Le mystère de l’enfant aux bois de cerf


Il y a 100 mille ans un enfant meurt et fût enterré d’une façon particulière en rapport avec les autres sépultures, Pourtant cet adolescent à cause d’une blessure, avait un cerveau d’un enfant de 6 ans et son comportement devait être très différent du reste du groupe. A-t-il représenté quelque chose de particulier pour sa tribu ?
Nuage

 

Le mystère de l’enfant aux bois de cerf

 

La sépulture de l'adolescent à Qafzeh Anne-Marie Tillier

La sépulture de l’adolescent à Qafzeh

 

Le crâne d’une des plus anciennes sépultures de la préhistoire vient d’être passé au scanner. Les résultats éclairent les raisons de l’inhumation, il y a près de cent mille ans.

En juillet 1965 débarque en Israël un jeune préhistorien qui n’a même pas trente ans, Bernard Vandermeersch. Il est là pour étudier la grotte de Qafzeh, à deux kilomètres de Nazareth, dans le nord du pays. Il ne le sait pas encore, mais il va y faire l’une des plus importantes découvertes de sa vie. Avec un chercheur israélien, il met au jour en effet des squelettes d’hommes anciens, à l’anatomie semblable à la nôtre. Stupeur : ceux-ci semblent avoir manipulé les mêmes outils que les néandertaliens. Allons donc… Des outils archaïques dans les mains d’une espèce évoluée comme la nôtre ? L’annonce fait lever de nombreux sourcils chez les paléoanthropologues.

Ces derniers ne sont pas au bout de leurs surprises. Car en 1988, la nouvelle tombe : les fossiles de Qafzeh ont plus de 90 000 ans. Eux qu’on voyait comme des cousins orientaux de l’homme de Cro-Magnon sont près de soixante mille ans plus anciens. L’histoire de notre espèce, les Homo sapiens modernes, se révèle bien plus longue que prévu. Elle plonge ses racines en Afrique, et bien plus loin dans la Préhistoire que ne le pensaient les chercheurs.

Et ce n’est pas fini. Car plusieurs années auparavant, ce site extraordinaire avait dévoilé un autre de ses trésors. Le 17 août 1969, l’équipe met en effet au jour une des plus anciennes sépultures du monde, et peut-être la plus frappante de la préhistoire. Elle est, encore aujourd’hui, sans véritable équivalent à une époque aussi ancienne.

C’est un adolescent, de douze ou treize ans. Il est sur le dos, au fond d’une petite fosse creusée dans un calcaire tendre. Ceux qui l’ont enterré lui ont replié les jambes et mises sur le côté. Sur ses hanches, ils ont déposé un gros bloc de calcaire. Ils lui ont allongé les bras sur la poitrine. Et entre ses mains, posées près de son cou, ils ont laissé une curieuse offrande : les bois d’un cerf, ou d’un grand daim, encore attachés à un morceau du crâne de celui-ci.

Les archéologues remarquent que l’adolescent a une fracture sur le front. Sans doute causée par un coup, ou une pierre. Ils décident de confier les restes à un médecin pour qu’il les examine. Ce dernier constate que la lésion a cicatrisé. Ce qui veut dire que l’enfant a survécu. Le médecin penche donc plutôt pour un choc léger, sans grande conséquence.

Mais l’une des anthropologues de l’équipe, qui a elle aussi étudié les restes, a toujours conservé un doute. Or au cours des années 1980, des chercheurs commencent à utiliser des scanners sur des crânes d’hommes fossiles. Au milieu des années 2000, les progrès de la technique permettent de réaliser des empreintes 3D extrêmement précises de l’intérieur de crânes fossiles. Une sorte de moulage virtuel du cerveau. D’où l’idée des chercheurs d’appliquer la technique à l’enfant de Qafzeh. Le fossile est envoyé pour cela dans un hôpital de la côte, à Haïfa.

Vu par l'arrière, le cerveau reconstitué de l'adolescent, superposé à son crâne. Il a été touché un peu au-dessus du front, à droite.

Vu par l’arrière, le cerveau reconstitué de l’adolescent, superposé à son crâne. Il a été touché un peu au-dessus du front, à droite.

Et ces techniques montrent que la blessure de l’adolescent était beaucoup plus grave qu’on ne l’avait pensé. D’abord parce qu’elle a entraîné un retard de croissance majeur.

 « Son cerveau a la taille de celui d’un enfant de six ans » explique Hélène Coqueugniot, du CNRS, qui a conduit l’étude.

Autrement dit, il a reçu ce coup dans l’enfance. D’où des séquelles irréversibles. Après, savoir exactement quelles en ont été les conséquences neurologiques reste un exercice périlleux. D’après les zones du cerveau touchées, il pouvait avoir du mal à contrôler ses mouvements, à réaliser certaines tâches, et/ou à fixer son regard.

Bref, il avait très certainement une personnalité singulière, un comportement étrange pour le groupe d’hommes et de femmes avec qui il vivait. Est-ce pour cela qu’à sa mort, il a bénéficié d’un traitement spécial ? Car sa tombe est unique. Toutes les autres sépultures de la grotte sont beaucoup plus simples. Au mieux une fosse, et jamais d’offrandes. Incontestablement, cet adolescent qui n’était pas comme les autres, incarnait quelque chose pour le groupe venu l’enterrer dans cette grotte, il y a près de cent mille ans.

Nicolas Constans

Anne-Marie Tillier

  • Hélène Coqueugniot (CNRS), Olivier Dutour (EPHE) (et à Frank Rühli (université de Zürich) pour son avis).

  • La publication scientifique : H. Coqueugniot et al.,PLoS ONE 9(7): e102822. 2014

  • Les plus anciennes sépultures du monde sont dix à vingt mille ans plus anciennes. Elles se trouvent dans le site cousin de Qafzeh, Skhul, également dans le nord d’Israël. C’est l’archéologue britannique Dorothy Garrod qui les a mis au jour dans les années 1930. (Elle a également co-découvert les frises sculptées du Roc-aux-sorciers en France).

  • Les fossiles de Qafzeh et Skhul sont parmi les plus anciens hommes modernes du monde (i.e. avec la même anatomie que nous). Il y a eu par la suite d’autres découvertes. Savoir ceux qui sont les plus anciens ne fait pas l’objet d’un consensus chez les paléoanthropologues. Les noms de l’homme de Herto (150 000 ans) et d’Omo Kibish (200 000 ans) en Éthiopie sont néanmoins fréquemment cités.

  • Moshe Dayan, par Anefo / Croes, R.C.− https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Anefo_930-3763_Moshe_Dayan_27-07-1979.jpg − CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.frMoshe Dayan Féru d’antiquités, le stratège militaire de la guerre des Six jours a aidé les fouilles de Qafzeh. Il dépêche d’abord une équipe de démineurs dans la grotte en 1965. Puis il mettra à disposition un hélicoptère militaire pour transporter certains squelettes en laboratoire. À l’époque, le général passait pour un paisible archéologue amateur. Mais aujourd’hui, son goût immodéré pour les antiquités n’a plus bonne presse. Car la plupart de ses « fouilles » s’apparentaient en fait clairement à du pillage, d’après cet article du Haaretz ou cette étude détaillée, en anglais.

    http://archeo.blog.lemonde.fr

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