Faire son épicerie dans les poubelles


A voir les photos qu’un groupe de déchétariste ont partager sur le journal et sur Facebook est époustouflantes, mais aussi dramatique de voir que les épiceries jettent autant de nourriture à la poubelle. C’est une prise de conscience qu’il serait peut-être temps de prendre des décisions plus éclairées et efficaces pour diminuer tout ce gaspillage alimentaire
Nuage

 

Faire son épicerie dans les poubelles

 

Bien que les participants du réseau soient majoritairement des étudiants, Christian espère que Manger Librement puisse rejoindre des personnes qui vivent la précarité.

Bien que les participants du réseau soient majoritairement des étudiants, Christian espère que Manger Librement puisse rejoindre des personnes qui vivent la précarité.   PHOTO : LAURENCE GALLANT

Un reportage de Laurence Gallan

EXCLUSIF – Un réseau de près de 200 personnes s’est organisé au Bas-Saint-Laurent pour pratiquer le déchétarisme, plus communément appelé « dumpster diving », de façon plus organisée. Des gens fouillent les poubelles à la recherche de nourriture. Il s’agit d’un mouvement plus connu dans les grands centres, mais il en a inspiré plusieurs dans la région. Leur but premier : contrer le gaspillage alimentaire

Depuis le mois de février, le réseau Manger Librement publie des photos de denrées chaque semaine sur sa page Facebook. Des aliments qui semblent venir directement des rayons d’une épicerie, mais qui proviennent plutôt de leurs poubelles.

Une récolte qui provient des poubelles

Une récolte qui provient des poubelles   PHOTO : FABRICE BLAIS POIRIER

Christian, un des membres du groupe, explique qu’une dizaine de personnes du réseau vont « cueillir dans les poubelles », pour ensuite trier, nettoyer et distribuer la nourriture récoltée. Plus d’une quarantaine de personnes profitent de ces récoltes, selon le jeune homme de 25 ans.

Ça fait six mois que je n’ai pas fait d’épicerie et que je mange mieux que si je payais mon épicerie. Christian, participant du réseau Manger Librement

Laurence Gallant a rencontré Christian, Laurence et Jasmin, des participants actifs du réseau Manger Librement.

Outre quelques rares membres plus vieux, la moyenne d’âge tourne autour de 20 et 25 ans dans le réseau.

« Beaucoup d’étudiants, du monde écolo, qui veut diminuer son impact sur l’environnement », indique Christian.

Le mot clé, c’est l’abondance. On ne trouve pas une miche de pain, on en trouve 40. On trouve pas une pizza congelée, on en trouve 20. Christian, participant du réseau Manger Librement

Les gens de Manger Librement, qui encouragent les cuisines collectives, disent se faire des festins de rois.

« Moi, je n’ai pas besoin de cette bouffe-là gratuite, mais ça me dérange qu’elle soit gaspillée. Et je pense que c’est le cas de la majorité des gens qui viennent s’approvisionner ici », affirme Christian.

En Amérique du Nord, environ 40 % des aliments produits sont perdus entre le champ et l’assiette.

Sont trouvés des légumes frais « en parfait état », beaucoup de pain et viennoiseries, des plats préparés, du fromage et même de la viande, l'hiver.

Sont trouvés des légumes frais « en parfait état », beaucoup de pain et viennoiseries, des plats préparés, du fromage et même de la viande, l’hiver.  PHOTO : LAURENCE GALLANT

Le code d’éthique du bon « cueilleur »

Selon le porte-parole de la Sûreté du Québec, Claude Doiron, il n’est pas interdit de fouiller dans les poubelles, tant qu’il n’y a pas effraction sur une propriété. La crainte principale des cueilleurs, c’est de se faire refuser l’accès à leurs points d’approvisionnement. Ils s’assurent alors de demeurer respectueux lors de leurs récoltes.

Sur la page Facebook du groupe, un code d’éthique est affiché clairement. On prône le respect des lieux qui approvisionnent les déchétariens, et les récoltes en petits groupes, pour demeurer discrets.

L’aspect « distribution » est aussi central. « Tu prends juste ce que tu peux manger sinon tu le distribues », explique Christian.

