Sarcopénie : prévenir la perte du muscle au grand âge


La perte musculaire est une conséquence du vieillissement et pour le moment, le seul moyen est la prévention par l’exercice et une bonne alimentation. Et il n’est jamais trop tard pour bien faire
Nuage

 

Sarcopénie : prévenir la perte du muscle au grand âge

 

La sarcopénie, une diminution de la masse et de la force musculaire est une maladie due au vieillissement qui constitue un important facteur de chute chez les personnes âgées. ©SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

La sarcopénie, une diminution de la masse et de la force musculaire est une maladie due au vieillissement qui constitue un important facteur de chute chez les personnes âgées. ©SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Par Sylvie Riou-Milliot

Maladie méconnue, la sarcopénie se caractérise par une diminution anormale de la masse et de la force musculaire. Un important facteur de chute chez les personnes âgées, et les traitements se font attendre.

MUSCLE. Si tout le monde (ou presque) a déjà entendu parler de l’ostéoporose, cette perte osseuse due à l’âge, la sarcopénie est en revanche méconnue. Or cette diminution anormale de la masse et de la force musculaire est également due au vieillissement. Et sa prévention était au cœur d’un symposium organisé par le Centre d’études et de recherches d’informations nutritionnelles (Cerin) dans le cadre du dernier congrès mondial de l’ostéoporose qui s’est tenu récemment en Espagne.

Un « dialogue » entre l’os et le muscle

Pour comprendre, il faut rappeler que le muscle est un tissu vivant qui – comme l’os – se renouvelle et s’autodétruit en permanence. Il est constitué de 20% de protéines et « 50% des protéines de l’organisme se situent au niveau des muscles », rappelle le Pr René Rizzoli, président du comité scientifique de l’European Society for Clinical and Economic Aspects of Osteoporosis and Osteoarthritis (Esceo). Or, les chercheurs commencent à décrypter son fonctionnement, en particulier ses interactions avec les os. 

« On sait aujourd’hui qu’un ‘dialogue’ existe entre l’os et le muscle qui ont d’ailleurs la même origine cellulaire, détaille ainsi Véronique Coxam, directrice de recherche à l’Inra et responsable de l’équipe alimentation squelette et métabolismes au sein de l’unité de nutrition humaine. Nous commençons ainsi à identifier de nouvelles substances émises par les cellules osseuses et musculaires. »

Activité physique et apports protéiques

Exemple avec les ostéokines, les myokines et autres chimiokines, autant de molécules du « dialogue » entre os et muscle et qui régulent les mécanismes de construction et de destruction des deux tissus. Nombreux sont déjà les laboratoires qui développent des anti-sarcopéniques (comme l’anti-myostatine Gdf8) pour luter contre la perte musculaire. Mais pour l’instant, les travaux sont en cours et ne permettent pas encore d’envisager une mise sur le marché à court terme. Seule alternative pour l’heure : les moyens de prévention que sont l’activité physique et l’apport protéique. Il n’est ainsi jamais trop tard pour commencer une activité sportive et un entrainement régulier. Soit 2 à 3 séances par semaine d’exercices réalisés en résistance avec un élastique, des haltères ou des séances de marche rapide qui améliorent significativement les performances. Ce qui se traduit par une augmentation de la vitesse de marche, une plus grande facilité à se lever d’une chaise ou encore une meilleure préhension musculaire, qui peut être évaluée par le biais d’un dynamomètre. Autant de tests réalisés par des gériatres, des médecins généralistes ou des kinés et utilisés dans le cadre du dépistage et du suivi de la sarcopénie.

Quant aux apports protéiques pour les seniors, ils sont estimés par le Esceo à environ 1g – voire 1,2g – par kilo et par jour (contre 0.8g/kg/j pour un jeune adulte). En sachant que 20g de protéines sont présentes dans : 100g de viande ou de poisson ; 2 œufs ; 500 ml de lait ; 4 yaourts ; 250 g de semoule cuite associée à 100 g de pois chiches.

La sarcopénie, facteur de chute

Avec l’âge, dans environ 20 à 30 % des cas, la destruction naturelle du muscle n’est plus suffisamment compensée par son renouvellement. Résultat, la force musculaire diminue, ce qui se traduit par une faiblesse généralisée, facteur de chute et donc de fracture. 2 millions de chutes sont ainsi recensées chaque année en France pour un coût sociétal de 3 milliards d’euros.

« On estime que la sarcopénie multiplie le risque d’ostéoporose par 12, celui de chute par 2 et de fracture par 2,7 », résume le Pr Jean Yves Reginster de l’université de Liège, modérateur du symposium et président de l’Esceo.

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