Le Saviez-Vous ► L’étrange disparition qui fit d’Agatha Christie une superstar


Agatha Christie est une grande romancière. Si sa carrière est devenue florissante, on ne peut pas dire que sa vie personnelle n’a connu le même succès. La romancière a disparu plusieurs jours. Personne ne sait vraiment pourquoi.
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L’étrange disparition qui fit d’Agatha Christie une superstar

 

Agatha Christie jeune | via Wiki media CC License by II Agatha Christie plus âgée | via Wiki media CC License by

Agatha Christie jeune | via Wiki media CC License by II Agatha Christie plus âgée | via Wiki media CC License by

Elise Costa

Jusqu’où une personne acculée par le chagrin peut-elle se rendre pour apaiser sa douleur? Certains videraient les verres d’alcool. D’autres se refuseraient à l’inaction et trouveraient un exutoire dans la fureur. Quelques-uns, enfin, pourraient se réfugier dans une folie passagère. C’est peut-être bien ce qu’a connu Agatha Christie entre le 3 et le 14 décembre 1926. Quoique, il ne s’agit que d’une hypothèse. Ce qu’il s’est passé durant les onze jours de sa disparition, elle l’a emporté dans sa tombe. Retour sur ce fait divers qui a marqué l’Angleterre.

Slate.fr vous propose tout l’été des histoires mystérieuses impliquant de grands écrivains. Pour ce premier volet: Agatha Christie.

En 1926, Agatha Christie vient de publier son sixième roman, Le Meurtre de Roger Ackroyd. Elle a la cote dans les librairies britanniques, quoique sa popularité n’atteigne pas encore des sommets. Et pendant que sa carrière décolle, son cœur prend l’eau: son mari, Archibald, souhaite divorcer pour épouser sa maîtresse. Il lui reproche de préférer ses livres à leur couple et à leur fille, Rosalind. Agatha Christie vient de perdre sa mère. Il dit ne pouvoir supporter de vivre avec des gens malheureux. Le départ de son mari, dont elle est très éprise, finit de l’achever.

Le vendredi 3 décembre au soir, elle embrasse Rosalind –qui a alors 7 ans– et laisse une lettre à sa secrétaire lui demandant d’annuler ses rendez-vous. Elle prend alors le volant de sa Morris Cowley et quitte sa demeure du Berkshire en pleine nuit. Au petit matin, elle n’est toujours pas réapparue et ses draps sont froids.

Sa voiture est identifiée au bord de l’étang sombre de Silent Pool, les phares allumés, sans qu’il n’y ait vraiment de trace d’accident. À l’intérieur, la police retrouve ses affaires personnelles, son manteau en fourrure et son permis de conduire périmé. Plus loin, le poudrier de sa mère. Les journaux s’emparent de l’histoire. S’agit-il d’un suicide? d’un kidnapping? d’un meurtre commandité par Archibald Christie? Dans ce dernier cas, le crime serait parfait: malgré des aéroplanes survolant la zone (une première à l’époque), les chiens, le drainage de l’étang, une battue de 1.000 policiers, suivie d’une autre de 15.000 volontaires, son corps reste introuvable. Qu’est-il arrivé à Agatha Christie?

La presse crée divers photomontages à partir de son portrait: voici à quoi la mère d’Hercule Poirot ressemblerait avec un chapeau, avec des lunettes, les cheveux courts.

Après tout, Agatha Christie adore se déguiser. Les journaux ne vont pas jusqu’à la grimer d’une moustache, mais un témoin prétend l’avoir vue habillée en homme. Un autre pense l’avoir aperçue chez Harrods, à Londres. Deux collègues auteurs de polars participent à leur manière aux recherches: Dorothy L. Sayers visite les lieux de sa disparition, Sir Conan Doyle confie un de ses gants à un médium, qui affirme qu’elle est vivante et qu’elle ne va pas tarder à se montrer. En attendant, le pays se passionne pour l’affaire et 100 livres sterling sont promis en récompense de toute information sérieuse.

Fugue dissociative?

Le 14 décembre 1926, le monde est toujours sans nouvelle d’Agatha Christie. À Harrogate, une ville charmante du nord de l’Angleterre, un groupe de jazz entre au Swan Hydropathic Hotel pour donner un concert. Le saxophoniste (ou le batteur, selon les versions) reconnaît l’écrivaine. Quand son mari vient la chercher, Agatha Christie ne le reconnaît pas. Les enquêteurs découvrent qu’elle est enregistrée sous le nom de Theresa Neele. Le même nom que la maîtresse d’Archibald. Elle remonte dans sa chambre payée cash, essaie plusieurs robes afin d’en choisir une qui lui convienne, et redescend dans le hall. Puis, au bras de son mari, elle rentre chez elle sans adresser un mot à personne.

