Comment enseigner quand on a du mal à écrire?


Je fais des fautes, je pourrais faire mieux, je sais, mais je n’aurais jamais pu être professeur, justement à cause de mes grandes lacunes en français. Il est dommage aujourd’hui, que l’enseignement a pris un mauvais virage depuis des décennies et que la formation des professeurs semblent laisser à désirer
Nuage

 

Comment enseigner quand on a du mal à écrire?

 

«Pour corriger les messages aux parents ou aux autres enseignants, j'utilise... (Photo Érick Labbé, archives Le Soleil)

PHOTO ÉRICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

LOUISE LEDUC
La Presse

«Pour corriger les messages aux parents ou aux autres enseignants, j’utilise tout le temps mon ordinateur portable et le logiciel Antidote. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui. Je pense même que c’est grâce à ce logiciel que j’ai passé mon bac. Je l’utilise tout le temps quand je corrige et quand j’écris.»

C’est là l’une des perles contenues dans une étude de Geneviève Carpentier présentée cette semaine au congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).

Menée auprès d’enseignants débutants du primaire, cette recherche met en lumière le sentiment d’insécurité qui les habite quand ils écrivent au tableau ou quand ils envoient des messages aux parents.

Mme Carpentier, chargée de cours à l’Université du Québec en Outaouais, insiste sur le fait que son étude ne prétend aucunement être représentative des compétences en français des enseignants du Québec en général, mais qu’elle vise plutôt à documenter les effets au quotidien d’une piètre maîtrise de la langue.

Questionnaires

Dans un premier temps, des questionnaires ont été envoyés à tous les enseignants débutants de trois commissions scolaires. Quarante-quatre enseignants âgés de 20 à 30 ans l’ont rempli, sur une base volontaire.

Dans un deuxième temps, des entrevues plus poussées ont été réalisées avec 11 des enseignants de l’échantillon qui disaient éprouver des difficultés à écrire sans faute.

Environ la moitié des 44 enseignants sondés, peut-on lire, ont du mal à écrire, et ce, bien qu’ils aient tous été acceptés au baccalauréat et qu’ils aient tous réussi l’examen de français obligatoire imposé aux étudiants en enseignement ou son équivalent, fait remarquer Geneviève Carpentier.

«Quatre enseignantes, peut-on lire, ont fait le lien entre l’obtention de leur diplôme et le logiciel Antidote. Une de ces enseignantes mentionne ceci: «Les travaux en équipe et les très rares examens écrits [à l’université] m’ont permis de me faufiler sans souci».»

«Mes amies ne veulent pas aller au troisième cycle parce que la gestion de classe est trop difficile. Moi, je suis vraiment bonne là-dedans, mais je ne veux pas leur enseigner parce que je ne suis pas assez bonne en français.» Une enseignante sondée par la chercheuse Geneviève Carpentier

Insécurité

Ce qui ressort clairement de cette étude, c’est l’insécurité criante des enseignants dès qu’ils ont à écrire et leur crainte de perdre toute crédibilité s’ils font des fautes.

À deux reprises, a illustré l’une des enseignantes, un parent a encerclé au crayon des fautes contenues dans le petit message qu’elle lui avait transmis la veille.

«Les deux fois, j’ai tellement pleuré parce que je me sentais tellement mal et que j’avais peur que les parents fassent une plainte à la direction. […] Chaque fois que le directeur veut me voir, je me demande si c’est ça.»

Les 11 enseignants ayant été retenus pour les entrevues semi-dirigées en raison de leurs lacunes ont d’ailleurs tous dit que «les messages aux parents sont une grande source de stress».

Au lieu d’écrire un petit mot aux parents et de risquer de faire des fautes, neuf d’entre eux ont expliqué qu’ils préféraient leur téléphoner.

D’autres conservent dans leurs ordinateurs des banques de messages génériques (trouvés ou pas sur l’internet).

