Quand les gâteries au pot envoient des personnes âgées aux urgences


Il semble avoir une augmentation d’enfant intoxiqué par le cannabis, bien avant que ce soit rendu légal, même en France, on note aussi une augmentation alors qu’eux le cannabis est toujours illégal. Ce que je trouve inquiétant, c’est qu’on ne fait pas juste fumer du cannabis, on en fait même des biscuits, bonbons et autres, et c’est d’autant plus dangereux pour l’intoxication des enfants et des personnes âgées.
Nuage

 

Quand les gâteries au pot envoient des personnes âgées aux urgences

 

Typiquement, un joint fumé ou vapoté mettra quelques... (Photo Chris Carlson, ARCHIVES AP)

Typiquement, un joint fumé ou vapoté mettra quelques minutes avant de faire sentir ses effets, alors qu’un produit consommé peut mettre de 45 minutes à deux heures avant d’être assimilé par le système digestif.

PHOTO CHRIS CARLSON, ARCHIVES AP

TRISTAN PÉLOQUIN
La Presse

Les médecins appellent la population à faire preuve de prudence lorsqu’elle consomme des produits comestibles  du cannabis. En plus de faire effet plus lentement (ce qui peut amener les gens à en consommer davantage), les gâteries  au pot peuvent aussi être consommées par inadvertance, comme l’ont découvert deux personnes âgées qui se sont  récemment retrouvées aux urgences de l’hôpital de Hawkesbury.

L’hôpital de Hawkesbury, à la frontière du Québec et de l’Ontario, a été aux prises avec une situation troublante quelques jours après la légalisation du cannabis. À quelques jours d’intervalle, deux personnes âgées sont arrivées à ses urgences dans un état plus que second après avoir consommé par inadvertance des gâteries au pot.

« Dans un des cas, nous sommes restés dans le noir total pendant des heures. Nous pensions que la dame, âgée d’environ 80 ans, subissait une hémorragie au cerveau. Elle était dans un état d’inconscience proche du coma, au point où nous avons dû la mettre sur support respiratoire tant sa respiration était faible », raconte la Dre Julie Maranda, médecin en chef de l’hôpital, qui a participé à l’intervention.

Les membres de sa famille n’avaient aucune idée de ce qui lui arrivait. Après quelques heures de tâtonnements et de doutes, les urgentologues de l’hôpital ont décidé de lui faire passer une analyse toxicologique. 

« Nous ne pensions pas nécessairement au cannabis. Ça aurait pu être n’importe quel autre médicament, comme des opioïdes, mais les résultats d’analyse ont montré qu’elle avait du THC dans le sang. » – La Dre Julie Maranda, médecin en chef de l’hôpital de Hawkesbury

Après avoir mené une enquête, l’hôpital a conclu avec la famille de la dame que le biscuit qu’elle avait consommé appartenait à son petit-fils

« C’est un adolescent qui entreposait ses biscuits dans le congélateur de sa grand-mère pour les cacher de ses parents, sans s’attendre au fait qu’elle les trouverait ou les consommerait », précise l’urgentologue Alain-Rémi Lajeunesse.

L’autre événement concerne un homme de 70 ans qui a mangé un muffin au pot, aussi par inadvertance

Mais dans ce cas, « ses proches ont vite eu un doute que ça pouvait être du cannabis », indique la Dre Maranda. Les deux cas ont néanmoins « nécessité des investigations [qui ont coûté] quelques milliers de dollars aux contribuables » avant que la cause de l’intoxication ne soit déterminée, précise le Dr Lajeunesse.

PRUDENCE AVEC LES PRODUITS COMESTIBLES AU CANNABIS

Interdits à la vente pour le moment, les produits comestibles au cannabis sont très facilement accessibles sur l’internet, où plusieurs sites canadiens du marché noir en vendent sous forme de jujubes, de bonbons, de brownies et d’autres gâteries sucrées. Il est aussi possible de les concocter à la maison en toute légalité avec du cannabis acheté à la Société québécoise du cannabis.

Mais les médecins appellent à la plus grande prudence en ce qui concerne leur consommation, particulièrement là où on trouve des personnes vulnérables, comme les enfants et les aînés.

« La littérature scientifique fait état d’enfants qui en ont consommé accidentellement et qui ont eu l’état de conscience assez altéré pour nécessiter un soutien de leurs fonctions vitales. Oui, il y a eu des décès, ça arrive, même si on n’en a pas de répertorié chez nous. » – La Dre Maude St-Onge, du Centre antipoison du Québec

Dans le cas de la dame qui avait mangé un biscuit, les médecins ont dû la garder en observation pendant plusieurs jours.

« Ça a pris au moins 24 heures avant qu’elle puisse marcher de nouveau. Elle était très faible », dit la Dre Maranda.

« Les personnes à risque de développer une toxicité, ce sont les personnes moins tolérantes, [ce] sont les jeunes enfants, mais aussi les autres personnes qui prennent d’autres médicaments. Les co-ingestions avec l’alcool et d’autres médicaments, ce n’est pas recommandé », prévient la Dre Maude St-Onge, cheffe médicale au Centre antipoison du Québec.

