Cardiologie : une approche révolutionnaire pour reboucher les "trous" dans le cœur


 

Il arrive que les enfants aient un trou au coeur, mais souvent, il se résorbe, alors que d’autres ont besoin d’une intervention à coeur ouvert. Une nouvelle technique pourrait peut-être bientôt diminuer de beaucoup les interventions pour boucher un trou au coeur.
Nuage

 

Cardiologie : une approche révolutionnaire pour reboucher les « trous » dans le cœur

 

Un cathéter à double ballonnet délivre un patch imprégné à sa base d’un adhésif activable par la lumière ultraviolette (© 2015 Annual Metting American Association for Thoracic Surgery).

Par Marc Gozlan

Deux ballons, de la colle et de la lumière. Tels sont les ingrédients nécessaires à l’ingénieuse procédure mise au point par des chercheurs pour réparer une communication anormale entre deux cavités cardiaques. Impressionnant.

COLMATAGE. Des chercheurs américains, italiens et irlandais ont conçu et développé un système mini-invasif par cathéter capable de déposer un patch et une colle chirurgicale pour obstruer une communication anormale – un « trou » – entre deux ventricules cardiaques. Réparer un orifice faisant communiquer de façon anormale deux ventricules ou deux oreillettes (malformations cardiaques les plus fréquentes chez un jeune patient) nécessite de recourir à une circulation extracorporelle, en d’autres termes, un dispositif qui, en dérivant la circulation sanguine en dehors du corps, court-circuite le cœur et les poumons. Une intervention chirurgicale à cœur ouvert est nécessaire, sans compter l’utilisation d’instruments métalliques qui peuvent éroder les parois cardiaques.

Le dispositif médical, particulièrement ingénieux développé par des chercheurs de l’université Harvard (Cambridge, Massachusetts, États-Unis), de l’Institut Wyss (Boston), et leurs collègues italiens et irlandais, permet d’obstruer l’orifice anormal (les spécialistes utilisent le terme de « défect », dérivé de l’anglais) en appliquant un patch élastique biodégradable et un adhésif activable par la lumière, en l’occurrence des rayons ultraviolets.

Un adhésif activé par ultraviolets

Le système est composé de deux ballons, gonflables et dégonflables. Le premier permet d’appliquer sur les contours de l’orifice un patch, tandis que le second exerce une contrepression permettant son ancrage solide. Un adhésif est fixé sur la base du premier ballon. Une fois le système en place de part et d’autre de l’orifice à réparer, cette colle est activée par des ultraviolets provenant d’une fibre optique. La forme conique du premier ballon, une fois gonflé, permet de diffuser de façon uniforme le rayonnement UV sur toute la surface de défect circulaire.

Ce cathéter mini-invasif, muni de ballons et d’une source de lumière, a été testé avec succès sur le cœur battant de trois porcs, ainsi que sur la paroi abdominale et d’estomac isolés (ex vivo) de ces suidés, rapportent les chercheurs dans la revue Science Translational Medicine. Chez les trois porcs opérés, aucune complication au cours de la procédure, ni d’hémorragie excessive ou de trouble de rythme, n’a été observée, précisent Conor Walsh et ses collègues. Dans un cas, la paroi ventriculaire droite a été artificiellement perforée et ensuite réparée chez un animal. L’orifice a pu être réduit de 5,5 mm à 1,4 mm de diamètre. Chez l’homme, en chirurgie cardiaque, on considère comme adéquate une réduction de la taille de la communication anormale inférieure à 1,6 mm, sachant que les orifices de moins de 2 mm se referment spontanément au cours de l’année qui suit.

Une approche révolutionnaire

Cette approche est révolutionnaire dans la mesure où elle permettrait de réparer des orifices anormaux situés dans des organes profonds, sans utiliser d’instruments métalliques, mais aussi sans avoir à implanter à demeure du matériel chirurgical étranger (sutures, prothèse). Par ailleurs, le déroulement de l’intégralité de la procédure peut être contrôlé par échographie cardiaque 3D, ou sous le contrôle de la vue par endoscopie en cas de hernie abdominale ou de perforation d’ulcère digestif. Enfin, le cathéter ne reste à l’intérieur du corps que moins de 5 minutes. Aucune complication à long terme n’a été notée chez des rongeurs sur lesquels cette procédure a également été expérimentée, les chercheurs rapportant un taux de survie de 100 %.

Une technique d’avenir ?

Jusqu’à présent, les dispositifs expérimentés n’avaient pu empêcher que que le patch ne migre dans certains cas. D’autres systèmes nécessitaient un délai de 45 minutes avant que la colle chirurgicale ne prenne. Rien de tel avec ce nouveau cathéter doté d’un biomatériau innovant : l’activation de l’adhésif ne prend au maximum que 2 minutes.

Il est évidemment trop tôt pour savoir si ce dispositif, dont la preuve de concept vient d’être rapportée, s’imposera comme une procédure alternative à la fermeture chirurgicale d’une communication anormale entre ventricules ou entre oreillettes. Cela dit, qui aurait pu prédire le succès de l’angioplastie coronaire en novembre 1976 lorsqu’un médecin de l’hôpital universitaire de Zurich (Suisse), Andreas Gruentzig, présenta au congrès de l’American Heart Association (AHA) un poster décrivant le principe de cette procédure réalisée sur… un chien. À l’époque, le concept avait été accueilli avec un certain pessimisme de la part des participants. Pas grand monde n’avait cru en lui. Aujourd’hui, l’angioplastie coronaire par ballonnet est pratiquée en routine dans tous les services de cardiologie à travers le monde pour déboucher les artères coronaires.

http://www.sciencesetavenir.fr/

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