Cultiver autrement: une technique qui fait mouche


En agriculture, le chlorpyrifos est un pesticide qui serait responsable des troubles de comportements chez les enfants. Au Québec, des fermes ont testé une technique provenant aux Pays-Bas. Ils utilisent des mouches mâles stériles qui sont reconnu par une poudre non-toxique pour aller féconder les femelles. L’oeuf n’ayant pas de larve ne détruit pas les oignons. Les pertes sont presqu’inexistantes et les cours d’eau de ces fermes biologiques se portent beaucoup mieux. On a étendu cette méthode sur des radis chinois et autres légumes. Cela démontre qu’il est possible de mieux gérer l’agriculture sans endommager l’environnement.
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Cultiver autrement: une technique qui fait mouche

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Ces mouches recouvertes d’une poudre rose non toxique rendent un fier service aux cultivateurs.

(HEMMINGFORD) Grâce à une créature surprenante, des producteurs d’oignons et de radis chinois ont abandonné l’usage d’un insecticide hautement toxique tout en augmentant le rendement de leurs récoltes.

DAPHNÉ CAMERON
LA PRESSE

MARTIN TREMBLAY
LA PRESSE

Le producteur maraîcher Olivier Barbeau voit la vie en rose… fluo.

« Regarde-moi, j’ai le sourire ! Je n’en ai plus, de problèmes ! », lance le cultivateur de la Montérégie.

Avant 2011, environ 10 % de sa récolte d’oignons verts  était ravagée par les larves de Delia antiqua, que les fermiers surnomment la mouche de l’oignon. « L’enfer », résume-t-il, en pointant sa terre.

Depuis, ses pertes annuelles ont varié de seulement 0,1 % à 1,5 %.

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Le producteur maraîcher Olivier Barbeau a retrouvé le sourire grâce 
à cette approche novatrice.

Avec zéro insecticide. On ne met plus rien !

Olivier Barbeau

Munie d’un sac de papier brun, l’agronome Marie Froment arpente les rangs de son champ d’oignons verts. Entre ses mains, elle tient la clé de ce revirement remarquable, considéré comme l’un des plus grands succès dans l’effort de réduction des pesticides utilisés dans l’agriculture au Québec.

Lorsqu’elle déroule les rebords du sac, près de 10 000 mouches d’un rose flamboyant s’envolent tranquillement. Il ne s’agit pas d’une espèce tropicale rare, mais d’un insecte qui a vu le jour dans un centre d’élevage situé dans le village de Sherrington, à une quinzaine de kilomètres de là.

Ces mouches ne sont pas vraiment roses. Elles ont été recouvertes d’une poudre non toxique pour permettre de les distinguer des populations naturelles.

Mais ce qui compte, ce n’est pas leur couleur, c’est qu’elles sont stériles.

Au stade de pupe, les mouches ont été irradiées grâce à une technique qui consiste à les immerger dans un grand bassin d’eau dans lequel se trouvent des barres de cobalt.

Une fois relâchés, les mâles stériles vont se reproduire avec les femelles sauvages. Elles vont pondre des œufs clairs. Ils ne produiront donc pas de larves, qui raffolent de la sève des oignons verts et des oignons secs, au grand dam des agriculteurs.

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Les mouches d’élevage stériles sont lâchées dans les champs.

Pour combattre ce fléau, Olivier Barbeau utilisait auparavant un pesticide controversé : le Lorsban. L’ingrédient actif de ce produit, le chlorpyrifos, a été classé par le gouvernement du Québec comme l’un des cinq pesticides posant le plus de risques.

Pionnier d’une success story

La ferme familiale d’Olivier Barbeau, Terres maraîchères Barbeau, a fait partie des premières entreprises agricoles à adopter la technique, aujourd’hui pratiquée dans 27 fermes, dont deux en Ontario. Une expérience qu’il décrit comme « un saut dans le vide ».

« La première année où tu fais le virage, c’est l’année où tu trembles. Tu te dis : “OK, on ne met plus de chlorpyrifos, mais est-ce que ça va marcher ? Parce que si ça ne marche pas et que je perds la moitié de mes récoltes, la banque ne sera pas bien contente.” Mais là, ça a marché », souligne-t-il.

Il admet qu’il était plutôt sceptique au départ.

« À l’origine, le programme des mouches roses n’était pas subventionné. Quand tu investis 30 000 $ et que tu ne sais pas si ça va marcher, tu te dis : “Je vais l’essayer au casino. Au moins, je vais avoir du fun” », blague-t-il.

Cet été, près de 26 millions de mouches roses stériles ont été relâchées, principalement dans la région des terres noires de la Montérégie, où poussent plus de 80 % des oignons de la province.

« En tout, il y a plus ou moins 2500 hectares d’oignons secs et verts au Québec. Le projet des mouches roses stériles couvre maintenant autour de 800 hectares. Et une portion de la superficie des 2500 hectares ne vit tout simplement pas la problématique de la mouche de l’oignon », explique la biologiste-entomologiste Anne-Marie Fortier, coordonnatrice de la production et des lâchers de mouches roses au sein du Consortium Prisme.

Fondée en 1982, cette entreprise appartient à une quarantaine de producteurs de l’ouest de la Montérégie. Elle mène de front de la recherche scientifique, de l’accompagnement agronomique et des projets en agroenvironnement.

