Dans la tête des terroristes Des chercheurs se sont intéressés à la psychologie des terroristes et déboulonnent des mythes


Aucune personne sensée qu’elle soit croyante ou non est en accord avec le terrorisme et les attentats. Alors qui sont ces terrorismes qu’on appelle des islamistes ? Accusé a qui mieux-mieux, on finit par créer un gouffre d’intolérance avec un groupe ciblé, alors qu’ils n’ont pourtant rien à voir avec ces actes. Bref, le terrorisme est comme une maladie, pour l’affronter, il faut en connaitre le mécanisme, la cause, pour espérer un traitement adéquat ainsi que faire de la prévention
Nuage

Dans la tête des terroristes : Des chercheurs se sont intéressés à la psychologie des terroristes et déboulonnent des mythes

Isabelle Maher

Comment se fabrique un terroriste? Que se passe-t-il dans la tête de ces gens qui se radicalisent? Des chercheurs qui ont interrogé des milliers de djihadistes à travers le monde affirment que pour arriver à les neutraliser, il faut d’abord comprendre ce qui les motive.

Ils étaient fiers d’enfiler une ceinture bourrée d’explosifs. Une simple pression du doigt et ils se faisaient sauter dans un lieu public. Ils se croyaient à un bouton du «paradis», d’une mort héroïque.

Heureusement, certains terroristes ratent leur coup. Mieux encore, ils se confient à des chercheurs. Grâce à ces entretiens, les scientifiques ont pu tirer de précieuses informations sur les djihadistes.

Jocelyn Bélanger est un de ces chercheurs. Le psychologue spécialiste des processus de radicalisation a travaillé avec des scientifiques établis aux États-Unis, au Maroc, en Espagne, aux Philippines, en Palestine et au Sri Lanka.

Le professeur au département de psychologie de l’UQAM a colligé et analysé des tonnes de données recueillies auprès de 11 000 terroristes. Des person­nes qui ont entrepris un processus de déradicalisation. Certaines rencontres ont eu lieu dans des prisons du Sri Lanka. Un véritable voyage dans le cœur et la tête des radicaux, résume-t-il.

Retrouver leur dignité

«Ces gens se sentent humiliés, rejetés, ostracisés. Ils rejoignent les groupes radicaux pour retrouver rapidement une image positive d’eux, un certain statut et un prestige», décrit Jocelyn Bélanger.

Le chercheur est convaincu que les Martin Ahmad Rouleau, Michael Zehaf Bibeau et autres jeunes radicaux de ce monde ont tous un point en commun: un fort sentiment d’impuissance et de perte de contrôle sur leur vie.

«Ce sentiment fait mal, très mal. En neuroscience, on sait que la douleur déclenchée par le rejet social active les mêmes régions du cerveau que la douleur physique. Ces gens souffrent terriblement d’une perte de sens personnel», explique le psychologue, qui s’appuie sur des travaux publiés dans la prestigieuse revue Science.

Effet instantané

Le premier signe de la radicalisation est une forte intolérance à l’opinion des autres, car leur esprit devient rigide, poursuit le chercheur.

«Comme le but des jeunes radicaux est de trouver un sens et qu’ils cherchent un moyen rapide d’y arriver, ils vont rejoindre une organisation radicale qui va répondre à ce besoin. Pour eux, c’est plus rapide que de faire du bénévolat ou d’entreprendre une thérapie», observe-t-il.

Le problème auquel on fait face présentement, c’est que les organisations terroristes permettent d’assouvir instantanément et efficacement cette quête de sens, affirme Jocelyn Bélanger.

Les personnes radicalisées sont rarement des idéologues, ce sont des chercheurs de sens, il ne faut pas l’oublier, conclut-il.

