Pour ou contre le foodporn ?


Aimer-vous ceux qui postent des photos de ce qu’ils mangent ? Bah, personnellement, j’aime mieux regarder dans un menu au restaurant ou une recette que je veux faire dans un livre ou sur le web, mais dans les réseaux sociaux, cela ne m’accroche pas. Voici donc, le pour et ensuite le contre
Nuage

 

Pour ou contre le foodporn ?

 

Pour ou contre le foodporn ?

Pour le food porn ! © iStock

 

Ariane Grumbach, diététicienne-nutritionniste

Quel rapport entre les cheesecakes, les burritos, les macarons et les sushis ? Magnifiées par nos filtres de smartphones, ce sont les stars des réseaux sociaux ! Le nom de ce phénomène ? Le food porn. « Porn » car la photo culinaire éveille le désir, parfois jusqu’à tourner à l’obsession. Et nous, serions-nous food-pornistes ?

Le food porn, est-ce vraiment partager le plaisir de manger ?

Selon moi, l’expression »food porn » est inadaptée. Elle évoque l’excès et la surabondance alors qu’en réalité, le food porn valorise l’expérience alimentaire. La nourriture cesse d’être banalisée ou fonctionnelle. Et cette pratique oblige ceux qui sont contraints de manger seuls à prêter attention à ce qu’ils préparent. Plutôt que de se nourrir directement dans ses casseroles, debout ! C’est aussi faire partie d’une communauté de gourmands.

Une image ultra-gourmande est-elle forcément incitative ?

Oui, et c’est bien le but. D’ailleurs, lorsque l’on cuisine quelque chose de « moche », on ne le publie pas ! Par l’image, on montre également qu’un plat n’est pas forcément compliqué à concocter.

Cette manie peut-elle révéler un comportement alimentaire déviant ?

Ces images valorisent les belles choses que nous cuisinons, ou ce que nous mangeons dans de beaux endroits. Elles garantissent un souvenir et créent du lien facilement. Voilà pour la majorité des cas. Quelqu’un de boulimique ou d’hyperphagique en a plutôt honte. Donc, a priori, ne va pas publier. Et en cas de restriction ou d’anorexie, mettre en scène la nourriture peut effectivement venir remplacer le fait de manger. Mais ces cas sont ultra-minoritaires.

La pratique ne contribue-t-elle pas à promouvoir des plats riches et gras ?

Nous vivons entre deux excès : les obsédés du healthy ou ceux de la nourriture très grasse. C’est ce que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. Pour créer une sensation, les uns utilisent, comme cet été, une pizza-pastèque sans pâte à pizza (qui va, croit-on, nous faire grossir), les autres un gâteau dégoulinant de crème. Montrer son steak-salade n’est pas très intéressant.

Le plaisir de l’œil supplante-t-il désormais le goût ?

Nous mangeons avec tous nos sens. Le beau est un élément parmi d’autres. Un plat mijoté peut être visuellement assez laid mais délicieux. Tant pis pour la photo ! Mais publier sur les réseaux a deux effets intéressants : apporter davantage de soin à l’aspect visuel de notre plat ou, au restaurant, y être plus attentif. Cela évite, comme le font beaucoup de personnes, de se précipiter pour manger !

Contre le food porn !

Pascale Hébel, spécialiste de la consommation et de l’alimentation

Le food porn, est-ce vraiment partager le plaisir de manger ?

Non, le plaisir est dans le parler et le goût. Sur une photo, il n’y a rien de tout ça. En France, nous avons une relation particulière à l’alimentation, qui se veut être un échange. Le repas à la française est représenté par une tablée. Or, sur une image, la parole n’apparaît pas : c’est le plat sans les convives. Sans l’acte social. Et même si les cuisiniers de haut renom font de très belles choses, dans l’acte de manger, le plus important reste de goûter.

Une image ultra-gourmande est-elle forcément incitative ?

Poster la photo d’un vin n’appelle pas le désir d’en boire. C’est la même chose pour la nourriture : l’envie vient en goûtant ! Nos sensations sont plus interpellées par une photo de voyage que par celle d’un plat, qui est seulement dans l’esthétique ou l’artistique. C’est-à-dire une toute petite partie du plaisir de manger. Le visuel ne se suffit pas à lui-même.

Cette manie peut-elle révéler un comportement alimentaire déviant ?

Lorsque c’est obsessionnel, c’est un peu comme les shoppers accros qui passent leur vie à poster des photos de leurs chaussures. Oui, le food porn peut révéler le trouble de quelqu’un qui serait très porté sur la nourriture. Cette personne réduirait l’acte de manger à l’aliment, à ingurgiter des denrées. Elle efface toute convivialité. Or, se retrouver et parler de ce que l’on mange est important.

La pratique ne contribue-t-elle pas à promouvoir des plats riches et gras ?

Le terme « food porn » dénonce l’obscénité, l’obsession ou l’excessif qui accompagnent la malbouffe. Si vous rendez commune une consommation de burgers par exemple, vous avez tendance à normaliser, à banaliser quelque chose qui, en excès, n’est pas bon pour la santé. Le food porn s’est peut-être construit en réaction à des courants écolos, au « manger sain », etc.

Le plaisir de l’œil supplante-t-il désormais le goût ?

Les images sont depuis longtemps utilisées dans les livres de recettes ou sur les blogs culinaires ; c’est ce qui donne envie de cuisiner. Sur les réseaux sociaux, c’est un peu différent : on y montre ce que l’on fait, ses vacances, ou comment on s’habille… et même ce que l’on mange. Mais ce ne sont que des photos !

Du food porn au food art

Au restaurant ou chez soi, le jeu (parfois une affaire très sérieuse !) consiste à photographier son assiette. Au début, il s’agissait de poster sur Instagram, Twitter ou Pinterest, une image… la plus orgiaque possible (burger dégoulinant, coupe glacée débordante…). Aujourd’hui, la tendance se veut plus sobre : le food porn reste du fait maison, des couleurs et des recettes arty !

Et l’objectif est évidemment d’obtenir un maximum de likes une fois l’image postée, la valeur du plat se calcule au nombre de partages sur les réseaux sociaux. Problème : la « photo qui se mange » déchaîne les passions. Depuis 2013, elle est même passible d’une amende dans les restaurants allemands. Malgré sa popularité, les restaurateurs estiment que cette pratique porte atteinte à leur droit d’auteur et se sentent dépouillés de leur créativité… 

http://www.topsante.com/

3 réponses à “Pour ou contre le foodporn ?

  1. Ah je fais parti de ces gens qui postent des photos de mes plats au restaurant ! J’avoue je le fais dans le but de faire de la pub si c’est une bonne adresse ! Je ne pense pas au reste 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s