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La biologiste-entomologiste Anne-Marie Fortier dans une chambre froide de l’usine de production de mouches roses de Sherrington. Sur les plateaux, des œufs de la mouche du chou sont ensemencés sur des tranches de rutabagas. Il y en a environ 3500 par plateau.

Du vert au rose

L’utilisation de mouches stériles existe depuis les années 80 aux Pays-Bas, où les mouches sont recouvertes d’un pigment… vert.

Le Consortium Prisme a décidé d’importer la technique au Québec en 2004. Les premiers essais ont débuté en 2006 sur de très petites superficies. Les lâchers à grande échelle ont commencé en 2011.

« Avant d’utiliser les mouches stériles, plusieurs fermes avaient de gros problèmes. J’ai déjà vu 60 % de dommages dans un seul champ d’oignons », souligne Anne-Marie Fortier. « Il y avait des producteurs qui en étaient rendus à appliquer trois fois la dose de chlorpyrifos pour contrôler les dommages, et ça ne marchait pas. »

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Lorsque la période de relâchement au champ approche, les pupes sont envoyées chez l’entreprise Nordion à Laval pour être irradiées. À leur retour, elles sont enduites d’un pigment rose, semblable à la poudre utilisée lors des événements de course à pied de type « color run ».

Des résultats concrets sur l’environnement

Cette surutilisation s’est fait sentir jusque dans les cours d’eau agricoles. Une campagne d’échantillonnage d’eau du ministère de l’Environnement du Québec menée de 2005 à 2007 a révélé une tendance alarmante : dans le ruisseau avoisinant Gibeault-Delisle, le chlorpyrifos avait été détecté dans l’ensemble des échantillons.

Pire encore, la concentration la plus élevée mesurée dépassait le « critère de vie aquatique chronique » de 628 fois. Cette valeur de référence correspond à la « concentration maximale d’un produit à laquelle les organismes aquatiques peuvent être exposés pendant toute leur vie sans subir d’effets néfastes ».

Pour ce même échantillon, le « critère de vie aquatique aigu », c’est-à-dire la « concentration maximale d’un contaminant à laquelle les organismes aquatiques peuvent être exposés sur une courte période sans subir de mortalité », était dépassé de 81 fois.

Et pour tous les échantillons récoltés dans le ruisseau Gibeault-Delisle entre 2005 et 2007, ces deux critères — chronique et aigu — avaient été dépassés.

Grâce au projet des mouches roses, la santé du ruisseau s’est améliorée de manière spectaculaire. Lors de la campagne d’échantillonnage suivante, en 2013 et 2014, les concentrations moyennes de chlorpyrifos avaient diminué de 93 %.

« Il y a des régions où les producteurs ne vivent pas sur leurs fermes, mais ici, les maisons sont collées sur les fermes. Les producteurs sont conscientisés, ils vivent dans cet environnement, leurs enfants aussi », souligne Mme Fortier.

Réduire les populations sauvages

Chaque mouche rose coûte environ 1,1 cent à produire. Elles sont revendues 1,2 cent. Cette année, Olivier Barbeau a dépensé 26 000 $ pour acheter les insectes.

« Ce que l’on vise, c’est d’avoir un ratio de deux mouches stériles contre une mouche naturelle. À mesure que la population naturelle baisse, d’année en année, on a des taux de lâchers plus bas. Ça coûte de moins en moins cher. »

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) offre désormais des subventions pour épauler les agriculteurs dans leur virage. De 70 % à 90 % des dépenses des agriculteurs peuvent être admissibles, jusqu’à concurrence de 12 000 $ par année.

En tenant compte de la subvention qu’il touche, de la hausse de sa production et du fait qu’il n’a plus à acheter d’insecticide, Olivier Barbeau calcule qu’il atteint le seuil de rentabilité, sans plus.

Un tremplin

Fort de ce succès, le Consortium Prisme a adapté la technique à une espèce différente : la mouche du chou. Une poignée de producteurs de radis chinois ont déjà obtenu d’excellents résultats. À plus long terme, l’équipe du consortium estime que les cultures du radis, du brocoli et du chou-fleur pourraient en bénéficier.

Agronome au Consortium Prisme, Marie Froment, qui accompagne plusieurs producteurs dans cette aventure, a observé que le projet était une grande source de fierté pour les agriculteurs qui y participent.

« Une fois qu’ils sont lancés et qu’ils ont vu les résultats, ils embarquent à fond, dit-elle. Les producteurs avec qui je travaille sont vraiment contents, vraiment satisfaits. Je pense qu’ils ne reviendraient pas en arrière. »

Qu’est-ce que le chlorpyrifos ?

Commercialisé en 1965, le chlorpyrifos est l’un des pesticides les plus vendus au Canada. Cet insecticide à large spectre est utilisé pour lutter contre une kyrielle de ravageurs qui s’attaquent à une cinquantaine de cultures de fruits, de légumes, de céréales, de légumineuses, de noix. Son usage domestique est aujourd’hui proscrit.

Des études sérieuses ont mis au jour une association entre l’exposition prénatale au chlorpyrifos et l’apparition de troubles neurodéveloppementaux durant l’enfance, notamment un QI moindre.