Jamais Agatha Christie ne parlera de sa disparition. Pas même à Rosalind.

Interrogée sur le sujet des années après, elle dira bien avoir enregistré, pour son autobiographie, un chapitre consacré à cette escapade sur son magnétophone. Que, malheureusement, les bandes étaient inaudibles. Et que de toute façon, eh bien, elle a des problèmes de mémoire.

Les théories sur le sujet se comptent sur les doigts de la main. Ou bien Agatha Christie voulut donner une leçon à son mari (ce que la famille a toujours démenti). Ou bien elle fut atteinte de fugue dissociative, sorte d’amnésie temporaire causée par le stress, la dépression. Les plus cyniques y virent un formidable coup de pub: car à la suite de sa disparition dans la nuit brumeuse et des gros titres des journaux, Agatha Christie atteignit son rang d’écrivaine superstar. Aujourd’hui, la reine du polar a dépassé les 350 millions d’exemplaires vendus à travers le monde.

Son histoire a inspiré, entre autres, Alfred Hitchcock (pour le film The Lady Vanishes) et Gillian Flynn (pour son best-seller Les Apparences). Dans ses romans, il est parfois question de femmes trompées et vengeresses. Cela suffit-il à donner une réponse? En 1923, dans «La Disparition de M. Davenheim», Hercule Poirot explique:

«Il existe [plusieurs] catégories de disparition. Dans la première, la plus courante, se rangent les disparitions volontaires. Dans la seconde, les cas d’amnésie dont on abuse beaucoup: peu fréquents, il arrive quand même de temps à autres qu’il y en ait d’authentiques.»

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Il existe une formule mathématique pour trouver les meurtriers des romans d’Agatha Christie


Ceux qui ont la tête des maths pourront essayer de découvrir le ou les meurtriers dans un roman d’Agatha Christie. Il semblerait, en effet, que l’auteur suit une certaine logique dans la création de ses livres
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Il existe une formule mathématique pour trouver les meurtriers des romans d’Agatha Christie

 

Image extraite de la série «Hercule Poirot», inspirée des romans d'Agatha Christie. Via <a href="http://www.allocine.fr/series/ficheserie-501/photos/detail/?cmediafile=20493723">Allociné</a>.

Image extraite de la série «Hercule Poirot», inspirée des romans d’Agatha Christie. Via Allociné.

Repéré par Vincent Manilève

Le lieu du crime, les véhicules utilisés et le modus operandi sont des éléments-clefs.

Alors que l’on s’apprête à célébrer les 125 ans de la naissance d’Agatha Christie, la reine des romans policiers, une équipe d’expert a essayé répondre à la question qui obsède des millions de lecteurs: qui est le meurtrier?

Le Guardian explique que la chaîne de télévision Drama a lancé une étude sur vingt-sept des quatre-vingt-trois romans publiés par la prolifique écrivaine, avec notamment Le crime de l’Orient-Express ou Mort sur le Nil. Dominique Jeannerod, de la Queen University, à Belfast, a expliqué son travail au journal anglais:

«Nous avons rassemblé des données incluant le nombre de mentions de coupables par chapitre, une “analyse de sentiment” des mentions des coupables, les mentions des transports et plusieurs références croisées avec d’autres concepts-clefs du roman.»

Et il semble qu’Agatha Christie suive un modèle bien défini, notamment sur le sexe de l’assassin, ses motivations et la cause de la mort de sa victime. Il semblerait également que, si le coupable est une femme, la description qui en sera faite est plutôt négative, alors qu’elle sera neutre ou positive quand il s’agit d’un homme. Un brin de sexisme dans les romans d’Agatha Christie?

Modélisation

Tout le raisonnement des responsables de l’étude tourne d’ailleurs autour du sexe du tueur.

«Par exemple, explique le Guardian, ils ont trouvé que, si la victime a été étranglée, le tueur a plus de chances d’être un homme (ou un homme aidé par une femme complice), alors que, si l’histoire prend place à la campagne, ce qui n’est pas rare pour une nouvelle d’Agatha Christie, il y a 75% de chances que le tueur soit une femme.»

Il faut également regarder avec attention le lien qui unit les suspects au tueur et les mentions du type de transport utilisé.

75%

La probabilité que le meurtrier soit une meurtrière si l’histoire se déroule à la campagne

Deux formules ont même été mises en place pour modéliser leur raisonnement. En voici une, pour le moins complexe:

k: identité du tueur

l: type de langage utilisé à l’égard du tueur

n: nombre de mentions par nouveau roman (au fil des années)

s: lieu de l’intrigue

m: homme

f: femme

(via The Guardian)

Vous avez désormais le choix quand vous ouvrez un livre d’Agatha Christie: vous ronger les ongles jusqu’au dénouement final, ou utiliser ces nouveaux éléments d’analyse pour coiffer au poteau Hercule Poirot. 

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