Les balles de frondes abandonnées de la XIXe légion


Les guerres ont toujours existé, mais au moins, ils étaient moins meurtriers qu’aujourd’hui. Des pierres de fontes ont été retrouver dans le temps des légionnaires Romains. C’est pierres étaient utilisées avec une fronde, on peut dire qu’aujourd’hui, nos armes sont beaucoup plus destructrices
Nuage

 

Les balles de frondes abandonnées de la XIXe légion

 

Les 81 balles de frondes en forme d'olive retrouvées à Haltern.

Les 81 balles de frondes en forme d’olive retrouvées à Haltern.

LWL/Burgemeister

François Savatier

Les archéologues fouillant le camp romain d’Haltern, en Allemagne, ont trouvé des balles de fronde en plomb. Un légionnaire les a sans doute jetées en évacuant le camp avec les restes de sa légion défaite par les Germains.

 

Cristiano64/François Savatier/PLS

Le camp de Haltern faisait partie du dispositif romain sur la Lippe. Dans leur tentative pour inclure dans l’Empire les terres comprises entre Rhin et Elbe, les Romains installèrent au moins sept camps sur la Lippe, qu’ils furent sans doute les premiers à aménager pour la rendre navigable. Ces camps furent tous abandonnés peu après la bataille de la forêt de Teutoburg, en 9 de notre ère.

Cristiano64/François Savatier/PLS

Un frondeur romain représenté sur la colonne de Trajan, à Rome. Il s’agit d’un fantassin léger armé d’un glaive et d’un bouclier, qui se sert de sa fronde sans doute temporairement. Le plus souvent, des frondeurs auxiliaires étaient placés en avant du rang et bombardaient l’ennemi avant le choc, puis se retiraient. Les projectiles, en forme de grosses olives, pesaient une soixantaine de grammes (du moins ceux de Haltern). Des expériences ont montré qu’un frondeur pouvait expédier sa balle à environ 130 mètres. À 10 mètres, les balles de frondes peuvent percer une plaque de contreplaqué de 5 millimètres d’épaisseur. La portée étant en rapport avec le volume de la balle, on comprend l’usage du plomb (d’une masse volumique quatre fois plus élevée que la pierre), qui même s’il était coûteux, était adapté à la fois au tir balistique et au tir tendu de précision.

Malgré leurs armures, les soldats sont souvent plus gênés par les balles rondes des frondes, qu’ils ne le sont par toutes les flèches des ennemis. Les pierres tuent sans mutiler le corps ni verser le sang. Il est bien connu que les Anciens employaient des frondeurs dans toutes leurs batailles. Il y a toutes les raisons d’instruire les troupes dans l’art de la fronde, et cela sans exception puisque la fronde ne peut être considérée comme encombrante…

Végèce, De re militari, fin du IVe siècle ou début du Ve siècle

Facile à emporter la fronde ? Oui, mais les balles de plomb, elles, sont lourdes. C’est sans doute ce qu’a pensé Fenestela, vieux soldat des légions romaines, lorsqu’il a jeté discrètement son sac de cuir rempli de six kilogrammes de « glands » — le nom que les soldats romains donnaient aux balles de fronde — dans une rigole du camp de Haltern, en Germanie. Un abandon passé inaperçu pendant près de 2000 ans, jusqu’à ce que l’équipe de Bettina Tremmel, archéologue du service d’archéologie du land de Westphalie, retrouve les 81 projectiles groupés en un petit tas.

Depuis 150 ans, 70 balles de frondes avaient déjà été retrouvées dans ce camp situé sur la Lippe, un affluent du Rhin courant sur 220 kilomètres, le long duquel les romains implantèrent pas moins de sept garnisons. Le grand camp de Haltern jouait manifestement un rôle logistique important, puisqu’il comprenait pas moins de cinq installations fortifiées, dont au moins un port (Hofestatt). Les romains l’abandonnèrent vers l’an 9 de notre ère, après que le chef Chérusque Arminius eut terrassé trois légions lors d’une bataille dans la forêt du Teutoburg. Le projet de faire de la Germanie en une province romaine, comme les Gaules, fut ainsi découragée pour longtemps. Depuis la découverte du camp de Haltern vers 1816, les découvertes d’objets romains s’y succèdent. Les archéologues allemands fouillent le site depuis 1899 !

Récemment, outre les balles de frondes, ils ont trouvé des résidus de fonderie en plomb de la taille d’une main, qui semblent être des déchets de fabrication de projectiles de plomb. Ainsi, ces balles de fronde auraient aussi pu être destinées à être refondues, comme l’étaient certainement les résidus. Dans ce cas, Fenestela ne les aurait pas abandonnées…

En réalité, nous ignorons si ce légionnaire était vraiment frondeur et s’il a vraiment jeté un sac de balles de fronde. Pour autant, nous avons appris par une assiette sur laquelle il a inscrit son nom qu’il a mangé à Haltern. Et nous savons aussi qu’il a fait partie de la 19e légion, l’une des trois légions anéanties lors de la bataille du Teutoburg, par l’inscription su sa tombe retrouvée à… Fréjus (Forum Julii) ! Le vieux soldat a donc vraisemblablement survécu à Teutoburg. Par ailleurs son nom – un surnom de légionnaire, sans doute –, proche du latin fenestra (fenêtre), signifie « petite fenêtre » signifie meurtrière. Un surnom qui irait bien à un frondeur, puisqu’ils étaient toujours postés derrière les meurtrières des forteresses pour les défendre lors des assauts. L’hypothèse de l’abandon des balles de fronde lors de l’évacuation du camp n’est pas infondée !

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