Le participant a connaissance d’organismes comme le Collectif Lèche-Babines ou Moisson Rimouski-Neigette, qui contrent également le gaspillage alimentaire, mais ceux-ci demeurent plus limités par les lois établies par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

« Malgré les actions des organismes communautaires existants, il reste encore beaucoup de nourriture gaspillée dans les poubelles », mentionne Christian.

Selon le MAPAQ, aucune loi n’empêche entreprises et organismes de donner des aliments, mais ceux-ci ne doivent pas être périmés.

Contrer la précarité alimentaire

À l’un des repères de Manger Librement, au centre-ville de Rimouski, certains participants se sont aussi mis à aider des gens « visiblement très pauvres ».

Jasmin et Christian racontent qu’ils se sont mis à donner de la nourriture à un homme qui recueillait déjà leurs cannettes vides.

« Je pense que ça l’aide beaucoup parce que lui n’irait pas chercher de la bouffe dans les poubelles », indique Christian.

L’homme en question, qu’ils croient être un itinérant, n’en croyait pas ses yeux de la qualité de la nourriture jetée par les épiceries.

C’est un petit peu un devoir d’aider quelqu’un quand tu n’es en mesure de l’aider. Ce ne serait pas viable en tant que société de ne pas s’aider. Et ça se passe comme ça beaucoup trop souvent. Christian, participant de Manger Librement

Encore très mal vu

Christian convient que les déchétariens sont rarement les bienvenus dans les poubelles des épiceries. Certains propriétaires craignent qu’ils se blessent ou s’empoisonnent, en plus d’avoir l’impression de perdre des clients, explique-t-il.

Selon les participants du réseau, personne n'est encore tombé malade jusqu'à maintenant.

Selon les participants du réseau, personne n’est encore tombé malade jusqu’à maintenant.   PHOTO : MARC-OLIVIER CREVIER

Christian raconte que sa famille accepte très mal qu’il mange ce qui provient des poubelles.

« J’ai eu une chicane avec mon beau-père pour qui, à ses yeux, j’étais juste trop lâche pour travailler. Que je voulais juste pas travailler et que je trouvais des moyens de parasiter la société », raconte-t-il.

« Il le dit sans savoir à quel point il y a beaucoup de monde qui fait ça maintenant. Qu’il y a des familles complètes, même parfois très aisées qui vont chercher de la nourriture qui vient des poubelles. »

Christian croit qu’il faut choquer les gens pour qu’ils prennent conscience du gaspillage alimentaire.

Moins de gaspillage dans les petits marchés

Le directeur de la Coopérative Alina de Rimouski, Olivier Riopel, est loin d’être surpris de la présence de déchétariens dans la région.

Ça fait plusieurs années que ça existe à Rimouski. On a toujours eu des gens qui fouillaient un petit peu dans les poubelles. Olivier Riopel, directeur de la Coopérative Alina de Rimouski

Comme dans toutes les épiceries de Rimouski, Alina donne ses surplus à Moisson Rimouski-Neigette

Comme dans toutes les épiceries de Rimouski, Alina donne ses surplus à Moisson Rimouski-Neigette   PHOTO : RADIO-CANADA

Olivier Riopel mentionne avoir peu de contrôle sur le phénomène.

« C’est sûr que sur le plan de l’hygiène et de la salubrité il peut y avoir des dangers d’être malade », déplore-t-il.

Le directeur affirme également qu’il est plus facile pour les petits marchés comme Alina de contrôler le gaspillage, comme ils font affaire avec des producteurs de la région.

« On ne jette vraiment pas grand-chose », conclut M. Riopel.

http://ici.radio-canada.ca/

2 réponses à “Faire son épicerie dans les poubelles

  1. Ben oui , çà existe !
    Ici les super-marchés « luttent  » contre çà en mettant des produits nocifs ( javel par exemple ) sur ce qu’ils jettent …Alors que beaucoup de ces produits sont encore comestibles ! Mais….profit oblige …..
    Je ne veux pas me répéter , mais quand j’avais la superette , je ne jetais pas : Je mangeais ou donnais ( mais…..certaines personnes refusaient ! ) …Alors parfois , je soldais ; là çà  » passait  » mieux ….Pourquoi ?

  2. Il y a une nouvelle loi en France

    « Les supermarchés et hypermarchés devront distribuer leurs invendus au travers de dons. Les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 mètres carrées devront conclure une convention avec une association caritative, pour faciliter ces dons »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s