Le Saviez-Vous ► Histoire : la naissance de la chimie


Avant la chimie, il y avait l’alchimie. Même s’il n’y a pas de différence entre un chimiste et un alchimiste, leurs études est quelque peu différente. C’est surtout à Antoine de Lavoisier que la chimie a pris son élan.
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Histoire : la naissance de la chimie

 

Tableau L’alchimiste par David Teniers le Jeune, vers 1650. Mauritshuis, Cabinet royal de peintures, La Haye, Pays-Bas. © Wikimedia Commons, domaine public

Isabelle Bernier
Historienne

Quelle différence y a-t-il entre un chimiste et un alchimiste avant le XVIIIe siècle ? Aucune, car ces deux termes désignent en fait la même activité jusqu’aux années 1730.

La chimie se développe ensuite parallèlement à l’alchimie : elle abandonne la recherche de la « pierre philosophale » et se tourne vers la matière et ses composants, en utilisant une démarche scientifique basée sur l’expérimentation et la logique.

L’alchimie constitue une pratique de recherche qui a pour but de percer les secrets de la matière. L’un de ses objectifs est la découverte de l’hypothétique « pierre philosophale » : elle permettrait la transmutation des métaux, c’est-à-dire leur transformation de métaux « vils » (plomb) en métaux « nobles » (argent ou or) et elle entrerait dans la préparation de l’élixir « de longue vie » (la recherche de la vie éternelle).

Avant la chimie, l’alchimie

La pratique de l’alchimie est accompagnée, à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques et spirituelles. Elle connaît son âge d’or au XVIIe siècle : certains souverains européens n’hésitent pas à subventionner des alchimistes, dans l’espoir secret de renflouer leurs caisses au cas où une transmutation aboutirait… Des centaines de traités d’alchimie sont édités, des alchimistes deviennent professeurs de médecine (en Allemagne, Hollande, Angleterre…). Les académies des sciences les accueillent désormais, notamment celle de Paris créée en 1666 ; cependant Colbert interdit aux académiciens de disserter sur la « pierre philosophale ».

La théorie du phlogistique

C’est une théorie alchimique qui explique la combustion en postulant qu’il existe un élément « flamme » dans les corps combustibles. L’idée se rattache à l’antique principe grec des quatre éléments (eau, air, terre et feu). Des philosophes tels Aristote pensent que chaque constituant de la matière est un assemblage de ces quatre éléments fondamentaux. Avant Antoine de Lavoisier, on suppose que la chaleur est constituée d’un fluide nommé « phlogistique » (du grec phlogistos : inflammable), associé au feu. La perte de masse résultant d’une combustion est alors attribuée au départ du phlogistique : la masse qui part, c’est de la chaleur !

Lavoisier, le père fondateur de la chimie moderne

Antoine de Lavoisier (1743-1794) est le grand chimiste français du XVIIIe siècle. Il débute véritablement des recherches sur le concept de combustion en 1772, avec l’aide scientifique et technique de son épouse Marie-Anne Paulze. Il ne cherche pas à discréditer l’alchimie, il estime juste qu’elle a fait son temps. Pour lui, la combustion est causée par la présence d’air « déphlogistiqué » (nommé ainsi par le savant anglais Joseph Priestley en 1774) qu’il baptise oxygène en 1779. Il souligne l’importance de la précision dans ses expériences, en se dotant d’un matériel de plus en plus perfectionné.

Matériel de chimie utilisé par Lavoisier ; dessin de madame Lavoisier, planche IV dans le Traité élémentaire de chimie de Lavoisier, tome 2, Paris, 1789. Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares. © gallica.bnf.fr/BnF

Matériel de chimie utilisé par Lavoisier ; dessin de madame Lavoisier, planche IV dans le Traité élémentaire de chimie de Lavoisier, tome 2, Paris, 1789. Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares. © gallica.bnf.fr/BnF

Moment déterminant dans l’histoire de la chimie : Lavoisier énonce le concept de l’élément comme substance qui ne peut être décomposée par aucune méthode connue d’analyse chimique. Il prouve que l’eau n’est pas un élément mais qu’elle est composée de deux éléments chimiques (oxygène et hydrogène). Il met en évidence la notion de gaz et démontre que l’air que nous respirons est un mélange de plusieurs gaz : il nomme l’oxygène, l’hydrogène, l’azote et les intègre à sa nomenclature. Ces découvertes anéantissent le principe traditionnel des quatre éléments.