« Scientifiquement, le retrait du produit est justifié », estime Onil Samuel, conseiller scientifique en toxicologie des pesticides à l’Institut national de santé publique du Québec. Le chlorpyrifos agit comme un inhibiteur d’une enzyme qui sert à transmettre des influx nerveux. « Il y aurait un impact sur le développement neurologique des enfants. La portée peut varier. Il y a des études qui semblent avoir montré qu’en plus des problèmes de comportement, il pourrait y avoir des liens avec le TDAH », précise M. Samuel.

Depuis 2018, les producteurs agricoles du Québec doivent obtenir l’autorisation d’un agronome avant d’utiliser la substance. Santé Canada songe aussi à en restreindre l’usage.

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Protéger les fraises sans pesticide, grâce à un ver microscopique


Même si la solution n’est pas parfaite, il est clair qu’un moyen naturel pour lutter contre des insectes ravageurs dans une plantation est mieux qu’utiliser des pesticides. Le charançon de la racine du fraisier, a trouvé un ennemi redoutable pour protéger les plans de fraises au Québec. Reste maintenant, a attendre si c’est assez efficaces pour employer des petits vers microscopiques qui bouffent les larves de charançon

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Protéger les fraises sans pesticide, grâce à un ver microscopique


Une fraise rouge sur un plant.

Les fraises peuvent être protégées contre le charançon grâce à des vers microscopiques appelés nématodes.

PHOTO : RADIO-CANADA / ALEXANDRE DUVAL

Alexandre Duval

Lorsque le charançon s’attaque à un champ de fraises, il peut pratiquement le ruiner. Pour se débarrasser de ce petit insecte vorace, quelques producteurs du Québec ont récemment troqué les pesticides contre un soldat naturel : un ver microscopique appelé « nématode ».

À l’été 2017, le copropriétaire de la Ferme Onésime Pouliot, située à Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans, se demande ce qui peut bien se passer dans son champ de fraises. Les plants sèchent à vue d’œil, malgré une irrigation constante.

« Ça a commencé par des petits secteurs, puis plus la saison avançait, c’était environ 80 % du champ qui était affecté », raconte Daniel Pouliot.

Des charançons de la racine du fraisier adultes avec des larves.

Des charançons de la racine du fraisier adulte avec des larves.

PHOTO : REPRODUITE AVEC LA PERMISSION DE RESSOURCES NATURELLES CANADA, SERVICE CANADIEN DES FORÊTS, 2019

Verdict de l’agronome : le charançon de la racine du fraisier a envahi son champ. Attiré au printemps, cet insecte pond ses œufs dans le sol. Pour grandir, les larves se nourrissent… des racines du fraisier, d’où son nom.

En arrachant les plants, c’est soit que les racines sont mangées, ou qu’il y a des trous à travers la couronne du plant de fraises et c’est une larve qui est en train de manger le plant par l’intérieur. Daniel Pouliot, copropriétaire de la Ferme Onésime Pouliot

M. Pouliot estime avoir perdu au moins 30 % de la production habituelle dans ce champ, cette année-là.

Un champ de fraises avec de jeunes plants à Saint-Jean-de-l'Île-d'Orléans.

Ce champ de fraises de la Ferme Onésime Pouliot a été attaqué par les charançons en 2017.

PHOTO : RADIO-CANADA / ALEXANDRE DUVAL

Pour remédier à la situation, il aurait pu utiliser un pesticide contre les charançons. Or, le seul disponible est un néonicotinoïde, dont les effets néfastes sur les abeilles sont largement documentés.

Il opte plutôt pour une solution naturelle : les nématodes, qui sont de petits vers. À quelques kilomètres de son champ, l’entreprise AEF Global de Lévis commercialise depuis peu de temps une poudre qui contient justement des millions de nématodes.

En guerre contre les larves

À l’œil nu, on le voit à peine. C’est moins d’un millimètre de dimension, illustre l’agronome Claude Dubois, qui travaille chez AEF Global.

Les nématodes sont un véritable cauchemar pour les charançons. Pour tuer leurs larves, les nématodes les colonisent. Ils s’infiltrent littéralement dans leurs corps, puis y relâchent une bactérie qui entraîne la mort des larves, explique M. Dubois.

« Ensuite, ils vont se reproduire et ressortir de la larve par milliers puis aller coloniser d’autres larves autour. C’est vraiment un effet boule de neige qu’on cherche à créer. »

Des nématodes, grossis au microscope

Des nématodes, grossis au microscope

PHOTO : U. WYSS; ENTOFILM

L’efficacité de ces parasites ne s’arrête pas là.

« Celui qu’on utilise, c’est un nématode qui a une stratégie de cruiser [tel un navire de guerre], qu’on appelle. Il va pourchasser les larves dans le sol plutôt que d’attendre qu’elles passent près de lui. »

Autorisés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ces petits vers ont le potentiel d’éradiquer les charançons. Mais peuvent-ils se retrouver dans les fraises que nous consommons? Non, assure M. Dubois.

On peut retourner au champ immédiatement. Il n’y a pas de délai de « réentrée », de délai de commercialisation, de délai de cueillette ou d’opération au champ, donc ça en fait une solution très sécuritaire. Claude Dubois, agronome chez AEF Global


Arrosage annuel

L’utilisation de la solution d’AEF Global est assez simple. Les producteurs de fraises n’ont qu’à diluer la poudre d’argile dans l’eau et arroser leur champ, idéalement par temps pluvieux, pour qu’elle pénètre bien dans le sol.

