Les stéréotypes sur les femmes en science vus par les enfants


Aujourd’hui, le marché du travail dans le domaine des sciences est aussi ouvert aux femmes. Malheureusement, les stéréotypes sont difficiles à changer. Ce qui est curieux, avec l’analyse des dessins, ceux de 5 et 6 ans n’ont pas vraiment de préjugés, mais c’est en vieillissant que les stéréotypes s’installent surtout vers l’adolescence. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans l’éducation des enfants pour l’équité des emplois
Nuage

 

Les stéréotypes sur les femmes en science vus par les enfants

 

Une petite fille fait un dessin, assise à un bureau; devant elle se trouve un microscope.

Une fillette fait un dessin. Photo : iStock/Alek Zotoff

Lorsqu’on lui demande « dessine-moi un scientifique », moins d’un enfant sur trois aux États-Unis représente une femme. Bien que cette proportion ait augmenté depuis les années 1960, les enfants plus âgés catégorisent toujours la science comme un métier d’homme, un stéréotype susceptible d’influencer les jeunes filles qui voudraient faire carrière en science.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les stéréotypes sont quelque chose de difficile à renverser. Plusieurs chercheurs évaluent leurs effets sur les enfants pour comprendre à quel moment et dans quel contexte ces préjugés sont inculqués, mais aussi comment cette influence change d’une génération à l’autre.

Pour voir l’évolution de la perception des femmes en science, des chercheurs en psychologie à l’Université Northwestern, en Illinois, ont vérifié leur représentation dans plus de 20 000 dessins de jeunes âgés de 5 à  8 ans. Ces dessins ont été produits dans 78 études échelonnées sur cinq décennies.

Le dessin est un outil important dans ce type d’études, car il permet de voir ce qui a été inculqué sans que l’enfant eût nécessairement appris à mettre des mots sur les concepts.

Un homme scientifique

Ce dessin d’un homme scientifique est l’un des 5000 produits dans le cadre de l’étude entre 1966 et 1977.  Photo : David Chambers

L’analyse, publiée dans le journal Child Developpment, indique qu’on est passé d’une moyenne de 1 % de dessins de femmes scientifiques dans les années 1960 à 28 % aujourd’hui. Pour les chercheurs, cette hausse montre que les stéréotypes sur les femmes en science ont diminué dans la culture populaire à laquelle les jeunes sont exposés.

Décortiquer les chiffres permet par ailleurs de constater à quel moment leur perception du monde commence à changer. À 5 ou 6 ans, les garçons comme les filles dessinent en des proportions semblables des scientifiques hommes et femmes.

Par contre, ce rapport change à partir de l’âge de 7 ou 8 ans : les filles comme les garçons dessinent de moins en moins de femmes scientifiques. À l’âge de 15 ou 16 ans, 75 % des filles et 98 % des garçons dessinent un homme.

Les chercheurs croient que, durant cette période, les adolescents sont exposés à l’idée que ce secteur d’emploi est encore majoritairement masculin. Cette perception se transpose dans leurs dessins.

Changer les perceptions

Le dessin d'une femme scientifique

Les chercheurs ont analysé les dessins d’enfants effectués dans le cadre de 78 études échelonnées sur cinq décennies.  Photo : Courtoisie : Vasilia Christidou

L’évolution des dessins dans le temps suit toutefois la tendance observée sur le marché du travail.

Depuis les années 1960, le nombre de femmes en science a augmenté, passant par exemple aux États-Unis de 28 % de femmes en biologie à 49 %.

Malheureusement, c’est un des rares domaines à atteindre la parité. Ainsi, en chimie, on est passé de 28 % à 35 % et en physique, de 3 % à 11 %.

Cette étude n’est pas qu’une question d’art visuel. Les stéréotypes ont un rôle important à jouer dans ce qu’un enfant croit être capable de réussir ou non.

L’étude confirme une tendance déjà observée depuis un moment. En 2017, par exemple, une autre étude montrait qu’à partir de l’âge de 7 ans, les enfants commençaient à associer davantage l’intelligence aux garçons. Pour les chercheurs, il est donc essentiel de poursuivre le travail d’éducation.

Bien que la situation s’améliore, certains domaines d’études et d’emplois restent, à l’image de la science, toujours peu accessibles aux femmes.

https://ici.radio-canada.ca/