Lavoisier introduit la théorie de la conservation des masses dans le changement d’état de la matière : lors une réaction chimique, la masse totale des produits et des réactifs reste identique du début à la fin de la réaction.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » !

L’utilisation de la balance qu’il souhaitait plus précise qu’une balance d’orfèvre, permet à Lavoisier de prouver sa théorie.

Représentation du grand gazomètre de Lavoisier, planche VIII dans le Traité élémentaire de chimie de 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Représentation du grand gazomètre de Lavoisier, planche VIII dans le Traité élémentaire de chimie de 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

À la fin du XVIIIe siècle, sont reconnus trente-trois éléments sur les quatre-vingt-douze détectables dans la nature. Les premiers sont identifiés suivant leur particularité : ainsi l’hydrogène est à la base de l’eau (« hydro ») et l’azote signifie « privé de vie » ; l’oxygène est nommé à tort « générateur d’acide » par Lavoisier. Il publie une Méthode de nomenclature chimique en 1787 et un Traité élémentaire de chimie en 1789, considéré comme le premier manuel de chimie moderne.

Page de présentation du Traité élémentaire de chimie paru en 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Page de présentation du Traité élémentaire de chimie paru en 1789. BnF. © gallica.bnf.fr/BnF

Premières applications concrètes de la chimie dès la fin du XVIIIe siècle

L’industrie textile et notamment les manufactures de toiles de coton imprimées (appelées « indiennes »), vont se tourner vers la chimie afin d’améliorer la technique d’impression des tissus et leur coloration. Des travaux fondateurs sont initiés entre les années 1770 et 1790 : le Suédois Scheele (1742-1786) sur l’oxygène, le chlore, les acides ; Lavoisier sur l’oxygène, la composition de l’eau, la formation des acides ; Berthollet (1748-1822) sur les propriétés décolorantes du chlore et l’invention de l’eau de Javel ; Charpentier de Cossigny (1736-1809) sur la fabrication de l’indigo ; Chaptal (1756-1832) sur la teinture en rouge et le blanchiment des tissus ; Leblanc (1742-1806) sur la préparation de la soude et l’invention du Procédé Leblanc. Concernant le traitement et la teinture des tissus, il faut bien avouer que l’élaboration de produits plus ou moins performants, parfois issus de manipulations fortuites, révèlent encore les multiples tâtonnements de la chimie appliquée à l’industrie textile, à la fin du XVIIIe siècle.

À savoir

Antoine de Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 en tant qu’ancien fermier général ; son épouse réussit à rassembler ses travaux et ses papiers personnels qui sont aujourd’hui conservés aux Archives nationales. En 1789, paraît la revue Annales de chimie dont le premier éditeur est Lavoisier ; elle est toujours publiée (en ligne) en 2019.

https://www.futura-sciences.com/s

Le Saviez-Vous ► Top 10 des vrais savants fous, les zinzins en blouse blanche qui ont existé


Des scientifiques dont leurs méthodes et résultats donnent des frissons dans le dos. On pourrait juger certains de tueurs en séries sous le prétexte de la science. D’autres, c’est à se poser des questions sur leur intelligence et certains leurs affreuses méthodes a quand même servi à la science
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Top 10 des vrais savants fous, les zinzins en blouse blanche qui ont existé

 

  • L’image d’Épinal du savant fou voudrait nous montrer un taré avec des cheveux blancs en bataille qui manipule des liquides de toutes les couleurs dans un labo un soir d’orage en riant comme un maniaque. Et parfois il faut reconnaître qu’on en n’est pas loin du tout. En voulant vous faire une liste des scientifiques complètement perchés, on s’est rendus comptes qu’ils ne rentraient pas tous dans la même catégorie : entre les doux-dingues, les tarés cruels et les curieux malsains, le panel était plutôt fourni. Une chose est sûre cependant, tous ces mecs en avaient un grain et leurs cobayes ne sont souvent pas là pour en témoigner.

