Souffle du diable : quel est l’effet de la "drogue des voleurs" sur le cerveau ?


Je ne sais pas si ce souffle est utilisé dans le but de commettre des vols ailleurs dans le monde, on peut supposer que oui. C’est tellement ignoble comme méthode et pourrait être dangereux sur des personnes fragiles
Nuage

Souffle du diable : quel est l’effet de la « drogue des voleurs » sur le cerveau ?

 

Par Lise Loumé

5 personnes ont été interpellées pour avoir détroussé des passants à l’aide d’une drogue capable d’ôter tout libre arbitre. Un spécialiste nous livre un état des lieux des connaissances scientifiques sur cette substance.

75.000 euros en liquide, 16.500 dollars et des bijoux : c’est le butin amassé par trois hommes et deux femmes de nationalité chinoise, soupçonnés d’avoir utilisé de la drogue pour voler au moins deux personnes âgées à Paris, selon France Info. La drogue en cause est une poudre surnommée « souffle du diable » (ou encore « souffle du dragon ») et qui agit par simple inhalation de quelques secondes. Deux chinoises avaient déjà été interpellées en septembre 2015 en possession de cette poudre à Paris et l’auraient utilisée pour détrousser une dizaine de personnes. Les victimes témoignent s’être sentie dans un « état second ». En effet, cette drogue provoquerait effacement de la mémoire – un peu à l’image du GHB – et, surtout, suspension du libre arbitre. Et quelques dixièmes de milligrammes suffiraient.

Quels sont les effets de l’inhalation du « souffle du diable » ? Comment agit cette drogue sur le cerveau ? Sciences et Avenir a interrogé le Professeur Jean-Louis Montastruc, professeur de médecine au CHU de Toulouse et membre de l’Académie de médecine.

Sciences et Avenir : Quelles sont les substances entrant dans la composition du « souffle du diable » ?

Professeur Jean-Louis Montastruc : Le « souffle du diable » est un mélange de deux substances bien connues des médecins. La scopolamine et l’atropine. La première est particulièrement abondante chez la datura, une plante présente en France et reconnaissable à ses longues fleurs mauves ou blanches en forme de trompette. À faible dose, cette substance entre dans la composition d’un médicament nommé « scopoderm » et prescrit contre le mal des transports, car elle empêche les vomissements et les nausées. Quant à l’atropine, elle est issue de la plante belladone (Atropa belladonna) et entraîne notamment une accélération cardiaque et une dilatation prononcée de la pupille. À des doses thérapeutiques, elle est fréquemment utilisée en urgence en cas de malaise vagal et comme collyres. 

Comment agissent concrètement ces deux substances sur le cerveau ?

La scopolamine et l’atropine agissent sur le système parasympathique (NDLR : l’un des deux constituants du système nerveux de l’homme) en se fixant sur des récepteurs appelés récepteurs muscariniques, à la place d’un neurotransmetteur nommé acétylcholine. Ce dernier est notamment impliqué dans le traitement de la mémoire et de l’apprentissage dans le système nerveux central. La scopolamine et l’atropine empêchent donc l’acétylcholine de se lier à ces récepteurs et bloque le système parasympathique, affectant le cerveau. Or il suffit de très peu de scopolamine pour se lier aux récepteurs muscariniques : de l’ordre du dixième de milligramme ! C’est pourquoi l’inhaler quelques secondes suffit pour en ressentir les effets.

Justement, quels sont les effets de la scopolamine et de l’atropine ?

À forte dose, la scopolamine provoque d’intenses hallucinations délirantes, une perte de contrôle et de l’amnésie. Ces effets sont connus depuis longtemps, et des adolescents consomment cette substance lors de fêtes pour ses effets hallucinatoires. L’atropine accentue probablement les effets de la scopolamine, mais nous n’en sommes pas certains. Ingurgiter ces deux substances n’empêche toutefois pas de conserver des fonctions motrices. Autrement dit, l’usager est comme « zombifié ». Mais à des concentrations trop élevées, l’atropine peut paralyser les voies respiratoires et la scopolamine entraîner de sérieuses pertes de conscience. L’intoxication peut même être mortelle (NDLR : c’est pourquoi il est dangereux de consommer les feuilles de datura et les baies de la belladone).

HISTOIRE. L’utilisation de la scopolamine à des fins criminelles n’est pas récente : elle aurait été utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale par les Nazis comme sérum de vérité.

http://www.sciencesetavenir.fr/

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