La peur des nouveaux aliments


Il y a certaines périodes de l’enfance que manger des nouveaux aliments est une guerre déclarée. Faut-il s’inquiéter si l’enfant ne veut pas manger ou manque très peu? A-t-il une peur démesurée face aux nouveauté alimentaire ?
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La peur des nouveaux aliments

 

Les aliments qu'accepte de manger Nathaniel tiennent en quelques lignes.... (Photos.com)

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VALÉRIE SIMARD
La Presse

Les aliments qu’accepte de manger Nathaniel tiennent en quelques lignes. Impossible, grosso modo, de lui faire avaler autre chose que des fraises, des bananes, du cantaloup, du poulet pané, du spaghetti et des oeufs. Capricieux, le garçon? La néophobie alimentaire va au-delà de l’enfantillage.

Comme son nom l’indique, la néophobie alimentaire désigne la peur des nouveaux aliments. Surtout présente chez les enfants de plus de 2 ans – bien que certains adultes n’y échappent pas -, cette peur se traduit par une forte réticence à goûter de nouveaux aliments et une tendance à trouver mauvais tout ce qu’ils acceptent finalement de goûter. Cynthia Gagné reconnaît bien son fils Nathaniel dans cette description. Impossible de faire porter à sa bouche un aliment qu’il ne connaît pas. Même un biscuit l’effraie.

«Depuis l’introduction des aliments solides, c’est un combat sans fin pour le nourrir et ce l’est encore aujourd’hui, raconte Cynthia Gagné, qui a dû affronter son lot de crises lors des repas. Je peux compter sur les doigts d’une main les recettes qu’il aime. Si les croquettes McDo en sont une!» 

Aujourd’hui âgé de 4,5 ans, Nathaniel ne pèse que 25 lb, soit moins que sa petite soeur de 2 ans. Il ne mange pas de légumes et très peu de viande. Lorsqu’il passe la journée chez sa gardienne, si le menu ou la façon dont les plats sont préparés ne lui conviennent pas, il peut passer la journée sans rien avaler. Désemparée, sa mère a consulté une nutritionniste de façon hebdomadaire pendant un an. Plusieurs choses ont été essayées, mais rien n’a fonctionné de façon durable.

«Récemment, j’ai essayé un bol de céréales avec du lait, deux choses qu’il mange toujours séparément, et je l’ai tenu à table pendant 45 minutes pour une crise épouvantable parce qu’il ne voulait pas goûter les deux ensemble, relate Mme Gagné. À ce moment-là, j’abdique. Comme il y a le poids mêlé à ça, le peu qu’il veut manger, il l’a.» Estimant avoir tout essayé, Cynthia Gagné s’est résignée. «Je fais ce que j’ai toujours dit que je ne ferai jamais: préparer des repas différents pour mes enfants.»

Une peur qui coupe l’appétit

Le refus d’essayer de nouveaux aliments est présent chez beaucoup d’enfants, à divers degrés. Mais tous ne souffrent pas nécessairement de néophobie, précise la Dre Maria Ramsay, psychologue et directrice du programme d’alimentation psychiatrique de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Différents aspects, dont le manque d’appétit, doivent être évalués avant de conclure à une peur de nature psychologique.

«Si l’enfant n’a pas d’appétit, on ne donne pas de nouvel aliment, affirme Dre Ramsay. C’est la première chose que nous évaluons et nous constatons dans la plupart des cas, que l’enfant n’a pas ou peu d’appétit.»

Un médicament peut alors être administré pour créer de l’appétit chez l’enfant.

Les enfants qui refusent les nouveaux aliments éprouvent souvent un dédain pour les aliments mélangés ou en morceaux, les couleurs trop vives et les saveurs amères et acides comme celles des légumes.

«Il y a des jours où je me demande si mon fils mangera un jour des légumes, s’interroge Patrick Voyer, père d’un enfant de 2,5 ans. Présentement, son régime se résume à de la viande, des produits laitiers et des produits céréaliers en quantité industrielle. Il a un dégoût du vert, du orange, du jaune et des vitamines. On voudrait qu’il mange, mais il se ferme. Alors, on se fâche à contrecoeur pour se défouler, même si on sait que ça ne changera rien, en oubliant qu’on devait aussi être difficile à cet âge. Et on ne peut s’empêcher de se sentir coupables, parce qu’il faut bien que ça vienne de quelque part.»

La faute aux gènes

L’aversion de son fils pour la nouveauté alimentaire pourrait bien être inscrite dans ses gènes, suggèrent diverses études. La plus récente, dont les résultats ont été publiés en mars dernier dans le journal Obesity, a démontré que les gènes étaient responsables à 72% de la néophobie alimentaire chez les enfants, les facteurs environnementaux comptant pour le reste. Pour en arriver à ce résultat, les chercheurs du département de nutrition de l’Université de la Caroline-du-Nord aux États-Unis ont étudié 66 paires de jumeaux âgés de 4 à 7 ans.

Dans une étude précédente, des chercheurs de Philadelphie avaient identifié une variation du gène du goût «Tas2R38» qui fait que les enfants qui en ont hérité sont plus sensibles à l’amertume.

«Une forte influence génétique ne signifie pas que le comportement ne peut être changé; le défi pourrait simplement être plus grand pour certains enfants, souligne le Dr Miles Faith, directeur de l’étude et professeur associé à la Gillings School of Global Public Health de l’Université de la Caroline-du-Nord. Cela pourrait demander une plus grande compréhension et plus de patience de la part des adultes qui interagissent avec des enfants qui ont un haut degré de néophobie.»

La réticence à manger des légumes verts, des fruits et de la viande serait même liée à l’évolution. Des chercheurs britanniques ont conclu en 2003 que les enfants étaient généralement difficiles sur les mêmes aliments qui, historiquement, étaient dangereux. Alors, si fiston refuse d’avaler un champignon, c’est probablement aussi par réflexe de protection.

http://www.lapresse.ca

2 réponses à “La peur des nouveaux aliments

  1. Je me rappelle que mon beau-fils n’a jamais voulu manger de banane il y a 38 ans aujoud’hui et n’en mange toujours pas et en plus il est chef cuisinier. lol

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