    1- Josef Mengele – L’ange de la mort

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    Source photo : polityka

Mengele est le symbole des atrocités que commirent les nazis dans les camps au nom de la médecine et de la recherche, même s’il n’y avait rien de médical dans les tortures infligées aux prisonniers d’Auschwitz.

Officier SS passionné par la génétique, Josef Mengele voit dans la masse de déportés un vivier sans fin sur lequel expérimenter.

Pour trouver une résonance médicale aux thèses aryennes (c’est ce qu’il dit en tout cas), il étudie en détail des centaines de jumeaux auxquels il injecte le typhus ou qu’il ampute sans raison. Son fait d’arme, avoir essayé de constituer des siamois en attachant 2 jumeaux (ça n’a pas fonctionné. Du tout.)

2-Shiro Ishii – Unité 731

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Source photo : answers

On vous a déjà parlé ici même de l’Unité 731, un centre japonais de recherche sur les armes bactériologiques pendant la guerre sino-japonaise de 37-45. Cette jolie installation était tenue par le lieutenant-général Shiro Ishii qui s’était spécialisé dans les expérimentations sur cobayes humains (constitués principalement de prisonniers de guerre).

Il leur fit injecter le bacille du charbon, le choléra ou la peste avant de passer à des produits exotiques comme des transfusions de sang de cheval ou d’eau de mer. Ensuite, il décidé de tester la réponse du corps humain à tout un panel de stimuli : eau bouillante, lance-flammes, congélation, électrocution, rayons X, déshydratation, privation de sommeil etc. Sans surprise, la réponse du corps humain était négative, à tel point qu’on estime le nombre de victimes à près de 10 000 hommes, femmes et enfants.

3-Vladimir Demikhov – Le chien à 2 têtes

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Ndlr : ceci est une photo du chien, pas de Vladimir

Source photo : youtube

Un chien à une tête c’est bien, un chien à deux têtes c’est mieux. C’est en tout cas ce que pense Demikhov, scientifique soviétique spécialisé dans une discipline qu’il a, sinon inventée, en tout cas fortement développée : la « transplantologie ».

 Coeur d’un animal dans un autre, remplacement des poumons et du coeur, et donc, pour finir, la greffe d’une tête de chiot sur un berger-allemand adulte qu’il réalise pour la première fois en 1954. En 15 ans, Vladou créa près d’une vingtaine de petits monstres qui ne survivaient malheureusement (ou heureusement) jamais très longtemps.

4-Sergei Brukhonenko – Autojektor

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Source photo : insanidadeshumanas

Dans les années 20, le scientifique soviétique Brukhonenko met au point une machine nommée « Autojektor » qui est constituée d’un poumon et d’un cœur artificiels.

Il décapite ensuite des chiens, et attache la tête du toutou à la machine infernale et là miracle, la tête s’agite et répond aux stimuli divers. Ces expériences furent cruciales dans le développement et la perfection des opérations à cœur-ouvert, même s’il a fallu pour cela décapiter des pauvres toutous.

5-Sidney Gottlieb – le Sorcier Noir

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Source photo : madscientistblog

Gottlieb était un psychiatre et chimiste de l’armée américaine qui reçu au cour de sa vie plusieurs surnoms sympas comme le Sorcier Noir ou le Sale Escroc

Sa spécialité, les poisons et le contrôle mental mais aussi la danse folklorique, Sidney aimait s’amuser. Son CV est long comme le bras, le mec était pour les cobayes humains, le lavage de cerveau, ou empoisonner Fidel Castro via un cigare, une veste, des chaussures ou un stylo empoisonné et même un coquillage explosif. Touche-à-tout, il fit des recherches sur le contrôle mental en trépanant des prisonniers, et passa un peu de temps à mettre au point des armes ne détruisant que certaines populations comme les cubains ou les nicaraguayens, sans succès là non plus. Un vrai curieux qui ira même jusqu’à travailler sur le paranormal et la « vision à distance ».