Coût de l’opération : environ 350 $ l’hectare, soit un peu plus que le coût du pesticide habituellement utilisé contre le charançon de la racine du fraisier.

Mais comme cet envahisseur est attiré chaque année par les fraisiers, un seul arrosage ne garantit pas son éradication. Il faut agir soit de manière préventive, soit chaque fois que le champ montre des signes d’infestation.

Daniel Pouliot ne sait pas encore s’il aura à nouveau besoin de nématodes cette année. Après avoir laissé son champ se reposer l’an dernier, il vient de planter de nouveaux fraisiers, qui offriront leurs premiers fruits l’an prochain.

« C’est cette année qu’on va voir, durant le mois de juillet, s’il y a encore des dégâts ou si ça s’est bien contrôlé. S’il y a quelque chose, à l’automne, je suis encore en mesure de faire une application de nématodes », dit-il.

M. Pouliot sait cependant très bien que le charançon n’est qu’une menace parmi dans d’autres pour sa production de fraises.

Ce n’est pas l’ennemi numéro un, mais quand même, quand il est présent, il peut faire pas mal de dégâts, de passer d’un champ rentable à, au contraire, un champ qui va coûter quelque chose. Daniel Pouliot, copropriétaire de la Ferme Onésime Pouliot

Une solution qui retient l’attention

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) souligne qu’il est difficile de lutter contre le charançon, bien qu’il ne soit pas l’envahisseur dominant chez les producteurs de fraises québécois.

« C’est quand même un ravageur qu’il va y avoir dans les principales régions productrices de fraises et ça va arriver à l’occasion, dans un ou deux champs, qu’il va être détecté », précise Stéphanie Tellier, conseillère en petits fruits et arbres fruitiers.

Le MAPAQ a déjà fait des essais avec certaines variétés nématodes, il y a quelques années, et avait obtenu des résultats mitigés. Mme Tellier indique cependant que le MAPAQ garde un oeil sur le nouveau produit d’AEF Global.

« Dans le programme Prime-Vert, il y a différents financements qu’on fait pour aider les producteurs à être plus « environnemental » et utiliser moins de pesticides […] Ce n’est pas exclu que ce soit éventuellement joint dans le programme Prime-Vert si ça montrait une bonne efficacité. »

L’agronome Claude Dubois estime qu’une trentaine de producteurs de fraises du Québec pourraient opter pour les nématodes cet été.

https://ici.radio-canada.

Dans cette ferme expé­ri­men­tale, les vaches ont le ventre percé par un hublot


Si je ne m’abuse, des vaches à hublot existent aussi aux États-Unis pour l’avoir vu dans une émission. La vache que j’avais vu à la télé, son hublot était plus propre, mais cela reste à à mon avis, de la maltraitance animale, Cette ferme dans la Sarthe, en France est un abomination. Ce n’est pas juste les vaches qui sont soumis à leurs expériences alimentaires, mais aussi d’autres animaux. C’est visiblement de la cruauté envers les animaux

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Dans cette ferme expé­ri­men­tale, les vaches ont le ventre percé par un hublot

 

Crédits : L214

par  Servan Le Janne

Au milieu des champs de Saint-Sympho­rien, dans la Sarthe, les employés de l’en­tre­prise d’ali­men­ta­tion animale Sanders plongent leur main direc­te­ment dans l’es­to­mac des vaches.

Sur les images abomi­nables révé­lées mercredi 19 juin par l’as­so­cia­tion L214, on peut les voir ouvrir un hublot en plas­tique de 15 à 20 cm, fixé à même l’ani­mal, pour faire un prélè­ve­ment. Ces canules servent à étudier la diges­tion, selon Le Monde.

Si les images ont été tour­nées en février et mai 2019, la pratique est ancienne. Elle avait déjà fait l’objet d’un docu­men­taire appelé Sauver le bœuf en 1970, dans lequel il était ques­tion de « recherches sur l’op­ti­mi­sa­tion de l’en­grais­se­ment des bœufs menées sur des cobayes fistu­lés (vaches à hublot) ». À l’Ins­ti­tut natio­nal de la recherche agro­no­mique (INRA), où cette pratique avait cours, une tren­taine de bovins sont encore soumis au trai­te­ment. On sait main­te­nant que des groupes privés recourent à cette « muti­la­tion », pour reprendre le mot de L214.

Source : Le Monde

https://www.ulyces.co/

Des scientifiques veulent remplacer les pesticides par des microbes


En fait, ce n’est pas de nouveaux microbes que l’industrie Indigo Agriculture veut ajouter aux plantes, mais plutôt remettre des microbes disparus par l’usage déraisonnable des pesticides. Il semble qu’après l’avoir essayé sur du coton le rendement a augmenter de 14 %. Ils espèrent pouvoir balayer Monsanto et compagnie pour une agriculture bio
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Des scientifiques veulent remplacer les pesticides par des microbes

 

 

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Des pesticides sur un champ de patates | Pesticidewise via Youtube License by

Repéré par Aurélie Rodrigues—

Ils pourraient révolutionner le secteur agricole mondial

 

Indigo Agriculture, une entreprise spécialisée dans les biosciences, pourrait bien être en train de révolutionner l’agriculture mondiale. Les agronomes de cette start-up ont trouvé le moyen d’utiliser des microbes pour remplacer les pesticides.

