Passer 3 minutes à -110 degrés, ça vous tente?


Une thérapie par le froid extrême qui semble plaire en France. Et ce froid est encore plus froid que nos hivers au Québec, mais sans l’humidité. Pas sur, que cela me tenterait d’essayer, surtout qu’aucune étude ne semble avoir été faite sur les réels bienfaits de la cryothérapie
Nuage

Passer 3 minutes à -110 degrés, ça vous tente?

Passer 3 minutes à -110 degrés, ça vous tente?

Certains athlètes se sentent bien avec cette cryothérapie corps entier.Photo Georges Gobet / AFP

Patrick Baert

Dehors, c’est peut-être encore l’été, mais dedans, le thermomètre plonge à 110 degrés en dessous de zéro. C’est pourtant dans cette cabine de «cryothérapie corps entier» que de plus en plus de gens s’aventurent en maillot de bain, espérant faire cesser des douleurs… ou simplement se sentir mieux après.

C’est à Rennes, en France, au centre Kemijoki de «cryothérapie et bien-être par le froid», que l’AFP a testé la cabine à -110 degrés. La séance dure en principe entre deux et trois minutes.

«Vous n’allez pas congeler, pas tomber dans les pommes», tente de rassurer Haidar Dittoo, l’ostéopathe attaché au centre, expliquant que l’air «extrêmement sec» pulsé dans la cabine évite les brûlures par le gel.

Le principe: agir sur la douleur par un contact bref mais intense avec le froid.

«Le cerveau reçoit l’information selon laquelle le corps est en danger et se met à secréter des molécules anti-inflammatoires», explique Valérie Georges, qui a ouvert le centre Kemijoki à la fin de l’an dernier.

Il faut donc, explique-t-elle, exposer directement le corps à l’air froid. Après un bref examen médical, on entre dans la cabine en maillot de bain, avec une paire de chaussures en plastique pour éviter de rester collé au sol, des gants, un bandeau sur les oreilles et un masque de chirurgien sur le nez.

Après 15 secondes dans un sas à «seulement» -50 degrés, on pénètre seul dans la cabine à -110, surveillé derrière une vitre par l’opératrice qui diffuse la musique de votre choix et égrène le passage des secondes.

Au bout d’une minute pendant laquelle on ébauche quelques pas de danse comme pour tromper le froid, les muscles commencent à ressentir une curieuse impression.

«Une minute 45. On continue?» demande l’opératrice.

La réponse est non. L’expérience n’aura duré que deux minutes.

À la sortie, on prend la température extérieure au niveau de la jambe: 12 degrés, contre 32 avant d’entrer. Le corps vire au rouge, mais la sensation de froid intense disparaît presque instantanément.

«Il faut s’habituer», observe Valérie Georges. «Le stress disparaît en général à la troisième séance. A la dixième, ils sont accros», dit-elle de ses clients, à qui chaque séance est facturée aux alentours de 30 euros.

Selon elle, la cryothérapie corps entier est indiquée pour le traitement des douleurs ou de certaines maladies, comme la sclérose en plaques. Mais cette pratique n’est pas reconnue par le corps médical et encore moins remboursée le système de santé français, même si des malades affirment que le traitement est efficace.

PAS DE PREUVE SCIENTIFIQUE

Ahmed Debabeche, gérant d’un centre de loisirs, a commencé le traitement fin février alors qu’il souffrait d’une sciatique.

«Au départ, j’y suis allé avec appréhension. Je me disais: « -110, c’est quoi cette histoire? »» raconte cet homme de 43 ans.

Après seulement cinq séances, il assure que sa sciatique a entièrement disparu.

«L’effet a été immédiat, rapporte-t-il. Je revis.»

La France compte désormais une demi-douzaine de centres de cryothérapie corps entier, dont un est ouvert depuis plusieurs années à Paris à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) dans le but d’aider les athlètes de haut niveau à se remettre de blessures.

Certains athlètes se sentent bien avec cette cryothérapie corps entier, «mais dans la littérature scientifique, on n’a pas d’effets prouvés pour l’instant en dehors de la perception d’une meilleure récupération», commente le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche médicale et d’épidémiologie du sport, rattaché à l’Insep.

Il y a selon lui un «effet de mode» autour de cette pratique et un effet subjectif qui amène les sportifs à penser qu’ils récupèrent plus vite après l’effort.

«L’esprit humain adore l’idée de se mettre en danger et de se dire: « J’ai survécu »», analyse-t-il.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé souligne qu’elle «surveille» cette technique nouvelle.

«Il y a quand même un risque du fait du froid extrême, mais on n’a pas connaissance d’incidents», relève-t-on à l’ANSM.

http://fr.canoe.ca/

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