rencontre au parc à chiens, indique le philosophe Benoît Dubreuil. Mais on ne les désigne pas comme étant nos “amis” parce que, dans notre culture, ce terme suppose que les deux parties sont réunies d’un commun entendement, de façon volontaire, et non parce que le contexte les y contraint. »

On se lie surtout à des gens du même âge et du même sexe que nous, provenant de milieux socioéconomiques semblables et dont les comportements correspondent aux nôtres. Bref, le proverbe a raison : qui se ressemble s’assemble. Même sur le plan génétique, a découvert une équipe de l’Université de Californie. Mais l’autre proverbe a aussi raison : les contraires s’attirent. Bien que ses travaux en soient encore au stade préliminaire, James Fowler, un spécialiste de la génétique et des liens sociaux, croit même possible qu’on choisisse des copains (et des amoureux) nous protégeant naturellement de certaines maladies. En effet, on aurait tendance à jeter son dévolu sur un partenaire dont le système immunitaire combat des maladies contagieuses auxquelles on n’est pas résistant, diminuant ainsi le risque d’y être soi-même exposé. On n’est jamais trop prudent…

D’amour ou d’amitié?
Affinités, communication, confiance : nos amis et nos amours ont souvent beaucoup en commun,
révèlent les enquêtes. Pourtant, notre cerveau réagit bien différemment dans les deux cas, dit le psychiatre suisse Francesco Bianchi-Demicheli, spécialiste de la fonction sexuelle humaine. Depuis 2005, son équipe analyse les réactions des neurones selon que notre cœur batte ou non la chamade. Ils ont découvert que l’amour déclenche un branle-bas pas mal plus complexe que l’amitié. En tout, une douzaine de régions du cerveau s’allument quand on évoque l’être aimé, notamment celles liées à la motivation, à la récompense, à la capacité de socialiser.

Pour citer Jules Renard, « L’amitié est un oiseau d’amour qui a la queue coupée. »

Crêpage de chignon
Jusqu’au 19e siècle, l’amitié est perçue comme une « affaire de gars »,
explique l’historienne Anne Vincent-Buffault dans Une histoire de l’amitié (Éditions Bayard, 2010). Elle naît au combat, dans la sueur et le sang. On pense alors que les femmes n’ont pas le tempérament pour tisser des liens serrés… Si ces préjugés ne tiennent plus, il appert que les deux sexes ont tout de même un rapport différent à l’amitié, soutient la science. Par exemple, les filles valorisent plus que les hommes l’authenticité, l’intimité et la solidarité, selon une vaste enquête américaine. Mais leurs relations résisteraient moins au conflit. Cela tient en partie au fait qu’elles sont en compétition les unes avec les autres pendant leur période de fertilité, explique le psychologue Henry Markovits, qui collabore depuis quelques années à une étude canado-américaine sur l’amitié. Mais c’est aussi parce qu’elles ont des rapports plus intimes entre elles, alors que les gars se tiennent en gang.

« Les tensions se noient plus facilement dans une dynamique de groupe. Certains jouent le rôle de modérateur. C’est compliqué dans une relation à deux, les conflits ont plus de poids… »

 

Copains comme cochons
Les scientifiques ont longtemps cru que les animaux n’avaient aucun intérêt à se faire des amis, que seul le sort de leur famille leur importait. Or, des cas d’amitié solide et durable ont été documentés ces dernières années, entre autres chez les chimpanzés, les dauphins, les hyènes et les chevaux. Il arrive même que des animaux de différentes espèces deviennent amis, la paire la plus improbable étant Mzee la tortue et son inséparable pote Owen l’hippopotame, qui vivent dans une réserve naturelle au Kenya
(les photos du couple abondent sur le Web). Mais attention ! Il ne suffit pas que deux chiens sympathisent au parc ou dorment enlacés pour conclure à de l’amitié. Chez les animaux, les vrais de vrais camarades partagent la pitance, se protègent l’un l’autre contre les emmerdeurs, font leur toilette mutuelle, se rendent service sans attendre le retour d’ascenseur. Et traversent des périodes de deuil quand la mort les sépare.

http://fr.chatelaine.com