Les créateurs d’Indigo Agriculture se sont inspirés des recherches sur le microbiote humain pour déterminer l’importance des micro-organismes dans la santé des plantes. Le but est de réintroduire des microbes disparus dans les plantes à cause de l’usage excessif de pesticides.

Bloomberg explique que la méthode employée par les agronomes consiste à prendre des échantillons de plantes saines et non traitées et de créer une empreinte de leur microbiote grâce au séquençage génétique. Ils analysent ensuite les données recueillies et déterminent quels microbes sont en plus grand nombre sur les plantes en bonne santé. Au Texas, la méthode Indigo a permis d’augmenter le rendement de 14% des champs de coton.

Les recherches de l’entreprise se portent sur la capacité de résistance des microbes aux engrais azotés et aux vermines. Ainsi, à long terme, Indigo Agriculture cherche à limiter ou même éliminer l’utilisation des pesticides et engrais synthétiques grâce à ses supermicrobes.

Exit Monsanto et Dow Chemical, hello Indigo

D’après Bloomberg, la tendance est au bio: les consommateurs rejettent de plus en plus les pesticides et les OGM. Selon un sondage publié en 2017 par l’ONG environnementale WWF, 70% des Français ont changé d’habitudes de consommation pour se diriger vers des produits plus responsables, ou envisagent de le faire.

D’autre part, la méfiance envers les géants de l’agrochimie comme Monsanto –souvent qualifiéed’entreprise «la plus détestée au monde»– ne fait qu’accroître, notamment à cause du scandale de «l’agent orange» et du glyphosate, l’agent actif dans bon nombre de pesticides classés comme un cancérogènes probablespour l’homme par l’OMS.

David Perry, le directeur général de l’entreprise Indigo, souhaite remodeler complètement la structure du secteur agricole actuel: non seulement pour concurrencer les géants de l’agrochimie comme Monsanto et Dow Chemical mais aussi les distributeurs agricoles comme Cargill et Archer Daniels Midland. L’entreprise s’ouvre donc potentiellement à un marché de plusieurs milliards de dollars.

Depuis 2016, Indigo Agriculture propose du coton avec une meilleure résistance à la sécheresse –une menace grandissante due au réchauffement climatique. Consciente du risque pour les agriculteurs qui tenteraient l’aventure Indigo, l’entreprise du Massachusetts propose d’acheter directement les récoltes aux producteurs –et se charge ensuite de la revente.

Malgré tout, le succès d’Indigo Agriculture dépendra des recherches qui démontreront si les microbes peuvent vraiment remplacer les pesticides. Pour Michael Dean, directeur des investissements à AgFunder, le plus grand défi sera de réussir à convaincre les agriculteurs de couper le cordon avec Monsanto et les autres entreprises d’agrochimie.

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Quand les feuilles refusent de tomber


Nous avons eu un automne assez particulier cette année, les couleurs au début étaient assez terne à ce que nous sommes habitués. Et les feuilles ont vraiment tardé pour tombées. À certains endroits, des arbres ont encore leurs feuilles mêmes si elles ont connu des périodes de gels. Les conséquences, peut-être le printemps sera moins feuillus, des arbres fruitiers porteront moins de fruits … En fait, c’est seulement au printemps qu’on aura les réponses
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Quand les feuilles refusent de tomber

 

Début de décembre inhabituel dans l'île Sainte-Hélène. Comme... (Photo François Roy, La Presse)

Début de décembre inhabituel dans l’île Sainte-Hélène. Comme c’est le cas à divers endroits dans la grande région métropolitaine, de nombreux arbres sont encore entièrement couverts de feuilles.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

 

PIERRE GINGRAS
La Presse

De nombreux arbres de la grande région métropolitaine sont toujours couverts de leurs feuilles. Elles devraient pourtant être tombées depuis des semaines. Séchées, recroquevillées, elles restent accrochées aux branches en dépit du gel, de la neige et du vent. Phénomène rare, beaucoup n’ont même pas changé de couleur au cours de l’automne.

Explications.

UN AUTOMNE EXCEPTIONNEL

Le beau temps, les températures très douces et l’absence de gel important au cours de l’automne dans la grande région métropolitaine ont eu un effet insoupçonné sur une multitude d’arbres et arbustes.

Les feuilles n’ont pas changé de couleur ou ont carrément « oublié » de tomber. On a même vu parfois des fleurs apparaître sur des lilas ou des pommetiers, comme au Jardin botanique, ou encore des bourgeons floraux sur le point d’ouvrir. Puis, du 9 au 10 novembre, la température est passée de 9 °C à -9 °C. Les feuilles ont gelé. Non seulement elles ne sont pas tombées, mais, étrangement, elles persistent à s’accrocher solidement aux branches.

UN MYSTÈRE NON RÉSOLU

Beaucoup d’espèces ornementales originaires d’Europe ou d’Asie perdent normalement leurs feuilles tardivement, souvent au début de novembre, n’étant pas totalement adaptées à notre climat. C’est le cas de l’érable rouge de Norvège, des lilas ou du nerprun, trois espèces très répandues chez nous. D’autres, comme le chêne fastigié d’Europe, très populaire à Montréal, conservent leurs feuilles fanées tout l’hiver. Par contre, le phénomène actuel touche aussi de nombreuses espèces indigènes, comme certains bouleaux, chênes ou tilleuls.