PAS NÉCESSAIREMENT LIÉ À LA LÉGALISATION

Depuis la légalisation, le Centre antipoison du Québec a répertorié 108 cas d’exposition au cannabis, sous toutes ses formes, dont quatre cas chez des enfants de 0 à 5 ans. Les événements touchant les personnes âgées sont beaucoup rares, avec une moyenne d’environ quatre par années depuis 2013.

« Nous n’avons pas le recul nécessaire pour dire si la légalisation a empiré la situation », affirme la Dre St-Onge.

Contrairement à certaines maladies contagieuses qui sont à déclaration obligatoire, les intoxications au cannabis ne sont pas nécessairement répertoriées. Les professionnels de la santé aux prises avec des cas semblables sont cependant fortement invités à contacter le Centre antipoison du Québec ou la Direction de santé publique du Québec.

« Santé Canada fait une vigie avec la collaboration de tous les Centres antipoison », ajoute la Dre St-Onge.

Pour avoir une meilleure idée de la situation, la Société canadienne de pédiatrie mène depuis quelques semaines un projet de recherche avec l’Agence canadienne de santé publique afin de répertorier tous les cas d’intoxication grave et potentiellement mortelle au cannabis qui ont mené à l’hospitalisation de mineurs.

« La réalité pédiatrique, c’est qu’on voit depuis le début des années 2000 augmenter le nombre de cas d’adolescents et d’enfants qui s’exposent au cannabis de manière volontaire ou non volontaire. Ça date de bien avant la légalisation », souligne le Dr Richard Bélanger, qui s’occupe de l’étude.

Un grand journal pédiatrique rapporte que les cas d’intoxication ont aussi augmenté au cours des 10 dernières années en France, un pays qui n’a pas légalisé le cannabis.

« L’hypothèse de départ, c’est qu’il y a bien plus de cas que ce qui est connu à l’intérieur de la profession médicale », souligne-t-il.

QUE FAIRE EN CAS D’INGESTION, ACCIDENTELLE OU NON ? 

Qu’ils soient consommés de façon accidentelle ou non, les produits comestibles à base de cannabis préoccupent les médecins parce qu’ils mettent beaucoup plus de temps à agir que lorsqu’ils sont fumés ou vapotés.

Typiquement, un joint fumé ou vapoté mettra quelques minutes avant de faire sentir ses effets, alors qu’un produit consommé peut mettre de 45 minutes à 2 heures avant d’être assimilé par le système digestif.

« Ce n’est pas tant leur teneur en cannabinoïdes qui est problématique, mais le fait que, puisque les effets n’arrivent pas tout de suite, les gens ont tendance à en prendre plus, alors ils ont parfois de mauvaises surprises », explique le pédiatre Richard Bélanger.

Bien que le cannabis ne soit pas généralement associé à des arrêts cardiorespiratoires, une surdose de pot peut provoquer des crises de panique ou des pertes de connaissance.

Le cas échéant, la population est invitée à appeler au Centre antipoison du Québec, au 1 800 463-5060.

« Nous allons aider les gens à faire une évaluation de la toxicité et à déterminer s’il faut observer les personnes intoxiquées à la maison ou les [envoyer à] l’hôpital », indique la Dre Maude St-Onge, cheffe médicale au Centre antipoison du Québec.

« Dans tous les cas, si la personne est inconsciente, il faut [l’envoyer à] l’hôpital. » – La Dre Maude St-Onge, du Centre antipoison du Québec

« À l’hôpital, on peut donner une substance pour empêcher que la toxine soit assimilée, mais c’est rare qu’on ait les conditions idéales qui le permettent. Sinon, on doit se contenter d’un traitement de support. On va supporter les fonctions si, par exemple, le patient respire moins », précise la Dre St-Onge.

Quant aux risques de psychose qui sont toujours possibles, « il n’y a pas vraiment moyen de les prévenir ».

On dirige la personne en psychiatrie si on détecte un tel problème, indique-t-elle.

Dans tous les cas, on suggère aux consommateurs de cannabis de faire bien attention à la façon d’entreposer leurs substances.

« Tout comme on ne garde pas nos spiritueux à portée de main des enfants, il faut bien identifier et entreposer nos produits de cannabis et ses dérivés. Il est aussi important que les foyers aient des conversations honnêtes sur les méfaits du cannabis et les dangers potentiels des surdoses au THC. Il faut avertir notre professionnel de la santé si ces produits se retrouvent dans la maison », suggère le Dr Alain-Rémi Lajeunesse, urgentologue à l’hôpital de Hawkesbury et affilié au Groupe de travail sur les drogues et opiacés au Bureau de santé de l’Est ontarien.

Pour joindre le Centre antipoison du Québec en cas d’urgence ou pour obtenir plus de renseigements : 1 800 463-5060

https://www.lapresse.ca/

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