Le Saviez-vous ► Novembre 1930. Bien avant Coluche, Al Capone invente les restos du coeur à Chicago


La soupe populaire ne date pas d’hier, lors de la Grande Récession aux États-Unis, a Chicago plus précisément, Al Capone reconnu mondialement a aussi participer a cette forme de  »générosité » Enfin, disons qu’il y avait aussi une idée derrière la tête pour éviter la prison, qui n’a pas vraiment marché
Nuage

 

Novembre 1930. Bien avant Coluche, Al Capone invente les restos du coeur à Chicago

 

Al Capone et sa soupe populaire.

Al Capone et sa soupe populaire. © DR

Par FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

Une longue file d’hommes et de femmes patiente devant le 935 South State Street, un immeuble situé dans l’un des quartiers les plus pauvres de Chicago. La double porte vitrée à battants est surmontée d’une grande banderole blanche sur laquelle chacun peut lire : « Gratuit. Soupe, café et doughnuts pour les chômeurs ». Nous sommes le 4 novembre 1930, jour de Thanksgiving (les actions de grâce).

L’Amérique est plongée en pleine récession, des millions de malheureux ont perdu leur emploi, malgré les promesses de Montebourg de trouver un repreneur pour chacune de leurs entreprises… La Grande Dépression frappe de plein fouet l’Amérique, qui crève de faim. Mais le gouvernement s’en fiche comme de la Bretagne… C’est alors que la plus grande fripouille du pays décide de venir au secours des pauvres crevant la dalle. Al Capone ouvre une soupe populaire à Chicago, où cinq mille miséreux peuvent croquer à pleines dents dans un morceau de dinde.

(…) Comment expliquer cette générosité alors que l’homme a la réputation d’être le plus terrible des tueurs ? (…). Car, bien sûr, il y a une raison cachée derrière le geste du gangster. Il sait les poulets sur ses talons. Ceux-ci on déjà coffré son frère Ralph et son directeur financier pour fraude fiscale. Cela lui pend au nez. Comme les flics sont incapables de l’arrêter pour ses crimes, le FBI veut le faire condamner pour évasion fiscale. C’est pourquoi, sur les conseils de ses avocats, Al Capone décide de se bâtir une image de philanthrope. Passer du statut d’ennemi public numéro un à celui d’ami public numéro un. Et comment mieux y arriver qu’en remplissant le ventre creux des milliers de chômeurs ayant perdu leur emploi ? (…)

Un gangster au milieu de notables

Voilà donc Al Capone qui ouvre une soupe populaire durant l’hiver 1930-1931. Le jour de Thanksgiving, deux reporters du Chicago’s American sont présents sur place pour photographier le gangster au milieu de notables de Chicago, hommes politiques et responsables d’association de charité.

L’un d’eux raconte : « J’ai allumé le flash pendant que Bob retirait le bouchon de l’objectif. L’explosion a été assourdissante et la fumée a rempli la pièce. Je me suis retrouvé en train de me pencher par la fenêtre pour aspirer de l’air frais en compagnie de Capone. Les gardes du corps se tenaient debout, le pistolet à la main, cherchant un éventuel assaillant. Quoi qu’il puisse être, Capone avait un bon sens de l’humour. »

Quarante jours durant, à raison de trois festins quotidiens offerts à mille personnes, le resto du coeur d’Al Capone sert 120 000 repas. Il n’y a pas tous les jours de la dinde au menu, parfois du pot-au-feu, du poulet. Le plus souvent une bonne soupe roborative et du pain. À 31 ans, le gangster est l’homme le plus puissant de Chicago. Il empoche, dit-on, jusqu’à 6 millions de dollars par semaine grâce au racket, au proxénétisme et au trafic d’alcool.

Dans le collimateur des fédéraux

Aussi, les 12 000 dollars qu’il aurait dépensés pour nourrir les chômeurs ne sont qu’une goutte de soupe dans un chaudron. D’autant que ses hommes de main ont gentiment invité les commerçants du quartier à verser leur obole. Pourtant, le gangster n’atteint pas totalement son objectif. Si son apparente générosité lui vaut la reconnaissance populaire, en revanche, ni l’attorney général, qui est à ses basques, ni le fisc ne se laissent impressionner. Au contraire même, ils se demandent d’où vient le pognon. La presse a beau donner la parole aux pauvres qui affirment que le bootlegger (trafiquant d’alcool) fait davantage pour eux que le gouvernement, Capone reste dans le collimateur des fédéraux, qui mettent même les bouchées doubles… après le fameux repas de Thanksgiving.

Le 5 juin 1931, Capone est inculpé pour fraude fiscale et infraction à la loi sur la prohibition. Quatre mois plus tard, il est mis sous les verrous pour huit ans. C’est à son tour de goûter à la bonne soupe gratuite de l’État.

http://www.lepoint.fr

2 réponses à “Le Saviez-vous ► Novembre 1930. Bien avant Coluche, Al Capone invente les restos du coeur à Chicago

  1. Je ne connaissais pas cette histoire , mais il faut avouer que Al Capone était rusé : En faisant cette  » bonne action  » , il se faisait une bonne réputation et étant donné le racket ne perdait rien….

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