« C’est inusité. Le hic, c’est qu’on ne sait pas vraiment pourquoi cette année ces feuilles restent attachées aux branches », indique Alain Cogliastro, chercheur en écologie forestière et botaniste au Jardin botanique.

UN CYCLE ININTERROMPU

En automne, lors du changement de coloration, la feuille cède progressivement ses réserves restantes pour les fixer à la branche en vue du prochain printemps. Il y a alors formation d’un bouchon au point d’attache de la tige qui entraîne la chute de la feuille. Il semble que ce phénomène ne s’est pas produit cette saison en raison des conditions météorologiques douces, explique Alain Cogliastro. Ce qui pourrait expliquer aussi pourquoi les feuilles sont si tenaces aux branches, même si elles devraient évidemment tomber au cours des prochains mois.

« Manifestement, le climat n’a pas fini de nous surprendre », dit-il.

LES CONSÉQUENCES PRÉVISIBLES

Si l’adaptation progressive des arbres et des plantes à l’hiver (aoûtement) ne s’est pas faite normalement, les tissus tendres de l’extrémité des branches risquent de geler au cours de l’hiver. Les bourgeons qui ont produit des fleurs n’en produiront plus au printemps et ceux qui se sont gorgés d’eau risquent aussi de geler, ce qui pourrait entraver partiellement la floraison de certains arbres ornementaux et la production des arbres fruitiers. Cette situation, pas plus d’ailleurs que la chute particulièrement tardive des feuilles, ne devraient pas nuire à la santé des arbres. Les variétés ornementales plus fragiles pourraient cependant souffrir davantage.

CHEZ LES PÉPINIÉRISTES

En production commerciale, un automne clément présente un défi particulier. Début novembre, arbres, arbuste et vivaces sont couchés ou déposés sur le sol et recouverts de toiles isolantes pour être maintenus à une température constante jusqu’au printemps. Or cette année, l’opération s’est déroulée un peu trop tôt par rapport à l’activité biologique des végétaux, notamment parce que la main-d’oeuvre étrangère devait partir à date fixe. Les plantes étaient souvent couvertes de feuilles lors de l’entreposage et la température était élevée, conditions très propices à l’apparition de maladies, explique Marc Légaré, conseiller en pépinière à l’Institut québécois du développement de l’horticulture ornementale.

ATTENTION AU GAZON !

Ce n’est qu’au printemps prochain que l’on pourra mesurer les répercussions de l’automne sur nos arbres, si répercussions il y a. Même situation en pépinière et dans les centres de jardinage. L’agronome Claude Gélinas, de Varennes, conseille par ailleurs d’éviter que les feuilles ne s’accumulent sur le gazon, et de profiter des périodes de beau temps pour les éliminer ou de passer la tondeuse pour les déchiqueter. Elles peuvent faire pourrir la pelouse, dit-il. Les feuilles porteuses de maladies comme la tache goudronneuse de l’érable devraient aussi être éliminées, sans quoi les spores maléfiques se disperseront dès les premiers jours du printemps.

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La banane, un fruit en sursis


Un champignon attaque les bananiers, dans les pays producteurs seul l’Amérique Latine est épargnée pour le moment. Au fait, ce champignon a déjà fait des ravages de coin du monde et c’était presque la fin pour les producteurs jusqu’une nouvelle banane, soit sur le marché résistant à ce champignon. Les bananes Cavendish, sauf que comme toutes maladies peuvent évoluer le danger de perdre des plantations n’est pas écarté
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La banane, un fruit en sursis

 

Un homme marchant entre les rangs de bananiers transporte sur son épaule un régime de bananes destiné à la vente.

Un ouvrier dans une plantation de bananes au Costa Rica Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

Un champignon microscopique fait trembler l’industrie bananière. La maladie qu’il provoque, la fusariose, incurable, ravage des plantations en Asie et en Afrique. En Amérique latine, les agriculteurs mettent en place des mesures pour s’en prémunir. Dans leurs laboratoires, les chercheurs, eux, tentent de trouver des solutions pour sauver l’industrie bananière, véritable géant aux pieds d’argile.

Un texte de Gaëlle Lussiaà-Berdou, de La semaine verte

Le champignon responsable de la fusariose – qui détruit les bananiers mais n’influe pas sur la santé humaine – a été découvert en Asie dans les années 90. Depuis, il s’est répandu jusqu’à atteindre l’Afrique et le Moyen-Orient, en 2014. En chemin, il a ravagé plusieurs plantations et a rendu certaines terres impropres à la culture bananière, puisqu’il peut subsister dans les sols pendant des décennies.

Pour le moment, l’Amérique latine, qui produit la plus grande partie des bananes de la planète, est épargnée. Mais l’inquiétude grandit. Le Costa Rica, par exemple, exporte près de 2 millions de tonnes de bananes par an, et 140 000 emplois directs et indirects seraient menacés si la maladie se déclarait.

La femme tient dans sa main droite un boyau d'arrosage muni d'un pistolet et s'apprête à asperger un régime de bananes suspendu au plafond de l'usine.

Une travailleuse agricole au Costa Rica procède au nettoyage de régimes de bananes destinés à la vente. Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

Corbana, une association nationale qui aide les producteurs à améliorer leurs pratiques, a mis en place une série de mesures pour éviter l’arrivée du champignon. On sensibilise les voyageurs qui pourraient ramener le champignon au pays. Dans les plantations, on tient des registres des visiteurs et on vérifie s’ils sont passés par des zones potentiellement contaminées. La décontamination est obligatoire avant d’entrer dans les champs. Les travailleurs sont informés des symptômes à surveiller.

