Lorsque les chiens chassaient comme des chats


Les chiens domestiques n’ont toujours été aussi dépendants de l’être humain. Il était un redoutable prédateur, il y a des millions d’années
Nuage

 

Lorsque les chiens chassaient comme des chats

 

Le renard (vulpes vulpes) et ce chien domestique (canis lupus familiaris) de race husky sont deux espèces de canidés. Leur technique de chasse ? Celle de la course-poursuite. © CHRIS AND ASHLEY DALEY/CA/SIPA

Le renard (vulpes vulpes) et ce chien domestique (canis lupus familiaris) de race husky sont deux espèces de canidés. Leur technique de chasse ? Celle de la course-poursuite. © CHRIS AND ASHLEY DALEY/CA/SIPA

Par Sarah Sermondadaz

Les canidés n’ont pas toujours été des coureurs de fond. Une étude, s’intéressant à des fossiles vieux de 40 millions d’années, montre que les ancêtres du chien chassaient en embuscade, une pratique aujourd’hui plutôt l’apanage des félins.

 

EMBUSCADE. Tapie dans l’obscurité, se cache une terrible panthère, prête à bondir par surprise… Une scène de chasse ordinaire, qui n’est pourtant pas la seule approche qui vaille : d’autres prédateurs au contraire, tels le guépard ou le loup, privilégient la course-poursuite afin d’épuiser leur proie. Le chien domestique (canis lupus familiaris) a ainsi hérité du loup (canis lupus) ce comportement de chasseur de longue haleine. Mais il n’en a pas toujours été de même chez les lointains ascendants des canidés modernes, dont certains, il y a plus de 37 millions d’années en Amérique du nord, adoptaient la première technique de chasse, semblable à celle des chats et des tigres. C’est ce que montre une étude réalisée par des chercheurs britanniques, espagnols et américains, publiée le 18 août 2015 dans Nature Communications. Comment sont-ils parvenus à pareille conclusion ? En s’intéressant à l’articulation du coude sur des échantillons fossiles appartenant à 32 espèces de canidés, datant d’il y a 40 à 2 millions d’années.

Deux anciens canidés, aujourd'hui disparus : à gauche, un hesporocyon, et à droite un sunkahetanka, plus récent.

Deux anciens canidés, aujourd’hui disparus : à gauche, un hesporocyon, et à droite un sunkahetanka. / © MAURICIO ANTON

Huile de coude

“Le coude est une excellente façon d’étudier par procuration l’usage que font les carnivores de leurs pattes avants. Cela en dit long sur leur mode de locomotion tout entier”, explique Christine Janis, co-auteur et Professeur d’écologie et de biologie évolutive à l’université de Brown, aux Etats-unis.

A partir d’un large répertoire de fossiles fourni par le Muséum d’histoire naturelle de New-York, l’équipe de recherche a ainsi pu mettre en évidence un changement majeur dans la morphologie de l’articulation du coude. Permettant au départ à la patte de pivoter du bas vers le haut, liberté propice à la capture de proies qui se débattent, elle a progressivement évolué chez les canidés vers une structure moins souple, plus spécifiquement orientée vers le sol et mieux adaptée à la course d’endurance

.

Anatomie d’une patte avant de chien. L’articulation de l’ulna (anciennement cubitus) et du radius avec l’humerus a considérablement évolué, vers moins de souplesse. © Rlawson / Creative Commons

Changement climatique

Ce changement morphologique coïncide avec la survenue d’un épisode de glaciation à la fin de l’Oligocène, il y a environ 25 millions d’années, qui a entraîné des changements irréversibles dans l’habitat des carnivores. Les chaudes forêts humides se sont ainsi transformées en grandes plaines

. »Piquer un sprint dans une forêt n’a aucun intérêt », ironise Christine Janis. »Le canidé qui s’y essaierait se prendrait un arbre ». 

Dans un habitat ouvert, au contraire, des aptitudes de coureur prennent tout leur sens. D’où l’évolution ultérieure des articulations des ancêtres du chien, afin de leur permettre de courir sur de longues distance après une proie.

« Cela confirme l’idée que les prédateurs sont aussi sensibles aux variations climatiques que les herbivores », continue Christine Janis. « 

L’idée semble logique, mais elle n’avais encore jamais été démontrée auparavant ». 

Car le lien entre le changement climatique et le changement morphologique des papattes n’est en fait pas direct. Avec la disparition des forêts, les proies aussi  ont subi un changement d’écosystème, favorisant l’élongation des extrémités. L’évolution des prédateurs, qui doivent bien continuer à se sustenter, converge alors, dans ces conditions, avec celle des proies.

« Nous nous intéressons désormais« , conclut Christine Janis,« aux changements évolutifs attribuables à l’homme ». Un vaste programme.

http://www.sciencesetavenir.fr/

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