A-t-on vraiment besoin d’un drap connecté ?


Presque tout peut ou deviendra connecté d’ici quelques années. Doit-on se préoccuper des données de la vie privée, du piratage des objets connectés ? Si une simple coupure de courant qui dure plus d’une journée, nous sommes démunis devant le silence, devant notre dépendance face aux appareils électriques. Et que dire une panne de réseau sans ordinateurs, aller retirer de l’argent au guichet automatique, payer à la caisse dans un magasin ?
Nuage

A-t-on vraiment besoin d’un drap connecté ?

L'idée du drap connecté a permis à ses inventeurs de lever des fonds impressionnants.

L’idée du drap connecté a permis à ses inventeurs de lever des fonds impressionnants. © Capture d’écran / Luna/Indiegogo.com

Par GUILLAUME GRALLET

L’annonce, postée sur le site de financement participatif Indiegogo, paraît à peine croyable : Luna, une start-up californienne, propose d’équiper votre lit d’un drap connecté. Ce linge de lit observe les différences de température d’un côté et de l’autre du lit, les cycles du sommeil en fonction des mouvements, mais aussi les rythmes de respiration ou encore les rythmes cardiaques. Et ce, grâce à différents capteurs électroniques.

Fichtre ! Les inventeurs de ce nouveau gadget high-tech expliquent qu’il est important de bien connaître les cycles de sommeil pour ensuite les corriger et passer une meilleure nuit. Soit. Mais a-t-on vraiment besoin de toutes ces données, retransmises en direct sur un écran dans la chambre ? Et surtout, alors que ces objets seront stockés à domicile, on se demande si le respect de la vie privée – et en l’occurrence de l’intime – existera encore… Qu’adviendra-t-il en cas de piratage de ce système crypté ? Notre assureur nous demandera-t-il un jour un historique de notre sommeil ?

Overdose

Certes, on pourrait dire qu’il n’y a pas grand-chose de nouveau sous la lune, puisqu’il s’agit d’un objet connecté de plus – l’équipementier suédois Ericsson prévoit en effet 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020, soit plus de cinq par habitant. Cela va de la cuillère connectée, elle aussi très anecdotique, à la canne électronique pour aveugle qui, elle, peut s’avérer très utile.

Mais, alors que le temps de connexion aux objets électroniques ne cesse de s’allonger, les nouveaux objets connectés, à force de vouloir entrer dans notre intimité, ne risquent-ils pas de produire l’effet inverse recherché, c’est-à-dire susciter une overdose, alors qu’au départ ils devaient être des béquilles de notre quotidien ?

Toutes ces interrogations ne traversent apparemment pas l’esprit des inventeurs qui ont déjà récolté plus de 200 000 dollars en moins d’une journée sur la plateforme de financement participatif (dont quelque 100 000 dollars sur les six premières heures), alors qu’ils en espéraient 100 000. Mieux, ils proposent à ceux qui acceptent de donner 3 900 dollars – ils sont déjà plusieurs -, pour « soutenir » ce projet, une livraison par drone…

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