On observe une décoloration des tissus vasculaires du bananier. Au lieu d'être blanc, l'intérieur est tacheté de jaune et de brun.

Coupe transversale d’un bananier infecté par le champignon qui cause la fusariose. Au lieu d’être blanc, l’intérieur est tacheté de jaune et de brun. Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

« Une fois qu’il est présent dans le sol, le champignon est quasiment impossible à déloger avec des produits chimiques ou des moyens naturels », explique Leonardo Perez, agronome chez Corbana, pour justifier ces mesures.

Une grande part de notre économie agricole est basée sur l’exportation de bananes. Si la maladie arrive au Costa Rica, les effets pourraient être énormes, d’un point de vue autant économique que social.

Rafael Segura, chercheur chez Corbana

Préoccupation mondiale

En 2014, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sonnait déjà l’alarme.

« Une maladie qui affecte les bananes s’attaque à une importante source de nourriture, de revenus et d’emplois dans beaucoup de pays tropicaux », rappelait alors l’agence.

Quelque 400 millions de personnes dépendent en effet de cette culture vivrière, la huitième en importance sur la planète.

On voit dans l'usine des grands bacs remplis d'eau où sont placées les bananes vertes. Les travailleuses les trient. Un femme vêtue de gants et d'un sarrau prend un régime dans sa main.

Des travailleuses au Costa Rica préparent des bananes destinées à la vente. Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

La FAO vient d’ailleurs de demander 120 millions de dollars pour lutter contre la maladie, en ciblant 67 pays et en mettant en place des mesures pour éviter sa propagation.

Au Costa Rica, on comprend la gravité de la menace. Et pour cause : il y a près d’un siècle, une autre souche du même champignon avait quasiment mis les producteurs à genoux. La race 1 de la fusariose, qu’on appelait la maladie de Panama, avait peu à peu détruit les plantations mondiales de la principale variété de bananes cultivée à l’époque, la Gros Michel. Les champs avaient dû être abandonnés les uns après les autres.

L’industrie doit son salut à une autre variété de bananes découverte à l’époque, la Cavendish, résistante à la race 1 de la fusariose. La Cavendish occupe aujourd’hui la quasi-totalité du marché international des bananes. C’est elle qu’on retrouve dans nos supermarchés. Sauf que cette variété se montre à son tour vulnérable à une autre souche du champignon responsable de la fusariose, la race tropicale 4 (TR4).

Les recherches en laboratoire

L’industrie bananière repose sur une monoculture de plants produits en laboratoire, souvent à des milliers de kilomètres des plantations. Comme dans la région de Montpellier, en France, où 3 millions de bébés bananiers sont produits chaque année dans les locaux de l’entreprise Vitropic, pour être ensuite distribués aux quatre coins de la planète.

On voit en gros plan de jeunes plants de bananiers qui émergent de terre dans des godets.

Des pousses de bananiers Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

Cette façon de faire permet un meilleur contrôle des maladies, les plants étant certifiés sains avant leur exportation. Mais l’uniformité de ces clones les rend aussi très vulnérables une fois mis en champ. Des maladies comme la TR4, mais d’autres aussi, dont le virus bunchy top qui affaiblit les bananiers et les empêche de produire des fruits.

Une maladie « aussi grave » que la TR4, selon l’agronome Thierry Lescot.

Avec ses collègues du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), établi à Montpellier, M. Lescot cherche des solutions pour sauver les bananes. Des généticiens tentent par exemple de créer de nouvelles variétés de bananiers résistantes. La tâche est colossale, car le bananier commercial, contrairement à certaines variétés sauvages, est quasiment stérile. Il ne produit à peu près pas de pollen ni de graines, ce qui rend les croisements très difficiles.

« J’ai commencé à travailler sur le bananier en 1982, et ce n’est que 25 ans plus tard qu’on a pu obtenir le fruit de cet investissement initial », illustre le responsable du projet, Frédéric Bakry.

Gros plan sur des manipulations en laboratoire.

Un employé de l’entreprise Vitropic prépare des clones de bananiers. Photo : Radio-Canada/Jean-François Michaud

M. Bakry fait référence à deux hybrides qui se sont récemment montrés résistants à la race 4 de la fusariose. Mais ces nouvelles variétés sont trop différentes de notre fameuse Cavendish pour espérer la remplacer. Car l’industrie bananière est exigeante. La banane qui pourra déloger sa favorite devra non seulement résister aux maladies, mais aussi avoir un goût, une texture et une productivité similaires à ceux de la Cavendish, résister au long transport en bateau, mûrir à la bonne vitesse… Bref, on est encore loin d’avoir trouvé la panacée.

« On y travaille, mais on n’a pas de solution immédiate », se désole Thierry Lescot, qui ajoute du même souffle que les consommateurs devront peut-être eux aussi revoir leurs exigences vis-à-vis de la banane, notamment en ce qui concerne son faible prix…

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Le liseron, une fleur dont les graines pourraient être semées dans l’espace ?


