L’araignée technologique tisse sa toile


J’aime la technologie, surtout quand cela permet d’améliorer la santé, le diagnostic, l’éducation et autres services bien utiles. Mais ou je bloque, c’est quand tout devient connecté., beaucoup de perte d’emploi à cause de cette technologie, Comme si nous ne pouvons pas être autonomes nous-même, prendre nos propres décisions, sans qu’un objet nous mette face aux possibilités d’erreur. Ce qui m’inquiète, c’est qu’un événement viendrait à bloquer tout système connecté dont nous dépendrons. Quand nous manquons de l’électricité, même si nous sommes dépendants, nous pouvons finir par trouver des choses différentes à faire et à s’entraider, mais sans technologie, c’est tout un pays qui peut se trouver paralyser
Nuage

 

L’araignée technologique tisse sa toile

 

techno handi

création de Pawel Kuczynski

Étienne Grenier

Avec cette multiplication des dénominations d’objets ou de technologies « intelligentes » ou « smart », il y aurait peut-être lieu de se demander ce qu’est vraiment l’intelligence.

À la base, l’intelligence d’un objet était plutôt lié à sa connectivité; les télévisions sont devenues « intelligentes » lorsqu’on a commencé à pouvoir y naviguer sur Internet. Puis, ce sont les autos, les montres, les lunettes, les brosses à dents et autres objets triviaux de la vie qui ont suivi. Lorsqu’on questionne dictionnaires et autres sources sémantiques, on apprend que l’intelligence est un mot fourre-tout qui dénote parfois des qualités mentales (analyse, synthèse, conceptualisation), parfois des qualités d’adaptation et parfois des capacités relationnelles. Au final, l’intelligence englobe toutes les qualités servant à percer le sens, à atteindre une certaine vérité, que ce soit par l’intellect ou par l’intuition. On comprend donc ici qu’on est loin d’une simple connexion à Internet.

Ce qui fait réfléchir, c’est l’avènement de ce « Réseau de tout, » appelé en anglais leInternet of Things (ou IoT). L’Internet ne serait donc plus ce réseau utile que l’on peu consulter à notre guise, mais une toile technologique au sein de laquelle nos vies sont traduites en 1 et en 0. Aujourd’hui, la notion d’intelligence appliquée aux objets a d’ailleurs passablement évolué : un objet intelligent est certes connecté à Internet, mais il est aussi doté de capteurs aux multiples fonctions. Pulsions cardiaques, calories ingérées, niveaux de sommeil… La liste est longue, et elle s’allonge année après année. Du point de vue du consommateur, tout cela ne relève encore que du gadget, sans portée utilitaire véritable. Pris globalement, par contre, le potentiel est immense.

On parlera ainsi du Internet of Things lorsque nos vies seront non seulement remplies d’objets connectés, mais lorsque cette interconnexion servira à dégager des fonctions utiles. Un événement ici entraînera une conséquence là. Mais à cet instant où l’échange et le traitement de cet amas d’informations se fera ainsi, pourra-t-on parler de réelle intelligence? Ces objets interconnectés, régis par des lois mathématiques et se multipliant sans arrêt, telles de vraies bactéries, n’agiront-ils pas, en somme, comme des neurones et des cellules sensibles? Accumulant l’information et incapables lorsqu’elles sont seules, celles-ci forment un tout qui nous est bien connu : l’être humain doté d’intelligence. La boucle est ainsi bouclée; l’humain, par son intelligence, aura créé une intelligence plus grande que lui dont il sera, en fin de compte, l’objet.

Une autre question peut survenir : à force de prêter des qualités intellectuelles aux objets qui nous entourent, qu’arrivera-t-il à la nôtre? Noble est l’idée de se libérer l’esprit, mais pas pour le remplir d’idées creuses et de technicalités. Architectes de notre manoir, deviendrons-nous superviseurs de notre prison? Triste sera le jour où la vie humaine sera réduite à une statistique bêtement mathématique. Science-fiction, me direz-vous. À l’heure actuelle, j’en conviens, mais l’avènement d’une vie mesurée, quantifiée et interconnectée change la donne. À la manière des précogs du filmRapport minoritaire, les algorithmes mathématiques traiteront l’information de ces 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020 (selon Cisco) pour en tirer des conclusions et prévoir certains événements.

Pour conclure, puissent ces mots de Maurice Maeterlinck, Nobel de littérature en 1911, nous donner matière à réflexion :

« L’intelligence est la faculté à l’aide de laquelle nous comprenons que tout est incompréhensible. »

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L’illustration présentée avec cet article est une création de Pawel Kuczynski, artiste polonais dont les oeuvres satiriques sont toutes plus percutantes les unes que les autres. Pour en savoir plus, visitez son site web.

http://quebec.huffingtonpost.ca/