7 idées fausses sur les personnes qui se radicalisent

Croire que ce sont des « fous »

« Dans de très nombreux cas, la maladie mentale n’est pas présente. Les organisations terroristes ne sont pas intéressées à recruter des fous parmi eux, ils veulent de bons soldats qui obéissent. »

Croire que ce sont des intégristes religieux

« Souvent ils connaissent même très mal leur religion. En discutant avec un imam, ils se font dire que leurs croyances religieu­ses radicales n’ont rien à voir avec le Coran. Aucune théorie religieuse ne justifie la violence terroriste. »

Ce sont des immigrants provenant des pays du Maghreb

« L’immigration a peu à voir avec la radicalisation. Des attentats sont commis par des gens nés ici, on l’a vu avec Martin Rouleau ou Michael Bibeau. »

Les jeunes radicaux ont un profil type

« Ils viennent de toutes les couches de la société et n’entrent dans aucun moule. Bref, n’importe qui peut se radicaliser. »

On doit les traiter comme des criminels

« Ces gens sont déjà socia­lement marginalisés et humiliés. Il faut les aborder comme des humains si on veut qu’ils agissent comme des humains. »

Croire qu’ils sont irrécupérables

« Des recherches ont montré que même des terroristes hardcore ont été récupérés. »

Démoniser les radicaux

« On démonise ce qu’on ne comprend pas. Évidem­ment, ceux qui commettent des crimes doivent être punis. Mais il faut aussi comprendre pour mieux agir. » -Jocelyn Bélanger, spécialiste en processus de radicalisation et professeur au département de psychologie de l’UQAM.

À quand un programme de déradicalisation chez nous ?

«Le Canada est en retard et il doit se doter d’un programme de déradicalisation, c’est la clé du succès», affirme Jocelyn Bélanger, qui s’interroge sur l’absence de mesures chez nous pour réhabiliter les jeunes radi­caux.

Le professeur au département de psychologie de l’UQAM a fait partie d’un groupe de chercheurs financé par le Département de la défense américaine pour comprendre les processus de radicalisation et de déradicalisation sur plusieurs années et dans plusieurs pays.

Selon lui, les programmes de déradicalisation présents aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans certains pays du Moyen-Orient et de l’Asie représentent une stratégie très efficace de lutte contre le terrorisme.

Ces programmes, dont l’approche consiste à traiter les jeunes radicaux comme des «bénéficiaires» et non comme des «criminels», obtiennent des taux de récidive variant entre 0 % et 10 % dans des pays comme l’Arabie saoudite, l’Irak et le Sri Lanka, affirme le chercheur.

Ces formations offrent aussi aux jeunes djihadistes la possibilité d’apprendre un nouveau métier qui leur permettra de redevenir des membres actifs dans la société.

«Quelqu’un qui a un emploi valorisant sera moins tenté d’accepter de se faire payer entre 20 $ et 100 $ pour faire exploser un convoi en Irak», plaide le chercheur.

Rien dans les cartons

Il y a actuellement 90 Canadiens radicalisés sous surveillance de la GRC, mais aucun programme de déradicalisation dans les cartons du service de police national.

«Ces individus radicalisés sont rencontrés, on a des gens formés pour parler avec eux, mais pas de programme appelé «déradicalisation», explique le sergent Luc Thibault. On offre aussi une formation de trois jours pour ceux qui interviennent auprès de cette clientèle», ajoute le porte-parole de la GRC à Montréal.

Le 8 décembre dernier, Jocelyn Bélanger s’est présenté devant le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense pour expliquer le point de vue de la science sur le terrorisme et demander un programme de déradicalisation au Canada.

«Si notre objectif est la paix, il faut se donner les outils pour y arriver et trouver un moyen d’intégrer ces gens dans la société», plaide-t-il.

http://www.journaldequebec.com

Une réponse à “Dans la tête des terroristes Des chercheurs se sont intéressés à la psychologie des terroristes et déboulonnent des mythes

  1. çà me parait pertinent ….
    Je ne sais pas si ce programme de déradicalisation existe en France ,mais çà m’étonnerait .
    Par contre il y a beaucoup de gens qui ne sont pas intégrés dans la société , de plus en plus …
    Donc influençables , une petite promesse et….ils font ce qu’on leurs demande croyant pouvoir ré exister socialement….

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