6-Johann Conrad Dippel – l’alchimiste allumé

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photo (creative commons) : wikipedia

Devinez où habitait Dippel, théologien, médecin et alchimiste allemand du XVIIe ? Au château de Frankenstein. Le rapport semble tout fait avec le personnage du roman de Mary Shelley mais rien n’est moins sûr.

 On sait cependant que Dippel ne reculait devant aucune expérience. Il aurait tenté un temps de transvaser une âme d’un corps à un autre (sans résultat, bizarrement), mais s’il est connu aujourd’hui c’est pour avoir inventé un élixir de jouvence, une huile nauséabonde obtenue en partie grâce à des os d’animaux.

Si l’huile n’a pas fonctionné pour son créateur mort en 1734, elle fut quand même utilisée jusqu’à la 2nde Guerre mondiale pour empoisonner des puits et repousser des animaux nuisibles. C’est mieux que rien.

 

7-Harry Harlow – le mal nécessaire ?

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Source photo : famouspsychologists

Pour étudier l’amour et l’importance de la présence d’une mère dans les premiers mois d’un enfant, Harlow décida de séparer dès singes de leur mère dès la naissance en les isolant complètement pendant plusieurs mois dans le « pit of despair », le puits du désespoir.

Ces méthodes cruelles et à l’éthique douteuse qui lui valurent l’ire des défenseurs de la cause animale permirent cependant de sensibiliser l’opinion à l’importance de l’accompagnement lors des premiers stades du développement, ce qui n’était pas chose acquise à l’époque. Mal nécessaire ou cruauté inutile, le débat est encore ouvert.

8-Jack Parsons – fusées et messes noires

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Source photo : wikimedia

Prototype même du savant fou, Jack Parsons est un inventeur, ingénieur et chimiste américain sans qui la conquête spatiale eut été impossible.

Il aurait pu entrer dans l’histoire comme un spécialiste des propulseurs et des fusées mais c’était sans compter son petit penchant pour l’occultisme. Disciple d’Aleister Crowley, il commença à participer à des messes noires, s’essayant même à un rituel avec son pote L. Ron Hubbard pour invoquer la déesse Babalon (sans succès).

Après cela, Hubbard parti fonder le mouvement scientologue et Jack Parsons mourut quand son labo-maison explosa. La police conclut à l’accident mais les emmerdes que Parsons avait eues avec le gouvernement (comme quoi il était un rouge, un coco) ont nourri la thèse de l’assassinat (ou du suicide).

9-Giovanni Aldini – Mister Electric

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Crédits photo (creative commons) : Wikipedia

Son oncle Galvani était un vrai génie. Il avait découvert l’existence d’une électricité animale et des impulsions lancées par le cerveau vers les muscles. Son neveu a décidé d’aller en plus loin en oubliant les grenouilles qui servaient de cobaye pour travailler sur des cadavres humains, notamment celui de George Foster, un meurtrier pendu qu’il « galvanisa » en lui envoyant des chocs électriques. Le cadavre ainsi réanimé marqua les esprits et Aldini rentra dans l’histoire pour avoir fait danser les morts.

10-Stubbins Ffirth – Vomito

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Source photo : kudok

Pas bien méchant le Stubbins, mais un peu zinzin quand même. Alors que la ville où il étudie la médecine, Philadelphie, est ravagée par la fièvre jaune, il émet l’hypothèse qu’elle n’est pas contagieuse et entend bien le prouver.

Il s’expose à des fluides corporels de personnes malades en étalant du vomi contaminé dans ses plaies ou dans ses yeux. Ensuite, il fait frire ce vomi et le respire, sans pour autant tomber malade. Plus sûr de lui que jamais, il s’enduit le corps de sang, de salive et d’urine contaminés, ce qui pour lui est la preuve ultime : la fièvre jaune n’est pas contagieuse. S’il n’avait pas foncièrement tort, la rigueur scientifique de ces expérimentations a été maintes fois remise en causes, certains ajoutant même que c’était « quand même vachement dégueulasse ».