Record mondial de couvaison pour une maman pieuvre


C’est tout un record de couvaison de nourrir et protéger ses oeufs pendant près de 4 ans. Il semble que les animaux marins vivant aux profondeurs des mers prennent plus de temps pour la préparation des nouveaux bébés. Alors qu’en est-il des animaux marins vivant encore plus creux dans des eaux plus froides ?
Nuage

Record mondial de couvaison pour une maman pieuvre

 

Il est courant, chez ce céphalopode, d’avoir des durées de couvaison de un à trois mois. Crédits photo : Andreas Gradin/Andreas Gradin – Fotolia

Un poulpe s’est occupé de ses œufs durant quatre ans et demi avant leur éclosion.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il semble bien que ce soit vrai: une maman pieuvre (les chercheurs qui l’ont suivie pendant tout ce temps l’avaient baptisée «Octomom») a «couvé» sa progéniture pendant cinquante-trois mois, soit presque quatre ans et demi. C’est ce que soutiennent, preuve à l’appui, des chercheurs américains de l’Institut de recherche du Monterey Bay Aquarium dans des travaux publiés dans Plos One. Ce qui fait de cette mère poulpe la détentrice du record toutes catégories de durée de couvaison du règne animal.

L’histoire commence en avril 2007. L’équipe de recherche, sous la direction de Bruce Robison, dispose d’un bateau et d’un sous-marin télécommandé, guidé à distance par un fil, équipé de caméras, de bras articulés, de tuyaux de succion, etc. Dans le cadre de ses missions de surveillance et d’exploration, elle lui fait effectuer une plongée dans le Pacifique non loin de ses laboratoires, vers une vallée sous-marine s’enfonçant à 1397 mètres de profondeur. Ils savent que c’est un endroit où les pieuvres des profondeurs aiment à se reproduire. Et effectivement, ils en trouvent une, solitaire, de l’espèce Graneledone boreopacifica. Ils la prennent en photo.

Trente-huit jours plus tard, en mai 2007, ils replongent au même endroit. La pieuvre, aisément identifiable aux taches et cicatrices qu’elle porte, est encore là, sur un piton rocheux. Et est «accompagnée» d’un couvain de plus d’une centaine d’œufs qui mesurent 1,5 cm de long et 0,5 cm de large. Dans les quatre ans et demi qui vont suivre, les scientifiques retourneront dix-huit fois sur le site. Et retrouveront à chaque fois la même pieuvre, baptisée très vite «Octomom», et ses rejetons encapsulés.

  • Les pieuvres ne se reproduisent qu’une seule fois. Après la fécondation par un mâle, la femelle couve ses œufs et meurt après leur éclosion.

Il est courant, chez ces céphalopodes, d’avoir des durées de couvaison de un à trois mois, pendant laquelle la mère veille sur les œufs, les nettoie, les oxygène et les nourrit. Mais on ne connaît que très mal ce qu’il se passe chez ceux qui vivent en grande profondeur. Là, il ne fait que quelque 3°. Le développement des bébés pieuvres dans leur enveloppe est donc plus lent que pour des pieuvres vivant plus près de la surface. La dernière fois que les chercheurs ont vu les œufs, ils mesuraient 3,5 cm de long pour 1,5 cm de large.

Parallèlement, la maman poulpe qui, au départ, a une «robe violet pâle, très texturée» va voir celle-ci, au fil des mois, devenir blanche. Et son corps va se ratatiner progressivement, sa peau se plisse, ses yeux deviennent vitreux et ses tentacules se décolorent. Des transformations dues au fait qu’elle nourrit ses bébés avec ses propres réserves. Les chercheurs n’ont pas vu la femelle bouger ni se nourrir pendant leurs visites. Des bouts de crabe présentés à la pieuvre par le bras articulé du sous-marin ont été ignorés.

Si elle s’est nourrie, c’est de manière extrêmement frugale. Le fait qu’elle ne bouge pas fait que son métabolisme très bas ne doit pas consommer beaucoup d’énergie. En quelques occasions, les chercheurs ont pu noter un léger changement de position de la maman pieuvre, l’un ou l’autre de ses tentacules ayant légèrement bougé, sans cesser de protéger les œufs. Mais ni les vibrations occasionnées par les rotors du sous-marin (ils ne s’en sont rapprochés très près que rarement) ni les lumières des projecteurs ne l’ont fait bouger ou fuir.

En septembre 2011, elle est toujours là. Mais à la plongée suivante, en octobre de la même année, elle a disparu et il ne reste que quelque 160 enveloppes d’œufs vides. La mère pieuvre est vraisemblablement morte car il est de «tradition» qu’elle meure lors de l’éclosion.

Les annales avaient déjà enregistré le cas d’une pieuvre en captivité, vivant à 7 °C, qui avait couvé quatorze mois. Chez les poissons, le record d’incubation est de quatre à cinq mois pour une espèce vivant en Antarctique. Le manchot empereur couve sans interruption pendant deux mois. Et l’on dit que la salamandre alpine a une période de gestation interne de quarante-huit mois. Il sera pourtant désormais difficile de déloger Mme la Pieuvre de la plus haute marche de ce podium.

http://www.lefigaro.fr/

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