Vous ne devinerez jamais tout ce qu’on peut trouver dans un cheveu…


S’il y a un élément de notre corps qui pourrait tout dire de ce que nous avons consommé, si nous sommes stressés, si nous prenons bien un traitement ou encore même des renseignements sur un foetus est bien une mèche de cheveux et encore mieux qu’un test sanguin, vue les cheveux ont une mémoire de plusieurs mois
Nuage

 

Vous ne devinerez jamais tout ce qu’on peut trouver dans un cheveu…

 

 

Imputrescible, le cheveu est constitué majoritairement (85 %) de protéines (mais aussi d’eau, de lipides et d’éléments minéraux). Ici, gros plan au microscope. ©STEVE GSCHMEISSNER / SGS / Science Photo Library Imputrescible, le cheveu est constitué majoritairement (85 %) de protéines (mais aussi d’eau, de lipides et d’éléments minéraux). Ici, gros plan au microscope. ©STEVE GSCHMEISSNER / SGS / Science Photo Library

Par Sylvie Riou-Milliot

Consommation d’alcool ou de cannabis, stress, dopage, empoisonnement… Tout est contenu dans vos cheveux qui ont littéralement une mémoire d’éléphant.

 

CHEVEUX. Avez-vous consommé de l’alcool ou du cannabis ces trois derniers mois ? Êtes-vous stressé ? Dopé ? Est-on en train de vous empoisonner ? Voilà quelques-unes des questions dont la réponse est curieusement contenue… dans vos cheveux ! La liste des substances étrangères (xénobiotiques) que peut stocker la chevelure est en effet interminable : alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne, médicaments, cortisol (l’hormone du stress), amphétamines, stéroïdes anabolisants, arsenic, pesticides, perturbateurs endocriniens Et si les analyses sont désormais utilisées pour le dépistage de stupéfiants et d’alcool, et reconnues par les tribunaux, d’autres applications sont possibles.

Une mémoire éléphantesque

Car le cheveu a de la mémoire ! Il se comporte toujours comme un calendrier rétrospectif de notre consommation, une petite mèche de la taille du diamètre d’un crayon à papier pouvant suffire à tout révéler. Et cette mémoire est éléphantesque… d’où son avantage sur les autres tests biologiques, sanguins et urinaires. Car si ces derniers détectent la présence des différentes substances recherchées, cette mémoire « s’efface » dans un délai de quelques heures à quelques jours après l’absorption. Ainsi une analyse sanguine doit-elle être faite dans les heures qui suivent une prise d’alcool, par exemple, sous peine de ne plus rien révéler. Or le cheveu garde la trace de ces mêmes produits pendant… plusieurs mois !

« Comme les cheveux poussent d’un centimètre par mois, leur analyse centimètre par centimètre permet de remonter dans le temps l’histoire de nos consommations ou expositions : 3 mois pour 3 centimètres, 6 mois pour 6 cm, etc. », détaille Pascal Kintz, docteur en pharmacie et expert judiciaire à l’institut médico-légal de Strasbourg, spécialiste international renommé.

C’est d’ailleurs cet expert qui a analysé les cheveux de Napoléon et permis d’authentifier son empoisonnement par de l’arsenic minéral (mort aux rats), ou a retrouvé des traces de consommation de cocaïne dans les momies péruviennes datées de 3000 ans avant J.-C.

« Longtemps réservés à la médecine légale, les tests capillaires connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt », poursuit le Pr Isabelle Morel, responsable du service de toxicologie au CHU de Rennes.

L’Académie de pharmacie vient d’ailleurs de proposer leur usage systématique dans le cas des restitutions du permis de conduire quand celui-ci a été retiré suite à une conduite sous l’emprise de l’alcool et pour garantir un sevrage durable. Une pratique qui pourrait en théorie être élargie au suivi de consommation de cannabis.

Comment faire parler le cheveu.

Imputrescible, le cheveu est constitué majoritairement (85 %) de protéines (mais aussi d’eau, de lipides et d’éléments minéraux). C’est tout simplement par le réseau sanguin des capillaires qui l’irriguent que se fait l’incorporation des substances étrangères en circulation dans le sang.

En pratique, il suffit de couper une mèche d’environ 60 à 100 cheveux en arrière de la tête, une zone ou la vitesse de pousse est constante. La mèche est ensuite orientée, par nouage d’une cordelette, de manière à différencier la racine de la pointe. L’étape d’analyse par le laboratoire de toxicologie fait intervenir des technologies sensibles et spécifiques, comme les spectromètres de masse, couplées à des techniques de chromatographie gazeuse ou liquide. Des équipements sophistiqués disponibles dans moins de 10 laboratoires en France.

Toutes les substances sont décelables dans les cheveux » – Dr Kintz

Mais nos cheveux recèlent bien d’autres secrets. Exemple avec la lutte antidopage chez les sportifs :

« Toutes les substances sont décelables dans les cheveux à l’exception de l’érythropoiétine, l’insuline et l’hormone de croissance en raison de leur poids moléculaire trop important, rendant impossible leur circulation dans les microcapillaires », détaille le Dr Kintz. Autre recherche possible, celle d’une consommation régulière de stupéfiants

. « Couramment réalisés aux États-Unis à l’embauche depuis plus de quinze ans dans des secteurs considérés à risque (armée, transports, énergie), ils demeurent interdits en France », note l’expert.

Pour le suivi thérapeutique aussi…

Mais l’analyse du cheveu peut aussi renseigner sur ce que les spécialistes nomment la « compliance » ou l’observance thérapeutique, c’est-à-dire la prise régulière et à bonne dose par le patient du traitement qui lui a été prescrit.

« Cela peut être très utile dans le cadre du suivi d’une maladie chronique ou d’un sevrage médicamenteux aux benzodiazépines », signale le Pr Morel. Ou bien encore aider au diagnostic ! « Comme les cheveux apparaissent in utero au 3e trimestre de la grossesse, leur analyse peut constituer une aide intéressante face, par exemple, à une malformation cardiaque complexe et rare que l’on a du mal à caractériser chez un enfant dont la mère a pendant la grossesse consommé différents stupéfiants », détaille le Dr Kintz.

Mais avec une petite mèche de cheveu, il est aussi possible d’apprécier le niveau de stress. En y dosant le cortisol – l’hormone du stress – comme l’ont montré des analyses menées aux Pays-Bas et publiées en 2013.

Enfin, dernière application possible, l’évaluation de l’exposition aux polluants, pesticides et autres perturbateurs endocriniens. En revanche, aucune chance pour que ces tests ne sortent du laboratoire et soient un jour d’usage domestique, dits home test.

« Les étapes de décontamination des cheveux, d’extraction et d’analyse nécessitent un savoir-faire et du matériel très spécialisé et sophistiqué, mais surtout l’interprétation des résultats requiert les capacités d’expertise d’un spécialiste », conclut le Pr Morel.

http://www.sciencesetavenir.fr/

Une réponse à “Vous ne devinerez jamais tout ce qu’on peut trouver dans un cheveu…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s