Ce qui a le plus surpris Geneviève Carpentier, c’est d’entendre des enseignants lui dire à quel point ils n’aiment pas écrire.

«Comment peut-on se lancer dans cette profession sans savoir qu’une grande partie de la journée est passée à le faire?»

En classe, les enseignants qui se savent faibles en français passent beaucoup de leur temps à vérifier discrètement l’orthographe de certains mots sur leur iPhone.

«Les élèves s’en rendent compte, surtout les plus vieux, ils le voient bien que je cherche certains mots sur mon cellulaire. Ça mine ma crédibilité.»

Le cours de leur carrière s’en trouve souvent touché.

«Mes amies ne veulent pas aller au troisième cycle parce que la gestion de classe est trop difficile. Moi, je suis vraiment bonne là-dedans, mais je ne veux pas leur enseigner parce que je ne suis pas assez bonne en français», dira l’une.

«Admettons que je fais une faute dans un participe passé au tableau, dira une autre, je sais que ce n’est pas super, mais [mes élèves de 1re année] ne s’en rendront pas compte, c’est moins pire que si j’étais en 5e ou en 6e année.»

Formation universitaire critiquée

Fait à noter, écrit Geneviève Carpentier, les participants à l’étude ont souvent été critiques envers leur formation universitaire. S’ils ont dit qu’ils auraient aimé suivre un cours de trois crédits sur la grammaire, ils ne sont pas enclins «à participer aux formations gratuites demandant un engagement supplémentaire de leur part».

La grande question, c’est de savoir comment ces enseignants qui reconnaissent avoir de grandes lacunes ont pu accéder à la profession.

«Nous devons remettre en question la capacité du TECFÉE [l’examen de français obligatoire soumis aux étudiants en enseignement] à agir comme filtre afin de s’assurer que tous les étudiants qui le réussissent ont vraiment le niveau de compétence scripturale nécessaire pour enseigner.»

http://www.lapresse.ca/

6 réponses à “Comment enseigner quand on a du mal à écrire?

  1. l’linstit de mon fils à l’époque ou mon fils etait en primaire m’a dit alors que je m’inquiétai pour les fautes de mon fiston , donc l’instit me dit, ne paniquez pas moi je note pas vraiment les fautes car en fait l’orthographe c’est une question de maturité
    heu, je suis restée perplexe

  2. Bonsoir,

    J’ai remarqué tes commentaires chez Jack3 et ai eu la curiosité de voir ton blog.
    Je tombe sur cet article qui m’a interessée parce que j’ai vu également en effet que beaucoup d’enseignants (jeunes) font d’énormes fautes de Français.
    Je ne sais pas exactement ce qui a évolué dans l’enseignement mais il semble que les moins de 60 ou 70 ans soient souvent fâchés avec la grammaire en particulier. Quand j’étais à lécole (ce qui ne rajeunit personne), l’apprentissage du français était essentiellement basé sur le « par coeur » celui de la lecture sur la méthode syllabique. Faut-il croire aux vertus de la répétition? 😉
    Bonne soirée,
    Mo

    • je suis dans la tranche d’âge que tu mentionne 😉 et ce que j’ai remarqué dans mon patelin, c’est que l’éducation n’est pas égale partout. Ma belle soeur qui a presque le même âge que moi a eu en français impeccable dans son village alors que moi a quelques km de là dans une petite ville, ce fût différent et de moins bonne qualité.

      Alors que ma fille qui a été dans la même école que moi, s’est aperçu que dans la grande ville que nous sommes maintenant, elle a apprise nombre de règles qu’on enseignent pas ici

  3. Assez inquiétant des instituteurs , profs qui n’écrivent pas correctement ,font des fautes d’orthographe …..Pour ce qui est des jeunes , je pense que l’usage des textos par exemple y est pour beaucoup….
    Je sais que j’aime beaucoup notre langue parce qu’elle est riche (compliquée?) ,permet des « jeux de mots  » ….Mais pour cela , il faut la maitriser ,l’apprendre correctement très tôt

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