Va-t-on faire pousser des plantes dans l’espace, un jour ? Certaines plantes seraient de bonnes candidates, mais pas toutes. Car les graines doivent supporter des températures extrêmes et de forts rayons UV, mais aussi qu’elle puisse grandir sur un terrain propice
Nuage

 

Le liseron, une fleur dont les graines pourraient être semées dans l’espace ?

 

Plantes dans l'espace

Ces liserons (et leurs cousines les « belles-de-jour ») sont connues par les botanistes pour l’étonnante longévité de leurs graines dans le sol… qui pourrait en faire les fleurs les plus susceptibles de voyager dans l’espace.

ANDREW BUTKO

Sarah Sermondadaz

Journaliste

Des graines de fleurs, parmi lesquelles liseron (Convolvulus arvensis), plant de tabac (Nicotiana tabacum) et arabette des dames (Arabidopsis thaliana), semblent pouvoir survivre à plusieurs mois de vide spatial. De quoi relancer le débat sur les origines de la vie.

ASTROBIOLOGIE. L’image de graines de pissenlit s’envolant au vent en quête de nouveaux territoires à conquérir est bien connue. Mais pourraient-elles survivre jusque dans le vide spatial, soumises à des conditions de température extrêmes, bien loin de l’atmosphère terrestre qui protège des rayonnements ionisants agressifs? C’est l’hypothèse sérieusement étudiée par l’Institut national de recherche agronomique (INRA), consécutive à des expériences menées sur la Station spatiale internationale (ISS). L’enjeu : déterminer si après un séjour d’un à deux ans dans le vide spatial (et l’exposition aux radiations cosmiques qui va avec), des graines de fleurs étaient encore capable de pousser. Et pour trois espèces (le liseron des champs, le plant de tabac et l’arabette des dames)... la réponse est oui ! Le premier pourrait même survivre à un trajet Mars-Terre. Les résultats ont été publiés dans la revue Astrobiology.

Espace : des conditions extrêmes

L’étude s’appuie sur deux expériences précédentes réalisées entre 2007 et 2009 dans la Station spatiale internationale (ISS) sur le module spatial EXPOSE, dédié à l’astrobiologie. Elles portaient sur la résistance de graines de plant de tabac (Nicotiana tabacum) et d’arabettes (Arabidopsis thaliana) au vide spatial, qui ont alors montré une longévité prometteuse de 558 à 682 jours dans le vide spatial, hors de la station.

« Sur l’expérience de l’ISS en 2009, diverses molécules organiques exposées aux radiations dans l’espace ont reçu des doses d’UV s’élevant jusqu’à 1030 MJ/m² » et 296 mGy pour les rayons gamma », écrivent-ils.

Des rayonnements agressifs auxquels s’ajoutent des températures extrêmes : de -25 à 61°C le long de l’orbite basse de l’ISS. Malgré ce traitement de choc, une fois de retour sur Terre, 23% des échantillons ont été capables de germer et de donner lieu à une descendance ! Une vigueur qui s’explique par la redondance du code génétique entre les différents jeux de chromosomes, le tabac étant par exemple une espèce tétraploïde (à 4 exemplaires de chaque chromosomes), lorsque les cellules humaines sont diploïdes (chromosomes uniquement présents par paires).

Précieux flavonoïdes

La démarche de David Tepfer de l’INRA et de Sydney Leach de l’Observatoire de Paris : échafauder des hypothèses explicatives… mais aussi sélectionner de nouvelles plantes candidates au voyage sidéral. Pour survivre aux rayonnements spatiaux, ce sont les flavonoïdes (métabolites secondaires propres aux cellules des plantes, qui donnent notamment aux fleurs leur coloration) contenus dans la graine qui font la différence.

« Ces composés sont essentiels pour la résistance aux rayons UV, même s’ils ne protègent pas entièrement des rayons spatiaux », affirment-ils.

BOUCLIER. L’idée des chercheurs : les graines emportées dans l’espace en 2009 étant de petite taille, qu’en serait-il de la résistance aux UV de graines plus grosses – comme celles du liseron des champs -, abritant plus de réserves organiques… et donc plus de flavonoïdes ? Pour le savoir, ils ont comparé (au sol) l’effet des UV sur des grains de liseron, de tabac et d’arabette. Verdict ?

« Le liseron a bien mieux résisté à des doses qui ont tué les deux autres fleurs dans l’espace, observent les auteurs, avant de conclure que ce type de plantes devait être intégré aux prochaines expérimentations spatiales. 

Des graines à semer dans l’espace ?

De quoi relancer en tout cas la thèse de la panspermie, théorie selon laquelle la vie serait apparue sur Terre par l’extérieur, depuis des corps rocheux comme des comètes… (une théorie aujourd’hui qui reste aujourd’hui hautement spéculative). Quant à savoir si à l’inverse les voyages spatiaux disséminent des agents biologiques venus de la Terre ailleurs dans l’Espace… La question se pose déjà, par exemple avec l’export de bactéries terriennes sur mars via Curiosity. Encore faut-il que les graines, spores ou autres bactéries y trouvent une terre d’accueil hospitalière pour y croître et prospérer. À défaut de déjà voyager dans l’espace, les graines de certaines fleurs de la famille du liseron sont en tout cas parfois consommées (une expérience dangereuse que nous vous dissuadons de réaliser chez vous) pour leurs propriétés… hallucinogènes, de par leur haute teneur en acide lysergique (LSA), molécule cousine du LSD. Un autre genre d’invitation au voyage.

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