L’Arctique ne dort jamais


En Arctique, quand l’hiver, la nuit semble durée pendant une éternité. Le froid des eaux devrait décourager plus d’une créature à se mouvoir et les oiseaux a parcourir la nuit noire et pourtant… Pourtant la vie continue de plus belle
Nuage

 

L’Arctique ne dort jamais

 

Le fjord Hornsund, à Spisbergen (Norvège). © superstock/sipa

Le fjord Hornsund, à Spisbergen (Norvège). © superstock/sipa

Par Loïc Chauveau

La vie ne s’arrête pas pendant la longue nuit arctique. Les chercheurs de l’université du Svalbard ont enregistré une activité foisonnante d’un nombre important d’espèces qui continuent à se nourrir et se reproduire malgré la froideur des eaux.

LUMIERE. Il était admis une fois pour toutes que les températures polaires contraignaient toutes les espèces animales à hiberner et à attendre le retour du soleil pour reprendre leurs activités. Mais cela n’avait jamais été vérifié.

« Presque toutes nos recherches ont été effectuées dans la partie lumineuse de l’année », a avoué à la BBC l’auteur principal de l’étude qui vient de paraître dans Current biology Jorgen Berge, biologiste à l’université de l’archipel du Svalbard (Norvège). « Nous estimions que dans l’obscurité, il n’y a pas de production primaire et donc pas d’activité. Le système — pensions — attendait juste le retour de la lumière ».

Ce dogme avait été brisé une première fois très récemment par une étude canadienne sur les eaux de surface. L’étude norvégienne est la première à explorer tous les écosystèmes marins arctiques. Et à révéler que durant la nuit arctique, tout le vivant reste bien réveillé. Trois hivers de suite, de janvier 2013 à janvier 2015, une centaine de chercheurs a procédé à des prélèvements par chalutage dans la colonne d’eau et sur les fonds jusqu’à 200 m de profondeur d’un fjord du Svalbard, Kongsfjorden. La période choisie a été celle des 117 « jours », où la nuit polaire est la plus profonde, quand l’activité biologique est censée être au minimum. Ce que les scientifiques ont découvert : des bivalves qui poursuivent leur croissance, des oiseaux en train de pêcher et du zooplancton qui continue à se comporter selon un rythme circadien (alternance de jour et de nuit) malgré l’obscurité permanente.

Une chaîne alimentaire en pleine activité

Dans les premiers mètres d’eau, la présence de diatomées et de dinoflagellés a été enregistrée comportant de fortes teneurs en pigments et chlorophylle. Les espèces de zooplanctons herbivores et omnivores ont été retrouvées tout au long de la colonne d’eau, signifiant la présence de la base de la chaîne alimentaire marine. Les chercheurs ont trouvé des preuves d’une activité de reproduction notamment parmi les copépodes, des minuscules crustacés, essentiels pour l’équilibre des écosystèmes arctiques.

« Des copépodes mâles de la famille Calanus, largement absents au sein des populations durant la saison lumineuse, ont été observés dans de grandes proportions durant la nuit polaire à des profondeurs entre 50 et 200 m, en compagnie de femelles portant des spermatophores, peut-on lire dans l’étude. De telles observations confirment l’importance de la nuit polaire comme une période majeure pour la reproduction. » 

Pour les bivalves vivant sur le benthos, pas de repos non plus. Ainsi, le pétoncle d’Islande Chlamys islandica garde un rythme de croissance similaire au reste de l’année. Ces coquillages se nourriraient de matières détritiques en suspension quand le phytoplancton frais vient à manquer. Les communautés d’organismes vivant dans les sédiments ne sont pas moins nombreuses en janvier qu’en octobre, bien que la température de l’eau soit de 3 à 5 °C plus basse. Ce « time lapse » (ci-dessous) de la prédation d’un cadavre de morue montre bien une activité importante des mollusques en hiver.

Les oiseaux enfin, ne descendent pas tous plus au sud. Des guillemots à miroir, des mergules nains, des fulmars boréals ou des goélands bourgmestres continuent de se nourrir à Kongsfjorden principalement de krill arctique qui est bioluminescent et donc repérable dans l’obscurité. Au final, les auteurs de l’étude décrivent un écosystème qui fonctionne pleinement en absence de chaleur et de lumière. Comme si, avancent les auteurs, du phytoplancton aux oiseaux, tout le vivant développait des stratégies de résistance pour être fin prêt pour le retour de l’ensoleillement.

http://www.sciencesetavenir.fr/

2 réponses à “L’Arctique ne dort jamais

    • juste une note en passant .. la plupart des Inuit (qui veut dire le peuple, les personnes) n’aime pas se faire appeller des esquimaux qui est un terme qui a été donné par des étrangers alors qu’eux s’était déjà choisi le mot inuit Esquimaux veut dire mangeur de viande crue en langue crie. même si parfois ils mangent leur viande crue

      Pour aller plus loin : parler d’une seule personne, on dira Inuk, de deux personnes, Inuuk et de trois personnes ou plus, Inuit.

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